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Violence

par PAYUTY, le 06/12/2018 à 14:55 - 139 visites

Avons nous le droit d'être violent?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_alc, le 10/12/2018 à 15:19

Bonjour,

Nous ne savons si vous vous interrogez sur la violence dans le cadre d’un devoir scolaire ou si le contexte politique actuel vous conduit à vous interroger sur le « bien fondé » de l’usage de la violence. Toujours est-il que nous ne pourrons vous répondre de manière tranchée car les approches sur cette question sont loin d’être homogènes.

Ainsi, dans Dictionnaire de Philosophie, Christian Godin apporte une première définition qui exprime parfaitement ces contradictions en relevant notamment que pour certains théoriciens « la fin justifie les moyens :

« Force intense, souvent destructrice, dont la mort est le résultat toujours possible, souvent acquis. Chez l’être humain, la violence peut être contradictoirement le signe d’une très grande force ou d’une très grande faiblesse. La question de savoir si la violence est une force légitime ou pas est l’une des grandes bifurcations de la philosophie pratique. Georges Sorel (1847-1922) oppose radicalement la force, bourgeoise, qui domine et tend à la soumission, et la bonne violence prolétarienne destructrice de l’Etat ».

De même, le Dictionnaire de la violence comporte une notice - dont nous ne reproduisons qu’un passage mais qui mérite une lecture complète - sur les droits de l’homme qui résume parfaitement l’ambivalence de ces notions et sur le fait qu’il n’existe pas une violence mais des violences engendrant des réactions et des jugements différents. Ainsi, Véronique Champeil-Desplats écrit que « N. Bobbio est sans doute l’un des juristes qui y a le plus insisté : droits de l’homme et paix sont indissociables. Sans droits de l’homme, les conditions de réalisation d’une société pacifiée ne sont pas remplies. Sans société pacifiée, l’effectivité des droits de l’homme est impossible. Bobbio en trouve une confirmation solennelle dans les principes documents internationaux postérieurs à la Seconde Guerre mondiale : la Charte des nations Unies, la déclaration universelle des droits de l’homme ou le préambule de la Convention européenne des droits de l’homme dans lequel les Etats réaffirment leur « profond attachement aux libertés fondamentales qui constituent les assises mêmes de la justice et de la paix dans le monde ». Le respect des droits de l’homme s’impose alors comme une limite juridique à l’usage de la violence et justifie la mise en place de mécanismes destinés à y remédier.

Les droits de l’homme, limites juridiques à la violence.
La revendication des droits de l’homme est intimement liée à la préoccupation de contenir la violence exercée contre les individus. Lato sensu, toute violation des droits de l’homme peut être considérée comme une forme de violence. Mais ce rejet de la violence se manifeste plus précisément par deux aspects. D’une part, les textes relatifs aux droits de l’homme témoignent d’une attention particulière à l’émergence de toute nouvelle forme de violence pour s’y opposer ; d’autre part le recours à la violence peut être considéré comme une limite à l’usage légal des droits.
Les textes relatifs aux droits de l’homme se sont ainsi largement emparés de la question de la violence pour l’interdire, la limiter ou considérer la violation des droits de l’homme avec violence comme une circonstance aggravante
(…) La violence exercée au nom des droits de l’homme se veut légitime - même si elle est le plus souvent illégale -, dans la mesure où elle s’oppose à un pouvoir autoritaire, oppressif ou négateur des droits.
(…) La possibilité de recourir à la violence est prévue dans le registre conceptuel même des droits de l’homme par l’affirmation du droit de résistance à l’oppression ou du droit à la désobéissance civile, même si leur exercice peut également être pacifiste.
(…) La légitimité du recours à la violence est plus controversée dans des régimes qui offrent, même imparfaitement, les moyens politiques et juridiques de revendiquer pacifiquement des droits non reconnus ou non protégés.
(…) La complexité tient à ce que l’appréciation de la légitimité du recours à la violence dépend de plusieurs facteurs éminemment subjectifs et étroitement dépendants des rapports entre le pouvoir légal et les groupes revendiquant des droits.
(…) L’ensemble de ces documents révèle à la fois l’importance et la diversité des actes violents attentatoires aux droits de l’homme et les difficultés que le droit rencontre pour y remédier ».

Pour revenir sur la légitimité de la violence, nous citerons Max Weber qui, dans le Savant et le Politique, « forge le concept politique de violence légitime. Weber définit en effet l’Etat comme l’institution détenant le monopole de l’usage légitime de la force physique (...) Le terme important de cette définition est « légitime ». Car si des personnes ou des groupes peuvent faire usage de la violence, elle n’est en aucun cas légitime. Seul l’Etat est habilité à utiliser la violence sans qu’on puisse lui en dénier la légitimité. Cela fait partie de ses prérogatives légales.Même quand l’Etat autorise les individus à user de la violence (cas de la légitime défense), les individus tiennent cette légitimité de l’Etat, sous forme de délégation.

L’Etat dans la philosophie contractualiste
Cette conception de l’Etat chez Weber prend sa source chez les philosophes contractualistes, notamment Hobbes, chez lequel l’Etat (le Léviathan) naît lorsque les individus acceptent de confier leur volonté à une force supérieure en échange de la sécurité. Or, la sécurité suppose l’usage possible de la violence contre ceux qui la mettrait en danger.
En aval, cette théorie traduit la définition régalienne de l’Etat, laquelle soutient que l’Etat doit se cantonner à des fonctions de sécurité et de sûreté des membres de la société. Ainsi, toute violence autre que celle de l’Etat serait nécessairement illégitime.

Anarchisme et violence
Les anarchistes s’opposent à cette conception de l’Etat : seuls les individus sont aptes à se défendre eux-mêmes. De plus, ce monopole peut dégénérer en violation pure des droits des individus. En témoignent les cas de torture (Abou Graib en Irak en est un exemple) pratiqués des militaires, c’est-à-dire des fonctionnaires d’Etat, et validée par la hiérarchie étatique. Il est cependant intéressant de noter que l’espace public (opinion publique, médias) joue un rôle de régulateur dans l’exercice de cette violence légitime, en y posant des limites (les contrevenants sont alors punis pour avoir outrepassé leur devoir). L’anarchisme affirme néanmoins que les dérives sont consubstantielles à l’Etat, la seule solution étant de détruire l’Etat purement et simplement. L’Etat est la violence ».
Site : la-philosophie.com

Par ailleurs, le climat actuel de violence a conduit de nombreux journalistes à s’interroger sur la violence et sur sa « légitimité ».

Le Monde consacre un article a Black blocs : qu’est-ce que la « violence légitime » ?
Sur laviedesidées.fr il s’agit d « enquêter sur la violence légitime »
De même Médiapart écrit un article à ce sujet : hlegitimer la violence.

Pour compléter cette première approche et après avoir lu une précédente réponse portant sur la violence, il vous faudra poursuivre les très nombreuses lectures :

* La part d'ange en nous: histoire de la violence et de son déclin / Steven Pinker ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Daniel Mirsky ; [préface de Matthieu Ricard], 2017.

* Une brève histoire de la violence / Philippe Breton, 2015.

* La violence / introduction, choix de textes, commentaires, vade-mecum et bibliographie par Hélène Frappat, 2013.

* Les mécanismes de la violence / coordonné par Régis Meyran, 2006.

* De la violence. 1 et De la violence. 2 / séminaire de Françoise Héritier ; collab. Jackie Assayag, Henri Atlan, Florence Birgat et al., 2005.
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