Question d'origine :

Bonjour à vous, "Il s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit" (in "La Légende des siècles", "Les pauvres Gens", II) Cet alexandrin de Victor Hugo vous semble-t-il bien constituer ce que l'on nomme en rhétorique la figure de style d'une antanaclase ? En vous remerciant par avance, Bel été ! Jérôme

Réponse du Guichet

Avatar par défaut bml_litt - Département : Langues et Littératures
Le 29/07/2021 à 13h20
Bonjour,

Vous nous demandez de confirmer que le vers « Il s’en va dans l’abîme et s’en va dans la nuit » extrait du poème « Les pauvres gens » de Victor Hugo est bien une antanaclase.

Cela n’est pas le cas. L’antanaclase est la répétition d'un mot ou d'une expression en lui donnant une autre signification. Elle est en sorte un jeu de mots sur deux homophones qui ne sont pas synonymes. En effet, s’appuyant la polysémie des mots, elle se présente dans un énoncé quand un mot est pris chaque fois dans un sens différent. Elle porte sur le sens propre des mots ce qui n’est pas le cas dans cet alexandrin. Il n’y a pas de transformation morpho-syntaxique sur le verbe « aller » puisque l’homme s’en va dans l’abîme tout comme il s’en va dans la nuit.

Si la poésie a souvent recours à l’antanaclase pour générer des jeux de mots ou créer des analogies, il s’agit plutôt dans le cas de ce vers d’une anaphore avec parallélisme syntaxique. Pour rappel, l’anaphore (du grec ancien ἀναφορά / anaphorá, « reprise, rapport ») est une figure de style qui consiste à commencer des vers, des phrases ou des ensembles de phrases ou de vers par le même mot ou le même syntagme. L’anaphore permet de rythmer la phrase, de souligner un mot, d’installer une amplification progressive et de provoquer un effet « musical » ou incantatoire. Syntaxiquement, elle permet de créer une symétrie.

« Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment,
ll s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit.
Dur labeur ! tout est noir, tout est froid ; rien ne luit. »

Ici, en répétant le verbe « aller », Victor Hugo souligne le fait que l’homme s’en va vers l’immensité effrayante qu’est la mer la nuit, source de danger et d’angoisse. Le parallélisme de construction vient renforcer la dramatisation et l'amplification épique de ce poème, amplification soulignée par l'utilisation du présent de l'indicatif comme le présent intemporel.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à consulter nos ouvrages sur les figures de style au département Langues et littératures.

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