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Les phrases suivants sont-elle historiquement exact ?

par fandenotabenequiestenL1histoire, le 07/09/2018 à 20:58 - 121 visites

Bonsoir,
les phrases suivantes sont-elle historiquement exacte ?

Voici les phrases en questions :

Les portraits de Charlemagne et de Hugues Capet ne sont pas réaliste, durant tout le moyen age les portraits des souverains n'était pas réaliste c'est à partir de la renaissance que les portraits redeviennent réalistes. Par contre à l'antiquité les bustes et les fresques étaient réalistes.

Cordialement,

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 11/09/2018 à 09:23

Bonjour,

L'histoire du portrait révèle effectivement deux conceptions différentes de ce genre pictural :
- une représentation qui cherche à reproduire le plus fidèlement possible le modèle pour assurer entre autres, une fonction de mémoire
- une représentation idéalisée qui ennoblit le modèle, l'embellit, où l'art s'exprime.
Vos affirmations sont des raccourcis de la réalité mais la résument assez bien comme en témoignent les documents que nous avons consultés.

- Sous la Haute Antiquité, en Égypte, la ressemblance n'était pas une priorité, les représentations étaient plutôt stylisées, contrairement aux représentations romaines de la Basse Antiquité.
Voici quelques extraits d'un document que nous vous invitons à lire dans son intégralité :

" > La fonction funéraire [...]
Sous l’Ancien Empire, les statues ne reproduisaient pas les traits individuels du défunt mais répondaient à un canon idéal de jeunesse et de beauté.

Au Nouvel Empire, sous la XVIIIe dynastie, les statues et bas-reliefs représentant le pharaon hérétique Aménophis IV – Akhénaton, son épouse Néfertiti et leurs enfants sont très différents : les têtes ont des crânes allongés, les corps sont déformés avec des épaules étroites, des hanches larges, des ventres proéminents... Ce « maniérisme » n’est sans doute pas le reflet de la réalité mais plutôt une autre convention, plus conforme aux exigences du nouveau culte du dieu Taon instauré par Akhénaton.
Dans l’Egypte romaine, aux IIe et IIIe siècles de notre ère, les portraits peints à l’encaustique sur panneaux de bois et déposés sur les momies du Fayoum produisent une très forte impression de réalité et de vie avec leurs yeux grands ouverts pour l’éternité ; ils étaient certainement réalisés du vivant du modèle.
> La fonction de mémoire
Mais le portrait a aussi une fonction de mémoire : il garde le souvenir des êtres chers, il perpétue celui des grands hommes.
Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien rapporte un des mythes fondateurs du portrait, la poétique légende qui attribue à une jeune fille amoureuse l’invention de la peinture et la réalisation du premier portrait. La fille du potier Dibutadès de Sicyone établi à Corinthe, voulait garder l’image de son amoureux qui devait partir pour un lointain voyage. Elle dessina sur le mur de la chambre le profil du jeune homme grâce à l’ombre projetée sur le mur par une lampe.
Son père, appliquant de l’argile sur cette esquisse en fit un relief modelé qu’il fit cuire avec ses poteries.
> La fonction politique
Le portrait en Grèce rend hommage aux grands hommes de la cité, il en perpétue le souvenir. Mais contrairement à ce que pourrait laisser supposer le mythe fondateur rapporté par Pline, la civilisation grecque n’a guère développé l’art du portrait réaliste : les bustes de Périclès ou de Démosthène sont fortement idéalisés. Cette idéalisation se poursuit à l’époque helléniste : les statues, les bustes et les portraits monétaires d’Alexandre le Grand, puis de ses successeurs les Diadoques qui régnèrent sur l’Egypte et la Syrie, présentent des souverains éternellement jeunes et beaux. Ces images contribuent au développement d’un véritable culte monarchique dont les empereurs romains s’inspireront.
La fonction funéraire, la fonction de mémoire et la fonction politique se retrouvent à l’origine du portrait romain, bien différent du portrait grec, influencé sans doute par l’art des Etrusques.
A Rome, lors des funérailles des patriciens, des masques de cire peints, les « imagines », étaient portés par des hommes de même taille que les défunts, au cours d’une procession funèbre, la « pompa ». Ces effigies très réalistes n’étaient pas déposées dans les tombes, mais restaient chez les vivants. En effet, les familles patriciennes, et elles seules, avaient le « jus imaginum », le droit à l’image et elles exposaient ces « imagines maiorum » (portraits d’ancêtres) dans l’atrium de leurs demeures qui préfiguraient ainsi les galeries de portraits des châteaux. Mais ces têtes de cire étaient difficiles à conserver ; au Ier siècle avant Jésus-Christ on les remplaça par des bustes de marbre, en gardant toujours le souci du réalisme car ainsi que l’écrivait Cicéron, « imago animi vultus est » .
Puis, on fit des statues et des bustes des hommes politiques, consuls, empereurs ou bienfaiteurs de la cité (évergètes) car « les statues des hommes illustres peuvent éveiller dans les âmes nobles le désir de les imiter ».
source : Petite histoire du portrait / Musée des Augustins


- Durant le Moyen-Âge, les portraits n'étaient guère ressemblants. Hugues Capet et Charlemagne n'ont probablement pas de représentation fidèle de leur portrait.

" ... la fidélité au portrait n’était en aucun cas toujours naturelle. Sur les pièces du début du Moyen-Âge, on employait fréquemment l'"imago" ou l'"effigies" d'un empereur romain pour représenter un souverain - son image était donc remplacée par celle d'un autre -, car il se voyait dans un continuité dynastique et une succession au sens de la "translatio imperii". L'aspect concret du souverain vivant était donc moins important que le cadre institutionnel, politique et social dans lequel il voulait ou devait être "vu".
C'est seulement à la fin du Moyen-Âge, que l'on assiste à un changement radical. L'interchangeabilité ou la substitution de portraits fondée sur des principes ne semble plus acceptable aujourd'hui.[...]
Ce qui importait donc dans la plupart des portraits de la fin du Moyen-Âge et du début du Moderne, c'était cette ressemblance exactement saisie et vérifiable, allant à l'encontre des idées ultérieures de Georg Wilhelm Friedrich Hegel devenues normatives ; celui-ci s'indigna en effet des "portraits ressemblants jusqu'à l’écœurement" dans son "Esthétique" et exigea que le portraitiste flatte, supprime tous les détails, "saisisse et rende le sujet selon son caractère général et ses caractéristiques spirituelles durables"...
source : L'art du portrait : les plus grandes œuvres européennes,1420-1670 / Norbert Schneider

Concernant le portrait de Charlemagne, voici ce qu'indique Jean-Pierre Quenez dans Charlemagne :

" Au terme de cette période si active et couronnée de tant de succès, quel portrait pouvait-on faire de Charlemagne ? Il était déjà entré de son vivant dans la légende ; plusieurs peintures ou mosaïques, exécutées au cours des dernières années du VIIIe siècle le montrent « en majesté », donc vraisemblablement assez peu ressemblant. Les murs du palais d’Ingelheim furent décorés de deux fresques. Dans l’une d’elles, Charles couronné, resplendit de majesté. Sur l’autre, il apparaît en chef de guerre, terrible, imposant sa loi aux Saxons vaincus.
Le pape Léon III fit aussi exécuter à Rome, entre 796 et 799, deux grandes mosaïques montrant Charlemagne au milieu des apôtres, des saints et des saintes du paradis, déjà canonisé en quelque sorte, sans doute en reconnaissance des éminents services rendus à l’Eglise de Rome.
Ces représentations officielles, chargées à l’excès de symbole, ne peuvent être considérées comme des portraits authentiques. La question reste posée. A quoi, à qui ressemblait Charlemagne, fils de Pépin et de Bertrade ? "


- A partir de la fin du Moyen-Âge et durant toute l'époque moderne, les portraits deviennent plus réalistes :
" Perkinson porte un regard plus approfondi sur les milieux de la cour à partir du XIVe siècle, où s’accomplit l’évolution d’une image qui tend de plus en plus à la ressemblance physique. Dans plusieurs contextes différents, le portrait vient se substituer à une personne absente, la ressemblance contribuant alors à rapprocher in absentia le sujet. Ainsi, en 1422, François d’Orléans est-il payé pour réaliser d’après le vif le visage du défunt Charles VI. De même, la culture galante de la cour exigeait des effigies qu’elles soient réalisées en vue d’une ressemblance extérieure : l’image d’une dame absente, faite pour être déposée sur le cœur et embrassée, pouvait servir de succédané. L’effigie est une « vive ymage en pointure », comme le dit Guillaume Machaut dans son poème de 1357 « Confort d’ami ». Dans les portraits offerts par les courtisans à leur souverain, la ressemblance physique jouait égale­ment un rôle décisif en tant qu’expression de la loyauté. C’est en ce sens que Perkinson interprète une miniature qui montre le roi entouré des membres de sa cour (Bibliothèque nationale de France, Est. OA, 12, fol. 8), dont la présence physique conforme est gage de fidélité. De la même manière, la fabrication de l’image ressemblante par l’artiste peut aussi exprimer sa loyauté envers son souverain. La méthode pour réaliser un portrait est illustrée par les enluminures du livre Des cleres et des nobles femmes, traduction en français de De claris mulieribus de Giovanni Boccaccio, où on voit Marcia qui s’aide d’un miroir pour peindre sa propre image, laquelle semble elle-même encore être son reflet dans le miroir."
source : « Le portrait au Moyen Âge » / Martin Büchsel, Perspective, 2 | 2012, 401-406


Pour aller plus loin, nous vous invitons à consulter ces documents :
- Comment regarder le portrait / Elisabetta Gigante ; traduit de l'italien par Todaro Tradito
et notamment sa page 104 sur les théories du portrait.
- Peinture de portrait / Wikipedia
- Peinture, le portrait / Le Grand Palais
- Portraits / Visages : Questions de représentation

Bonne journée.
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