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Macron giflé

par Viince, le 08/06/2021 à 17:00 - 24 visites

Le président giflé : quelles lectures ? quelles gifles historiques ?
Merci

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 09/06/2021 à 14:33

Bonjour,

La gifle administrée à Emmanuel Macron par "Damien T." a suscité de très nombreuses réactions, mais l'événement ne datant que d'hier (8 juin 2021), nous sommes tentés de parler de "réactions à chaud" plus que de "lectures". Le Monde évoque une "indignation unanime" au sein de la classe politique. L'article replace le geste dans un contexte historique :

Citer:
Le grand malaise. La gifle infligée mardi 8 juin par un homme poussant le cri de guerre royaliste « Montjoie ! Saint-Denis ! » lors d’un déplacement dans la Drôme a suscité une indignation unanime de la part des responsables politiques. « J’en appelle à un sursaut républicain, nous sommes tous concernés, il en va des fondements de notre démocratie », a aussitôt réagi le premier ministre, Jean Castex.

Faut-il voir dans ce geste la vengeance d’une France qui se serait sentie humiliée par le chef de l’Etat et sa prétendue arrogance, comme le suggère le politiste Jean-Yves Camus ? Le geste d’un pays névrosé en pleine « décompensation » à la suite des contraintes infligées par la pandémie de Covid-19 ? Ou l’illustration d’une société qui semble avoir fait de la violence son expression favorite ? Soucieux d’apaisement, le chef de l’Etat – qui a repris mardi son déplacement comme si de rien n’était – n’a voulu y voir qu’un fait isolé, commis par « des individus ultraviolents », comme il l’a assuré au Dauphiné libéré.

La violence à l’encontre des responsables politiques, y compris de premier plan, n’est pas nouvelle. En pleine affaire Dreyfus, le président Emile Loubet s’était pris un violent coup de canne sur la tête de la part du baron de Christiani en plein hippodrome d’Auteuil, alors que de jeunes royalistes déclenchaient des bagarres parmi les spectateurs. Plus récemment, Jacques Chirac s’était fait insulter (« connard »), tandis que l’ancien premier ministre Manuel Valls, en campagne pour la primaire de la gauche début 2017, s’était, lui aussi, fait gifler, en marge d’un déplacement en Bretagne. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait quant à lui reçu, en 2002, un coup de couteau de la part d’un déséquilibré. Et la candidate aux législatives à Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, s’était fait bousculer sur un marché en 2017.


L'unanimité dans la condamnation n'a pas empêché des analyses très diverses : le gouvernement, à travers son porte-parole Gabriel Attal, francetvinfo.fr a évoqué un geste "grave", mais "isolé" et "non représentatif" ; le chroniqueur télévisuel Eric Zemmour a quant à lui déclaré que le président lui-même avait "provoqué" ce geste, en désacralisant la fonction professionnelle (source : Les Echos) ; le chercheur en psychologie sociale Jacques Fischer-Lokou, interrogé par Ouest-France, parle d'une "volonté d'abaissement" délibérée pour "l’expression d’un refus de la hiérarchisation" mêlant "un irrespect de la fonction présidentielle comme autorité" à "un mépris de la personne d’Emmanuel Macron", à la différence de l'entartage qui garde un côté carnavalesque ; pour le journaliste d'Europe 1 Michaël Darmon, l'événement témoigne d'une tension croissante de l'atmosphère politique actuelle :

Citer:
Cet événement survient en effet dans un contexte très tendu, notamment après la polémique sur les propos de Jean-Luc Mélenchon concernant les attentats, et après l'alerte du ministre de l'Intérieur aux préfets sur les actes de violence en augmentation. D'ailleurs, quelques minutes seulement avant d'être agressé, le président lui-même reconnaissait un climat politique tendu.

Emmanuel Macron a décidé d'aller prendre le pouls d'un pays lassé par une pandémie qui a secoué les Français, avec des colères mises entre parenthèses par le contexte sanitaire mais qui peuvent rallumer un feu politique. La question se pose maintenant : quel est le sens que prendra cette gifle dans l'opinion ? Certains élus vantent leur mandat de terrain comme étant "à portée de baffes des électeurs". C'est un symbole du courage en politique, mais lorsque cela arrive, ça ne dit jamais rien de bon sur le climat général.


Analyse que partage l'article du "Monde" cité plus haut :

Citer:
Menaces, agressions, insinuations, dérisions et raccourcis… Drôle de moment politique où le débat d’idées et la confrontation des programmes semblent avoir cédé la place aux petites phrases, aux provocations et aux démonstrations d’ego. « Cette campagne pue. Et c’est aussi à cause du personnel politique. Personne n’en sortira gagnant », alerte le député de l’Hérault Patrick Vignal (La République en marche, LRM)

« On est à un an de l’élection présidentielle et le spectacle est misérable. Il n’y a aucun projet de société. On ne fait que le commentaire des événements de la veille. Rien de tout cela ne tente de faire appel à l’intelligence des gens », se désole aussi un ancien conseiller ministériel, consterné par un débat démocratique « en plein délitement ». « Et n’oublions pas les galipettes à l’Elysée », insiste ce dernier, rappelant l’invitation à l’Elysée par Emmanuel Macron des deux influenceurs McFly et Carlito faisant des roulades sur la pelouse présidentielle.

« Le débat se structure autour de polémiques. Et le plateau de Cyril Hanouna [animateur d’une émission de divertissement sur C8] est devenu l’horizon de ces débats politiques », résume la chercheuse Marie Peltier, enseignante en histoire à l’Institut supérieur de pédagogie Galilée de Bruxelles.

Faiblesse des institutions

Cette hystérisation du climat politique est alimentée par les réseaux sociaux. Une « nouvelle agora », selon Jérôme Fourquet, de l’institut de sondages IFOP. « On a vécu différents âges démocratiques, poursuit l’auteur de L’Archipel français (Seuil, 2019). On est passés d’une ère policée à celle du “free fight” », dit-il. Les combattants sont sur un ring mais sans aucune règle. « Le fonctionnement du système médiatique, où la prime d’audience va vers ce qui paraît cash, voire trash, exacerbe ces tensions », enchérit Chloé Morin de la Fondation Jean-Jaurès, qui pointe la faiblesse des institutions, Parlement, partis et syndicats. « A la fin, résume-t-elle, les rapports de force sont frontaux, le président se retrouve seul face à la rue, et chacun cherche à vaincre l’adversaire plutôt qu’à convaincre. »

En se lançant dans son tour de France, Emmanuel Macron s’attendait aux invectives et aux critiques. Le chef de l’Etat n’ignore pas qu’il gouverne un pays abîmé par des mois de confinement liés au Covid-19. « Nous vivons dans un contexte qui a accru les tensions. L’inquiétude, l’angoisse (…), a créé chez certains de nos compatriotes des moments de décompensation. C’est là », expliquait-il, lors de son premier déplacement dans le Lot, jeudi 3 juin. « Nous sommes dans une société qui est de plus en plus violente », constatait-il.

« La France est entrée dans la crise sanitaire névrosée et en proie à des divisions fortes, analyse Julien Vaulpré, directeur général de la société de conseil Taddeo. Tout cela n’a pas disparu. La crise a continué à morceler la société française et à creuser les inégalités. » A en croire l’ancien conseiller de l’Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la stratégie d’Emmanuel Macron, dans ce contexte délicat, serait la bonne. « Les gens ont besoin d’exutoire. Il est préférable que ça sorte maintenant », estime-t-il. Reste à savoir si l’été suffira à purger ces colères ou si la gifle de la Drôme n’est qu’un avant-goût de la campagne présidentielle à venir


Pour compléter, nous vous invitons à consulter un article de Libération qui se penche sur les liens supposés de l'auteur de la gifle avec la "fachosphère", et un autre de l'Express qui évoque les réactions de la presse étrangère.

Comme vous le suggérez, il existe une histoire de la gifle politique. Le Point, dans un article de 2016, revenait sur quelques soufflets qui ont marqué l'histoire :

Citer:
La plus humiliante

Celle reçue par le pape Boniface VIII lors du fameux attentat d'Anagni en Italie, en septembre 1303. Le roi Philippe Le Bel, en conflit avec la papauté qui menace de l'excommunier, envoie un émissaire, Guillaume de Nogaret, pour signifier la convocation de Boniface devant un concile en vue de sa destitution. Les Français surgissent dans le palais d'Anagni, accompagnés des Colonna, ennemis du pontife. Le ton monte, les injures pleuvent... C'est alors qu'un Colonna porte la main sur le pape, menaçant de le tuer, tandis qu'on tente de s'interposer. Boniface meurt un mois après cette humiliation publique.

La plus grave

Celle donnée par le dey d'Alger au consul de France, le 30 avril 1827. Lors d'une audience publique, Hussein Pacha, qui régente la province au nom des Turcs, soufflette de son chasse-mouches un dénommé Deval, à la fois consul et homme d'affaires. En réalité, ce dernier refusait de rembourser une vieille dette contractée par la France et le ton est monté entre les deux hommes. « L'affaire de l'éventail » va fournir le prétexte à la France pour lancer la prise d'Alger, première étape vers la colonisation du pays.

La plus spectaculaire

L'aller-retour asséné en 1692 par la princesse palatine à son fils de 17 ans dans Versailles, devant toute la cour stupéfaite. La belle-sœur de Louis XIV, au caractère bien trempé, ne supporte par les manœuvres matrimoniales du roi et de Mme de Maintenon autour de son fils Philippe d'Orléans. On veut le marier à Mlle de Blois, la fille bâtarde du souverain et de Mme de Montespan. La palatine trouve cette mésalliance scandaleuse et le fait savoir, mais son fils ne résiste guère et finit par accepter. Très remontée quand elle apprend son consentement, elle le gifle en public et tourne le dos au roi, qui s'en est trouvé « fort piqué ».

La plus politique

Plus proche de nous, une gifle inattendue : quand François Bayrou, en pleine campagne électorale, mit une claque à un gamin un peu turbulent dans une cité. Au printemps 2002, le candidat à l'élection présidentielle se rend dans un quartier sensible de Strasbourg où il se fait chahuter par des jeunes. Quand, soudain, il met une claque à un enfant en lui lançant : « Tu ne me fais pas les poches ! » Une réaction instinctive qui lui donnera un joli coup de pouce dans les sondages.


A quoi L'Express, dans un article sur les agressions sur personnalités politiques ajoute "Manuel Valls, en visite à Lamballe, dans les Côtes-d'Armor, [...]giflé le 17 janvier 2017, avant que son jeune agresseur ne soit maîtrisé par ses services de sécurité. "

Notons que François Bayrou n'a pas été inquiété suite à son geste tandis que l'agresseur de Manuel Valls a été condamné à trois mois de prison avec sursis. Voir cet article du Point.

Hors de France, ont peut citer la militante anti-nazie germano-israélienne Beate Klarsfeld qui, le 7 novembre 1968, gifla le chancelier allemand Kurt Georg Kiesinger en le traitant de nazi (ce qu'il avait été dans les années 1930 et 40) au cours du congrès de la CDU.

Hors politique cette fois (quoique...), l'ouvrage Léo Ferré, une vie d'artiste [Livre] : biographie / Robert Belleret raconte qu'en 1969 le chanteur d'"Avec le temps" fut giflé au cours d'un tour de chant par son ex-épouse Madeleine Rabereau en raison de vers jugés misogynes dans le morceau "Le Chien".

Quelques gifles, propres ou figurées, ont marqué l'histoire de la littérature et de l'art :

- Le Cid, acte I, scène 3, le fameux soufflet infligé à Don Diègue par Gomès et qui conduira le jeune Rodrigue, fils de l'offensé, à tuer son futur beau-père.
- les très nombreuses baffes offertes aux romains (et alii) par Obélix dans la série Astérix de Goscinny et Uderzo.
- la "rentrée des claques", rite annuel infligé à ses camarades par la bien nommée Mortelle Adèle dans la série de bandes dessinées éponymes.
- la correction paternelle du personnage de Lino Ventura à celui d'Isabelle Adjani dans le film La gifle de Claude Pinoteau (1974).
- "Une Gifle au goût public" au goût public, manifeste publié en 1911 par un groupe de futuristes russes.

Bonne journée.

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