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Pertinence des catégories Polynésie, Mélanésie...

par Kanedjo, le 14/08/2018 à 00:23 - 289 visites

Quelle est la pertinence de la division traditionnelle, fondée par Dumont d’Urville et sur une racialisation des peuples, Polynésie (îles nombreuses)/Mélanésie (îles des « Noirs »)/Micronésie (petites îles), au niveau sociologique et linguistique ?
Les langues de ces trois « régions » sont toutes apparentées puisque issues du peuplement Lapita, de langue austronésienne, d’il y a 3000 ans, parti d’Asie du Sud-Est et passé par la Papouasie.
Dans la même veine, dans quelle mesure la catégorie Polynésie est-elle représentative d’une certaine homogénéité linguistique ?

Réponse attendue le 18/08/2018 - 00:08.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 17/08/2018 à 15:34

Bonjour,

D’après les articles et ouvrages que nous avons consultés, la classification de Dumont d’Urville est plus opératoire que réellement fondée. Et si l’un des spécialistes de la question, Serge Tcherkézoff, remet surtout en cause l’ensemble mélanésien, il semble que dans chacune des régions, l’homogénéité culturelle et linguistique laisse à désirer.

« Le 27 décembre 1831, l'amiral Dumont d'Urville proposait à la Société de géographie de Paris une division de l'Océanie en quatre régions principales : l'Océanie orientale ou Polynésie, l'Océanie boréale ou Micronésie, l'Océanie occidentale ou Malaisie et l'Océanie méridionale ou Mélanésie. Il y englobait l'Australie et la Tasmanie qui sont restées isolées de l'influence des cultures océaniennes, sauf, mais très faiblement, la région australienne la plus proche de la Nouvelle-Guinée. En ce qui concerne la Malaisie (il s'agissait alors des archipels de l'Asie du Sud-Est), les affinités avec l'Océanie sont certaines, mais des apports asiatiques plus tardifs ont recouvert ces caractères d'origine. Il en est ainsi, par exemple, d'éléments culturels comme le métal et la riziculture, qui n'avaient pas été introduits en Océanie (à l'exception du riz aux Mariannes) avant l'arrivée des Européens. Seule, encore, la Malaisie reçut l'influence du bouddhisme au début du Ier millénaire, puis celle de l'islam au début du IIe. Restent donc la Polynésie (îles nombreuses), la Micronésie (îles petites) et la Mélanésie (îles noires). Cette division de l'Océanie en trois régions ethniques a été généralement adoptée et demeure en usage. Elle est commode mais trop simple : il n'y a pas de frontières ethniques précises entre ces trois régions, la Micronésie est quelque peu différente à l'ouest et à l'est et il existe des îlots polynésiens au sud de la Micronésie et en Mélanésie. Enfin, l'homogénéité culturelle de chaque ensemble est imparfaite, un relatif isolement insulaire, et le souci qu'ont les ethnies de se distinguer les unes des autres, ayant favorisé l'éclosion de particularismes locaux, notamment en Polynésie orientale. »
Article : Océanie. Les aires culturelles, José Garanger, sur l'Universalis.

Voir aussi :
Le monde océanien à l’époque pré-européenne, fiche d’accompagnement 5e, Nouméa
Histoire de l’Océanie, Sarah Mohamed-Gaillard, particulièrement p. 32 à 38.


Mais quoiqu’il en soit, le livre
Polynésie-Mélanésie : l'invention française des "races" et des régions de l'Océanie (XVIe-XXe siècles) de Serge Tcherkézoff devrait vous intéresser. Il revient sur cette création européenne des régions de l’Océanie.
4e de couverture :
« Polynésie, Mélanésie... mais aussi Australie, Micronésie : on ignore souvent que le découpage actuel de l'Océanie résulte d'une théorie raciste des «couleurs de peau», élaborée en France au début du XIXe siècle et préparée par des siècles d'interrogations européennes sur la présence des «Nègres du Pacifique». C'est aussi l'histoire d'un regard européen-masculin qui admira bien plus les femmes polynésiennes que les femmes des «îles noires» (Mélanésie).
En rassemblant les divers traités français (ainsi que le traité anglais de J.R. Forster de 1778) qui ont prétendu donner une classification des peuples du Pacifique, en retraçant l'origine des appellations savantes, ce livre propose une histoire générale — et une déconstruction — des visions européennes, raciales et sexistes, sur la nature physique et morale de ces peuples, entre les XVIe et XXe siècles. Cet examen permet aussi de s'interroger sur l'histoire générale du racisme européen, en suivant le bouleversement qui s'est produit à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, quand le naturalisme a laissé la place à la «zoologie» et l'humanisme au racisme moderne. »

Conclusion de la conclusion, qui fait le point sur l’archéologie, la linguistique et la génétique de l’Océanie. :
« La conclusion de tout cela est claire. Il demeure légitime de considérer la Polynésie (au sens post-1832) comme une unité. C’est le seul héritage acceptable des divisions issues du XIXe siècle. Le cas de la Micronésie n’est guère acceptable, mais, comme la seule objection est de considérer une subdivision à deux pôles à l’intérieur de cette « Micronésie » (entre l’Ouest de langue austronésienne, mais prè-« océanique », et le centre-est « océanique »), la notion a quelque chance de perdurer : nous verrons qu’elle a acquis récemment un usage politique-identitaire. Le cas de la Mélanésie, quant à lui, ne recouvre aucune unité de quelques types que ce soit. »

L’article Océanie, du même auteur, dans Le discours philosophique, p. 945 et suivantes résume l'essentiel des apports du livre.
En voici un extrait portant sur l’aspect linguistique :
« La réalité linguistique : Australiens aborigènes, Papous et Austronésiens.
[…]
Les langues polynésiennes connaissent une grande unité, comparable à l’ensemble européen des langues romanes. […] L’unité micronésienne est également sensible. En Mélanésie par contre, on trouve des populations installées depuis bien plus longtemps. La rencontre entre langues papoues et langues austronésiennes a introduit également une diversité. Il est donc presque impossible de parler d’une philosophie mélanésienne. […] ».

On retrouve cette idée dans l’article Océanie – Les langues, Jean-Claude RIVIERRE sur l’Encyclopaedia Universalis :
«La Mélanésie ne doit pas être mise sur le même plan que les deux régions précédentes. Avec les langues austronésiennes de Papouasie et des côtes de Nouvelle-Guinée orientale, elle regroupe l'essentiel du stock linguistique océanien. Outre les langues non austronésiennes mentionnées ci-dessus et quatorze outliers polynésiens, on y dénombre environ deux cent cinquante langues dont l'homogénéité n'approche pas, même de loin, celle des groupes polynésiens ou micronésiens. »


A lire également :
- Enracinements polynésiens d’hier et d’aujourd’hui dans l’Archipel de la Nouvelle-Calédonie, Tomasi TAUTU'U, Mémoire de Master 2 sur Mémoire on line (sommaire).
- L’Article : Histoire & Culture d’Océanie : « Cette division, basé sur les peuples et donc sur des idées racialistes n’est pas pertinente », Alexandre Juster, ethno-linguiste, sur Outremers 360°
- Dumont d’Urville et l’Océanie, Géraldine Barron, in Marine, science, technique, 31/08/2011
- La Mélanésie comme objet géographique : construction, déconstruction et… destruction ? La Mélanésie des géographies universelles du XIXe siècle, Gilles Pestana

Pour approfondir sur votre seconde question :
Langues polynésiennes, Wikipedia
Atlas linguistique de la Polynésie française, Jean-Michel Charpentier, Alexandre François, en ligne
Lapita, ancêtres océaniens
Peuplement de l’Océanie, Wikipedia

Enfin, ces articles de 2016 montrent les résultats des recherches récentes sur le peuplement des îles du Pacifique :
Du nouveau sur l’origine des premiers polynésiens, F. Valentin, CNRS
Pacifique, nos ancêtres les Asiatiques, Elodie Largenton, où Matthew Spriggs, professeur d'archéologie à l'École d'archéologie et d'anthropologie de l'Université nationale australienne à Canberra, déclare : « La seule différence entre un Polynésien et un Mélanésien, c'est leur pourcentage de gènes asiatiques. »

Bonnes lectures !
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