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etymologie maures suite

par jp-91, le 19/12/2018 à 17:49 - 492 visites

Bonjour,
Certains font dériver des noms en mor ou maure de la présence des arabes. Un auteur https://www.persee.fr/doc/globe_0398-34 ... _68_1_2520 page 18
rattache ces mots à la présence de sommets ou de hauteur. J'en vois d'autres exemples :
Mortain, mortagne en normandie.
Mais quels seraients les mots à l'origine (celte, ligure, indo européen?).

Merci de votre réponse.

Cordialement

JP VERON

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 20/12/2018 à 16:03

Bonjour,

Voici ce qu'indique la notice Wikipedia que vous avez peut-être déjà consultée :
" Les toponymistes s'accordent pour penser que le sens originel de l'oronyme est celui de « montagne noire », d'abord employé au singulier pour désigner une « hauteur déterminée » et puis au pluriel par la suite en référence à l'ensemble du massif. En effet, le nom du massif est attesté d'abord au singulier Montem Maurum, en 888, et la Maura encore en 1529, c'est-à-dire « mont noir » en latin, puis « la Noire » en provençal. Il n'apparaît au pluriel que tardivement dans l'expression las Mauras de Bormettas au XVIe siècle en provençal. La substantivation de l'adjectif est fréquente en toponymie, ainsi le Doubs (anciennement Dubis, c'est-à-dire « le ou la Noir(e) » en gaulois). Le terme maure qui signifie « brun, foncé, sombre » est commun au provençal comme à l'ancien français ; ainsi peut-on observer dans la toponymie française des Montmaur, qui ne doivent évidemment rien aux Maures, et des anthroponymes Maurel, Morin, etc. Il remonte à l'étymon latin maurus « noir comme un Maure ». On peut penser à une allusion aux pins maritimes, appelés pin negre en provençal ou encore à la couleur sombre de ses roches cristallines, qui offre un contraste avec la couleur des roches calcaires du reste de la Provence.
Selon plusieurs historiens, l'élément Maures se réfèrerait de la présence sarrasine au nord des Pyrénées, aux VIIIe et IXe siècles. Cependant la forme latine initiale devrait être *Montem Maurorum « montagne des Maures », en outre la montagne est qualifiée régulièrement de la Maura « la Maure » jusque tardivement. "

C'est ce que confirme Albert Dauzat dans le Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France :
" Mont de Maure : [...] du latin maurus, sombre, appliqué à la couleur de la roche ou, pour les Maures, à la couleur des arbres (pins maritimes = prov. pin negre, pin noir). "

André Cherpillod dans Dictionnaire étymologique des noms géographiques explique aussi :
" Maures : massif de Provence, dans le Var, 780m. Du latin maurus, grec Μαῦρος "sombre", soit à cause de la couleur de la roche, soit à cause de la couleur foncée des pins maritimes. "

Quant à Mortagne et Mortain, ces deux toponymes semblent renvoyer le plus souvent à des noms de personnes (Mauritanus ou Mauretanus selon les lieux).
source : Toponymie générale de la France / Ernest Nègre.

Bonne journée.

Réponse de jp-91

par jp-91, le 15/01/2019 à 12:01

Bonjour,
J'avais effectivement vu tout ça, mais voila, l'auteur cité dans ma question remarque un autre phénomène qui relie le terme à nombre de sommets et autres points géographiques qui pourraient relier le terme à une origine beaucoup plus ancienne, avant les maures et les romains. De mon coté, j'ai noté la présence de cette racine dans des lieux en Normandie qui ont des positions élevées au dessus de larges vallées et plaines (Mortain, Mortagne). C'est plutôt sur cette origine possible liée aux langues pré indo européennes que je voudrais avoir vos éclaircissements.
Cordialement.
JP VERON

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 18/01/2019 à 10:17

Bonjour,

Après des recherches supplémentaires voici ce que nous trouvons dans l’ouvrage de Paul-Louis Rousset, Les Alpes et leurs noms de lieux : 6000 ans d'histoire ? : les appellations d'origine pré-indo-européenne à propos des racines des noms de montagnes en MAR et MOR :

« Une très vaste famille : MAL, MAR, MAN « hauteur, rocher »

Des toponymes dérivés des bases MAL, MEL, MAR, MER, MAN se rencontrent dans toute une partie du bassin méditerranéen et jusqu’aux Indes. Des Mallos, Malia, Malla, Malea, Mela, ont été relevés en Cilicie, Pisidie, Carie, Lycaonie, anciennes provinces d’Asie Mineure, ainsi qu’en Crète, Albanie, Yougoslavie, Italie, Corse et Sardaigne. En Espagne, dans la province d’Aragon, existe un curieux massif constitué de tout un ensemble de blocs de pierre géants appelés « Mallos de Riglos ». MALLO dans ce pays est un véritable nom commun. Il est demeuré la seule appellation pour désigner ce genre de monolithe. […] A travers les Alpes, le même toponyme ne se rencontre nulle part avec une telle fréquence. Le très ancien substrat auquel il appartient lui vaut sans doute cette rareté, mais par place, de miraculeux survivants nous rappellent qu’en d’autres temps ils furent eux aussi des noms de montagne très employés. […]

MOR, MOUR, MUR : « monceau de pierres, butte rocheuse »

Un nombre important de lieux pierreux ou de hauteurs de plusieurs massifs montagneux d’Europe occidentale reçurent à divers moments de l’Histoire des noms commençant par MOR, MOUR, MUR. Il s’agit d’une vaste famille dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Elle a laissé des traces en de nombreux langages. Le français et l’ancien français ont conservé « murger » et « murgier », monceau de pierres, et dans chaque province, les patois en possèdent des formes proches. En Brie et basse Bourgogne on dit « merger », en Savoie « morjhi », en Valais « morgier », en Dauphiné « murgié ». Le briançonnais « mourette » a la signification particulière de molasse. Le franco-provençal « muru » désigne un tas. Pour le provençal, « mourre » est un rocher en forme de mufle ou une hauteur. Des langages pyrénéens connaissent « murre », le mamelon. Pour exprimer « colline », le basque garde « murru », l’espagnol et le portugais « morro ». En Italie centrale et méridionale « morra » est une aiguille de rocher. « Mora » représente en Corse un tas de pierres et en Sardaigne il est une petite élévation. Le latin « murex » a le sens de rocher pointu. Faut-il rappeler également que le murex est aussi un coquillage hérissé d’épines, vivant sur les côtes rocheuses, et que la murène est un poisson des fonds rocheux de la Méditerranée.

D’autre part avec N. Lahovary nous apprenons parallèlement que dans les langues dravidiennes du sud de l’Inde (Canara, Toulou, Télougou,…) « moradu » veut dire colline rocheuse, « mura, mora », carrière de pierres, « morapa », pierreux, « moramu », cailloux. Une ville du bassin du Gange à l’ouest de Kampur s’appelle d’ailleurs MORENA. En hébreux « morad » est le flanc d’une colline rocheuse. Dans les langues kabyles, un « tas » ou un « monceau » se disent « ammur ». Nous retrouvons donc dans l’aire de répartition de cette racine un schéma familier dont l’origine ne peut qu’être pré-indo-européenne méditerranéenne.

Toutefois pour un certain nombre de cas, il pourrait y avoir eu intrication avec un « mur » celtique signifiant le marais ou un latin « maurus » noté « mor » au Moyen Age, désignant la couleur marron foncé, ou encore un « murus », mur, issu d’un hypothétique indo-européen que l’on retrouve dans plusieurs langues des groupes italique, germanique et celtique. Ces toponymes avec le sens de murailles ne concerneraient que des lieux dans lesquels auraient pu éventuellement se trouver des restes d’anciennes constructions. Hormis ces exceptions, il demeure que la plupart de nos MOR, MOUR, MUR sont des oronymes ou des noms de pierrailles, et si à l’heure actuelle ces expressions ont disparu de nos langages courants, dans la toponymie leur présence reste très vivante.

Ainsi à travers les Alpes nous rencontrons un premier groupe de dénominations commençant par MOR, parfois écrites MAUR, ce qui viendra accréditer nombre de fallacieuses explications. L’appellation Maurienne est déjà citée Maurienna par Grégoire de Tours trois siècles avant la venue des Sarrasins. Ce toponyme comme beaucoup d’autres qui lui ressemblent n’a rien à voir avec les Mauresques. A l’origine il n’a fait que désigner un lieu pierreux, cône de déjection, site de confluence de plusieurs torrents qui deviendra la ville carrefour de Saint-Jean-de-Maurienne. Devenue capitale son appellation fera fortune, elle s’étendra à l’ensemble de la vallée et aux sommets qui l’encadrent. L’ancien château Bastida Montismauri, situé sur le sommet d’une haute colline (1351 m) qui domine le village de Montmaur (Hautes-Alpes) n’est pas davantage d’origine sarrasine, ni de teinte brune. Son nom n’est probablement que le redoublement, à haute époque, d’une signification « hauteur ». Villard Mouren en Champsaur (H.-Alp.) n’a rien de barbaresque… Il est simplement assis au pied d’une butte ! Dans le canton de La Grave (H.-Alp.) le torrent du Maurian n’est lui aussi qu’un ruisseau coulant dans une gorge désolée ! Selon Dauzat et Rostaing la dénomination « Massif des Maures » (Var) aurait concerné d’abord une hauteur déterminée et se serait étendue ensuite aux chaînons environnants. Il relèverait du latin « maurus », sombre… Mais pourquoi alors ce pluriel des MAURES.. ? Malgré d’anciennes allégations qui ne peuvent être que des prétextes servant à couvrir une étymologie populaire, nous croyons plus probable que cet ensemble montagneux aux innombrables petits sommets peu individualisés, relève de notre racine. […]
Il faut également signaler l’attraction de la « mort » que MOR a souvent subie en donnant naissance à tout un groupe d’oronymes qu’il est difficile d’expliquer autrement. La signification de l’appellation primitive ayant été perdue par les propres enfants de ceux qui l’avaient donnée, ceux-ci la laissèrent parfois inchangée, comme pour le village de La Morte. D’autres fois ils lui rajoutèrent selon les circonstances le mot déterminant qui semblait manquer pour redonner un sens à ce qui n’en avait plus. Nous avons dans des lieux rocheux un certain nombre d’Homme Mort, Femme Morte, Bonamorte, Frema Morta, Frère Mort, Vacca Morta, Morte Vieille, sans compter les tautologies récentes commes les Rochers de la Mort à Montgellafrey en Maurienne. Sans exclure la possibilité d’un souvenir macabre, l’un ou l’autre de ces toponymes peuvent s’expliquer d’une façon plus satisfaisante de cette manière. »


Bonne journée.

Réponse de jp-91

par jp-91, le 21/01/2019 à 18:58

Merci beaucoup de cette réponse qui complete la premier avec un jour tres différent.
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