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Assauts en 14-18

par L-C Fabb, le 11/06/2019 à 13:08 - 349 visites

Bonjour,

Dans les films sur la Première Guerre mondiale, on voit très souvent les soldats partir à l'assaut des lignes ennemis, et donc les hécatombes liées à ces assauts.
Ma question est : qu'elle était la fréquence des assauts ? 1 par jour ? 1 par semaine ?
Je sais bien que cela dépend du secteur du front et de l'année considérée, mais je cherche une éventuelle donnée sur l'ensemble de la guerre, si elle existe.

Merci d'avance.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 14/06/2019 à 11:52

Réponse du département Civilisation

Les Etats engagés dans le premier conflit mondial disposent de capacités institutionnelles, sociétales et technologiques permettant de mobiliser des armées de masse. Les armements ont bénéficié des grands progrès technologiques réalisés depuis la révolution industrielle. La Grande Guerre voit ainsi ces deux évolutions étroitement liées : la puissance du feu permet la mise en œuvre d’une violence conduisant à la mort de milliers voire de millions de soldats mobilisés.

Tous ces changements impliquent une mutation profonde de la forme traditionnelle de la guerre en Occident en ce début du XXe siècle. S. Audoin- Rouzeau constate « la mort de la bataille » dans laquelle, par un déploiement de violence maximal, mais limité dans le temps, les adversaires s’affrontaient pour remporter la victoire. Dans la Grande Guerre par-contre, les combats se déroulent sur des fronts stabilisés et se prolongent dans le temps. Le champ de bataille devient alors le théâtre d’une violence inouïe.

Le Nouveau dictionnaire militaire de 1891 précise que « l’assaut est une attaque vigoureuse contre un point faible, en vue de s’emparer de la position (…) et de s’y établir après en avoir expulsé l’ennemi. L’assaut est généralement préparé par une canonnade suffisante pour ébranler les défenseurs et faciliter le passage et l’entrée de l’assaillant, c.a.d. faire une brèche. (…)
On appelle assaut, dans le combat offensif de l’infanterie, la poussée en avant finale, qui doit briser la résistance de l’ennemi et faire tomber la position attaquée. »

Bien qu’il ait différents aspects, selon les armées, les fronts et les périodes de la Grande Guerre, l’assaut prend souvent la forme d’amples et dramatiques charges d’infanterie en terrain ouvert. Il est précédé d’une préparation d’artillerie, dont la durée et l’intensité s’accroissent dans le but d’anéantir la résistance de l’adversaire.
Malgré les efforts pour garder le secret des préparations, l’ennemi est souvent alerté par le rassemblement des moyens d’artillerie ou la circulation des trains de munitions. L’intensification de la canonnade est une alerte supplémentaire d’une attaque imminente de l’infanterie…
Avant la sortie des tranchées, l’officier responsable de la section adresse quelques mots à ses subalternes. Il ne leur reste plus que la course à travers le no man's land pour essayer d’éviter les balles et d’arriver sur le réseau de barbelés, prendre la tranchée ennemie dans un combat à la grenade ou au revolver. La contre-offensive de l’adversaire est la dernière étape de l’assaut.

Le Dictionnaire de la Grande Guerre 1914 – 1918 précise que « fort heureusement pour la santé mentale des combattants de première ligne, l’assaut ne constitue pas le quotidien du soldat de la Grande Guerre. Par ailleurs, sur le front occidental, les chefs militaires sont progressivement (trop lentement) tenus de prendre en compte la puissance de feu de l’adversaire. Le 25 septembre 1915, par exemple, Les Britanniques attaquent à Loos en 10 colonnes de 1 000 hommes chacune, en rangs serrés, comme à la parade. En revanche, en août 1918, les troupes du général Gouraud, formées aux nouvelles techniques de guerre, adoptent dans la plaine champenoise un dispositif aéré infiniment moins meurtrier ».
Bien qu’il ne soit pas le quotidien du soldat, les pertes de vies humaines que l’assaut entraîne sont immenses et l’adaptation aux nouvelles tactiques de la guerre est loin d’être au point tout au long de ce conflit.
1914 – 1918 L’Encyclopédie de la Grande Guerre de R.G. Grant donne quelques exemples qui illustrent la nature de l’assaut ainsi que sa fréquence :

L’offensive britannique et canadienne sur Arras en 1917 voit son premier assaut lancé à l’aube du 9 avril, un lundi de Pâques, sous un froid glacial et la neige fondue. Elle se solde par un échec et le 16 mai, à la fin de l’opération, on dénombre plus de 150 000 victimes.

Trois semaines plus tard, la bataille de Messines apporte une importante victoire de l’armée britannique alors que les Allemands subissent de lourdes pertes. Après une canonnade meurtrière qui dure 17 jours, l’assaut est lancé le 7 juin. A 3h10, les ingénieurs font exploser des charges allant jusqu’à 43 tonnes d’explosifs. Dix mille Allemands auraient péri lors de cette opération. A 7 heures, les troupes anglaises progressent derrière un barrage d’artillerie avec le soutien des mitrailleuses. Le combat se poursuit jusqu’au 14 juin et coute 25 000 hommes aux Allemands contre 17 000 du côté britannique.

La troisième bataille d’Ypres, en cette même année 1917, appelée souvent la bataille de Passchendaele, fut marquée par plusieurs assauts successifs. Soutenus par les Français, les Britanniques tentent une percée des défenses allemandes devant Ypres. En préambule à l’assaut, quelques 3 000 canons bombardent les positions allemandes. Les bombardements d’intensifient le 31 juillet à l’aube lorsque l’infanterie franchit plusieurs crêtes. Les British Guards progressent de 4 km, les chars d’assaut avancent fermement sur un terrain sec. Cependant, les Allemands retiennent leurs forces pour une contre-offensive et la pluie transforme les terrains accidentés par les tirs d’artillerie en véritable bourbier. Les combats ne reprennent que deux semaines plus tard, le 10 août. La deuxième phase commence le 20 septembre et se poursuit jusqu’en octobre, malgré des pluies diluviennes. Le 26 septembre, l’assaut sécurise la moitié du bois du polygone, le 4 octobre la 2e armée lance l’assaut à Broodseinde et prend la crête, le 9 octobre l’assaut dans la région de Poelcapelle, entravé par de fortes pluies, ne donne aucun résultat. Trois jours plus tard, un autre assaut est lancé sur Passchendaele, toujours sans succès. Il en sera de même pour le suivant, le 26 octobre. Ce n’est que le 6 novembre que les Canadiens lancent une nouvelle attaque et les ruines de Passchendaele tombent, au prix de 16 000 victimes. Les derniers Allemands sont chassés le 10 novembre, lors d’un ultime assaut. Si le bilan de cette bataille est resté imprécis, les pertes ont été estimées à environ 70 000 soldats du Commonwealth et 200 000 blessés. Les pertes allemandes sont vraisemblablement du même ordre.

Les assauts marquaient donc les différentes étapes des batailles de la Grande Guerre. Les combats se déroulaient toujours selon les instructions du Dictionnaire militaire de 1891. Les tactiques n’avaient donc pas évolué aussi vite que la puissance et l’efficacité des armes, d’où d’innombrables pertes de vies humaines. Comme le prouvent les exemples cités, les fréquences des assauts dépendaient de la stratégie adoptée par les armées, des cibles à atteindre et de leur importance stratégique, de la détermination des troupes mais aussi de la résistance de l’ennemi. Par ailleurs, les assauts étaient conditionnés par la qualité et de la quantité de l’armement dont disposaient les belligérants, par le relief du terrain à conquérir ou encore par les conditions météorologiques. Il est donc difficile de parler de moyennes, le paysage des combats variant selon les fronts et les offensives menées à différentes périodes de la Grande Guerre.


Pour aller plus loin :

La chair et l’acier : l’armée française et la guerre moderne (1914- 1918), M. Goya, éd. Tallandier 2004

Encyclopédie de la Grande Guerre 1914 – 1918, sous la dir. De S. Audoin- Rouzeau et J.-J. Becker, ed. Bayard, 2004

Notre baptême du feu : août- décembre 1914, photos et témoignages inédits, C. Dutrône, éd. Du Toucan, 2014
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