Question d'origine :

Bonjour, on parle beaucoup en ce moment de 5e transition alimentaire. J aimerais savoir qui a élaboré ce décompte (1ère transition, etc.) car je n arrive pas à trouver les sources. Cela semble aller de soi pour tout le monde sans références. Merci d avance de vos éclairages 

Réponse du Guichet

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Le 16/09/2021 à 17h03

Il semble que la notion de "transition alimentaire" soit apparue au XXe siècle. Ce sont les nutritionnistes qui auraient initialement utilisé cette notion pour marquer un changement dans le régime alimentaire. Plus précisément, c'est le chercheur Barry Popkin qui aurait modélisé ces 5 phases en 1993.

Bonjour,

 

Il semble que la notion de "transition alimentaire" soit apparue au XXe siècle. Ce sont les nutritionnistes qui auraient initialement utilisé cette notion pour marquer un changement dans le régime alimentaire. C'est l'explication que nous trouvons dans le rapport sur la transition alimentaire publié par l'Académie d'Agriculture de France :

 

Le concept de transition alimentaire

 

Dans le champ de l’alimentation humaine, cette notion a été initialement utilisée par les nutritionnistes pour marquer un changement dans le régime alimentaire, par exemple, au XXe siècle en Europe, le déclin des céréales et des légumineuses au profit des produits animaux. Aujourd’hui, la transition alimentaire marque une modification multiforme et de plus grande ampleur qui touche l’ensemble des acteurs des systèmes alimentaires, de la semence à l’assiette et au verre du consommateur, que ce soit dans l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et les services. Compte tenu de la diversité des contextes naturels, économiques et sociaux, la transition alimentaire ne prendra pas les mêmes formes et modalités selon les régions et les pays. On peut néanmoins identifier des caractéristiques communes de « la » transition alimentaire contemporaine.

 

Cette transition alimentaire est la 5e vécue par l’Humanité. La 1re transition s’est effectuée voilà environ quatre cent mille ans, lorsque les ancêtres de l’Homo Sapiens ont commencé à utiliser le feu pour préparer leurs repas. La seconde transition correspond à la domestication de certaines espèces animales et végétales, il y a environ douze mille ans en Mésopotamie. La troisième transition correspond à l’essor des grandes cités dans plusieurs régions du monde, par exemple Babylone au Proche-Orient, il y a cinq mille ans. Elle marque le début d’une division du travail entre agriculteurs et nouveaux métiers de la transformation et du commerce alimentaires. La quatrième transition est celle de l’industrialisation et de l’intégration aux marchés du système alimentaire (production, transformation et distribution des aliments) que l’on peut dater l’origine du processus au milieu du XIXe siècle en Amérique du Nord et au début du XXe siècle en Europe.

 

L’étape agroindustrielle, dans un contexte d’urbanisation massive, se caractérise par une intensification chimique, génétique et mécanique, un allongement important des filières agroalimentaires, une standardisation des produits et une réduction du temps consacré à la préparation et à la prise des repas. Le système agroindustriel, grâce à l’apport d’intrants permis par l’exploitation des énergies fossiles, a permis d’énormes gains de productivité de la terre et du travail. Les disponibilités alimentaires par tête ont augmenté, réfutant ainsi la thèse malthusienne. Le prix réel des aliments a chuté. La sureté alimentaire a été améliorée, réduisant drastiquement la mortalité par maladies infectieuses. L’agroindustrialisation a cependant entrainé —avec d’autres facteurs liés au mode de vie (sédentarité) et au modèle économique —des externalités négatives. On peut mentionner, dans des proportions et une intensité variables selon les groupes sociaux, les filières et les territoires: les maladies chroniques d’origine alimentaire (obésité, maladies cardio-vasculaires, diabète de type 2, certains cancers), la destruction d’emplois par exode rural et délocalisations, la dégradation des sols, les pollutions chimiques et physiques, la contribution importante de l’alimentation aux émissions de gaz à effet de serre (environ 25 à 30% des émissions de GES en France sont liées à la fonction alimentaire).

 

Ces quatre transitions alimentaires se sont succédées à un rythme de plus en plus rapide.

 

La cinquième transition, qui apparait début du vingt et unième siècle, s’inscrit dans une évolution de la demande d’une frange croissante des consommateurs et des citoyens des pays développés et émergents, en réaction aux impacts négatifs perçus du modèle agroindustriel. Dans ces pays —dont la France —, la transition en cours est marquée par une demande de qualité élargie de notre alimentation: à la fois sanitaire, organoleptique, nutritionnelle, environnementale, sociale et culturelle. L’engouement pour les produits bio et locaux ou pour les applications numériques de diagnostic nutritionnel, la lente diminution de la consommation de viande au profit des protéines végétales, en sont aujourd’hui les manifestations les plus visibles. Cette modification de la demande est perçue par la grande distribution qui adapte rapidement ses approvisionnements, ainsi que la localisation et l’agencement de ses magasins. Le signal est ensuite capté par les industries agroalimentaires et leurs fournisseurs industriels (additifs, emballage), puis par l’agriculture et enfin par l’agrofourniture (semences, engrais, intrants chimiques, machines agricoles). On observe une inertie croissante de l’aval vers l’amont des filières qui s’explique à la fois par des asymétries d’information et de pouvoir au sein des filières, des investissements peu flexibles, et une aversion au risque perçu par les acteurs du modèle technico-économique agro-industriel. On relève simultanément de nombreuses initiatives pour une agriculture et une alimentation responsables et durables qu’il convient d’encourager, car elles restent limitées dans l’espace et dans le temps.

 

L’enjeu de la 5e transition alimentaire est donc l’adaptation des filières et des territoires à une nouvelle configuration des marchés impulsée par la pression croissante des consommateurs, par certains prescripteurs (médecins, agronomes, technologues) et par des instances gouvernementales. Ces différents acteurs soulignent les contraintes climatiques, environnementales et socialesqui s’accumulent, et mobilisent les opportunités de changement générées par les crises pour prendre en comptel’impératif de durabilité.

 

Plus précisément, Il semble que ce soit le chercheur Barry Popkin qui ait modélisé ces 5 phases en 1993 dans l'article Nutritional Patterns and Transitions.

 

Pour aller plus loin :

Transition agricole et alimentaire : la revanche des territoires / Henri Rouillé d'Orfeuil

Covid-19 et agriculture [Livre] : une opportunité pour la transition agricole et alimentaire ? / sous la direction de Michel Dron et Philippe Kim-Bonbled

Une histoire politique de l'alimentation [Livre] : du paléolithique à nos jours / Paul Ariès

https://catalogue.bm-lyon.fr/ark:/75584/pf0002608124.locale=fr

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https://catalogue.bm-lyon.fr/ark:/75584/pf0002608124.locale

Nourrir les hommes : un exposé pour comprendre, un essai pour réfléchir / Louis Malassis

Nutrition Transition, Wikipedia (page en anglais)

Transition alimentaire, Wikipedia

 

Bonne journée.

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