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Prise de la Bastille

par frereyves, le 06/06/2019 à 15:31 - 646 visites

Bonjour! Madame, Monsieur,

J'ai lu qu'au moment de la prise de la Bastille en 1789, cette forteresse ne détenait que 7 prisonniers (dont aucun "politique") gardés par 110 (cent-dix) hommes!

Pour justifier la présence d'une telle garnison, je suppose que dans les années antérieures, la Bastille avait dû enfermer des prisonniers "politiques".

Pouvez-vous m'en dire davantage sur ce point?

Un grand merci.

Au revoir.


Réponse attendue le 11/06/2019 - 15:31

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 07/06/2019 à 15:26

Bonjour,

Tout d’abord permettez-nous un bref historique de l’édifice. Pour ce faire, la page Wikipedia nous précise que l’édifice eut d’abord une fonction défensive, abrita ensuite le trésor royal, puis devint une sorte de prison d’état 3 étoiles:

« Initialement, la Bastille était une bastide de la porte Saint-Antoine de l'enceinte de Charles V, élevée en hâte de 1356 à 1358. En 1367, le roi Charles V décida d’en faire un véritable château urbain en rehaussant les deux tours et en en construisant six autres. Ce fort était destiné à défendre la porte Saint-Antoine et les remparts de l’Est de Paris devenus plus vulnérables. Il servait aussi à protéger le roi en cas de révolte du peuple parisien.
La Bastille était donc un véritable château et un arsenal. La construction ordonnée en 1367 eut lieu durant le règne de Charles V. Elle appartenait au système défensif de l'enceinte de Charles V mais très vite, son utilité militaire s’avère médiocre, car assiégée, elle s’est toujours rendue.

La forteresse fut occasionnellement prison d’État sous Louis XI puis utilisée comme entrepôt d'armes et lieu de réception par François Ier, puis comme coffre-fort des richesses royales sous Henri IV. Sully, nommé gouverneur en 1602, y abrita pareillement le trésor royal. La Bastille fut utilisée occasionnellement comme prison dès le règne de Louis XI.
Pendant les troubles des guerres de Religion, elle servit de prison à des Grands du royaume comme François de Montmorency, Charles d'Angoulême, ou encore le prince de Condé. Sous la domination de la Ligue, la Bastille abrite l'écrivain Montaigne (1588).

C’est le cardinal de Richelieu qui la transforme en prison d’État à laquelle restent attachées les lettres de cachet, lettres signées du roi ordonnant un emprisonnement sans jugement.
En 1663, Nicolas Fouquet, surintendant général des finances accusé d’escroquerie, fut transféré à la Bastille sur un ordre du roi.
L'homme au masque de fer entra également à la Bastille en 1698.
La forteresse était une prison plutôt confortable pour les personnes de qualité (nobles, grands bourgeois). Emprisonnées dans les cellules, elles mangeaient tous les jours «à la table du gouverneur » (non avec lui mais bénéficiant du même repas que lui). Ces cellules disposaient de grandes pièces avec repas fins, de meubles et d'une cheminée avec bois de chauffage.
Les prisonniers royaux étaient autorisés à correspondre avec l'extérieur, recevoir des visites et jouissent d'une relative liberté de mouvement au sein de la forteresse.

François-Marie Arouet dit Voltaire, âgé de 22 ans, fut mis à la Bastille en 1717, pour avoir composé des poésies contre le régent et la duchesse de Berry.
Le marquis de Sade quant à lui, y fut détenu cinq ans et demi.

La Bastille comportait également depuis la fin du XVIIe siècle un quartier beaucoup moins agréable pour les prisonniers communs. Sous Louis XV, on retrouve beaucoup de convulsionnaires et jansénistes accusés de crime de lèse-majesté.
Entre 1661 et 1789, un prisonnier sur six est embastillé pour « faits de lettres » (libraire, imprimeur, colporteur...)
La Bastille fut qualifiée de rendez-vous des intellectuels puisque s’y retrouvaient aussi bien Voltaire (par deux fois en 1717 et 1726) que des pamphlétaires victimes de la censure.
C’était aussi un gouffre financier pour Louis XVI, en raison à la fois du traitement du gouverneur, mais aussi de l’entretien du personnel nombreux, ou de la nourriture. Necker souhaitait d'ailleurs la faire abattre dès 1784.

Vu le nombre de ses cellules, la prison ne peut accueillir plus de 45 prisonniers en même temps, elle atteint un maximum d'une soixantaine de détenus sous Louis XIV, seul 1,5 % d'entre eux y meurt officiellement. Du XIVe au milieu du XVIIe siècle, elle aurait reçu 800 prisonniers, le nombre passe à 5 279 entre 1659 et 1789 : 2 320 sous Louis XIV, 1 459 sous la Régence, 1 194 sous Louis XV et 306 sous Louis XVI.
En outre, en 1789, le peuple ne craint plus ce bâtiment et demande sa destruction et son remplacement par une place avec un monument à la Liberté retrouvée. Comme toute forteresse imposante, elle marquait le paysage parisien et rappelait l'autorité du roi. »


Voilà déjà un panorama complet de l’histoire de l’édifice, qui répond aux questions que vous vous posez.
Comme vous l'aurez compris, les prisonniers politiques n’étaient pas monnaie courante en ce lieu.
En 1789, il n'y avait en effet que sept prisonniers à la Bastille et leurs conditions d'incarcération étaient assez souples : Béchade, Laroche, La Corrège et Pujade étaient quatre petits escrocs enfermés là en « préventive » car leur procès pour falsification de lettre de change était en cours d’instruction. Le comte de Solages était détenu pour « acte de débauche » et « action monstrueuse » (comprendre inceste) à la demande de sa famille, qui payait une pension pour être bien certain qu’on ne le relâche pas. Et enfin Tavernier et De Whyte, étaient des fous dont la légende raconte que l’un d’eux se prenait pour César.

Quant au nombre de gardes présents, Jean Christian Petitfils dans son ouvrage La Bastille l’explique ainsi : « Pour défendre les lieux, le marquis de Launay (gouverneur de la Bastille depuis 13 ans) dispose de nombreux canons, de 82 vétérans de l’armée (les «invalides») et de 33 gardes suisses. Le 1e juillet, la garnison, composée de 82 invalides, avait été renforcée par un sergent et 12 bas-officiers venus de l’hôtel royal des Invalides. C’est le 7 juillet qu’arriva en outre un détachement de 32 soldats suisses.» Ces soldats représentent donc la garnison dévolue au gouverneur par les autorités, au vu de l’agitation populaire des derniers jours. La forteresse était effectivement en état d’alerte maximum depuis plusieurs semaines.

Un article dans L'Histoire nous apprend encore: « Launay entend être le gouverneur tranquille d'une Bastille tranquille. Or depuis l'été 1788, la Bastille n'est pas tranquille parce que Paris ne l'est pas. Jamais le pain n'a coûté aussi cher. Du haut de la forteresse, en mai 1789, le gouverneur a assisté, effaré, aux émeutes ouvrières des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel. En juin, le gouverneur a dû se résoudre à mettre en batterie les canons de la plate-forme, supprimant du même coup la promenade aux prisonniers ayant ce rare privilège. Emprisonné là depuis cinq ans, le marquis de Sade s'en est violemment ému. Après s'être confectionné un porte-voix de fortune qu'il a introduit à travers les grilles de sa croisée, il s'est mis à hurler qu'on égorgeait les prisonniers de la Bastille. Ce n'était pas le moment ! L'importun a été transféré à Charenton le 4 juillet 1789, à 1 heure du matin, pour éviter tout attroupement.
Il faut décidément s'employer à mettre la Bastille en défense tandis que pas moins de 16 régiments, soit près de 30 000 hommes, avec de nombreux contingents de cavalerie, convergent sur Versailles et sur Paris. Outre les geôliers, la garnison de la Bastille, sous les ordres d'un « lieutenant de roi », est composée de 70 sous-officiers recrutés à l'hôtel des Invalides. »



Pour approfondir le sujet :

La Bastille, histoire vraie d’une prison légendaire / Claude Quétel

Un article dans Géo magazine ainsi que dans L'Histoire

La Bastille à prendre / Monique Cottret

La Bastille : mystères et secrets d'une prison d'État / Jean-Christian Petitfils

La Bastille ou L'enfer des vivants sous la direction de Elise Dutray-Lecoin et Danielle Muzerelle


Bonne lecture!
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