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joute des anneaux

par Dominique Levenez, le 11/05/2018 à 11:57 - 551 visites

Bonjour,
Je suis à la recherche des jeux pratiqués lors des tournois au moyen age et plus particulièrement celui dit "jeu de l'anneau" ou "joute des anneaux". Quelle en était la pratique, comment s'appelaient les montants sur lesquels étaient mis les anneaux? Y avait-il un seul anneau à chaque fois ou pouvait-il y en avoir plusieurs?
Merci

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 14/05/2018 à 13:03

Bonjour,

Voici quelques informations que nous trouvons sur la course de bague (autre nom de la joute de l’anneau) dans l’ouvrage de référence de Lucien Clare La Quintaine, la course de bague et le jeu des têtes : étude historique et ethno-linguistique d'une famille de jeux équestres :

« Les éléments fixes

La carrière d’abord : les auteurs sont en désaccord sur sa longueur utile pour une course de bague ; elle varie de 90 à 40 et même 30 pas. Mais peut-être chacun des auteurs ne se réfère-t-il pas à la même unité de mesure que son voisin. L’accord semble acquis sur son découpage : une partie de cette longueur doit être réservée pour permettre à l’animal, une fois franchie la cible, de ralentir sa course et de tourner. La partie la plus longue, bien sûr, est consacrée à la charge du cheval sur l’obstacle, elle doit, pour la commodité du cavalier, pouvoir se subdiviser en deux ou trois tiers qui serviront de repère pour accélérer l’allure du cheval et entamer un mouvement de lance. Plusieurs auteurs (La Broue, Siliceo, La Noue) souhaitent que la carrière soit relevée d’une légère pente à l’approche du but ; ce qui favorise le cheval dans sa course et permet au cavalier de mieux viser. En fait, comme le note avec pertinence Alvarez Ossorio, il est arbitraire de fixer une distance aussi stricte pour garantir une bonne course. Il conseille au cavalier qui connaît bien son cheval de régler sa course en fonction des aptitudes qu’il lui connaît. Une carrière courte conviendra mieux à un cheval très rapide, tandis que tel autre gagnera à partir de plus loin en gardant, au départ, une allure plus modérée.

La bague doit être placée environ aux deux tiers de la carrière. Elle est généralement soutenue par une potence placée à la gauche de la lice. Il s’agit d’une pièce de bois fichée dans le sol auprès de la barrière, et qui est percée à sa partie supérieure de quatre ou cinq trous, dans l’un desquels on introduira une tige de bois ou de fer qui soutiendra transversalement la bague : selon que l’on place ce bâton transversal dans une encoche plus ou moins haute, on fait varier la hauteur de la bague. Comme rien ne saurait être laissé au hasard, on recommande que ce bâton soit aussi court que possible : s’il avance trop, le cavalier peut le heurter de sa lance, et risquer ainsi un accident. Il arrivant cependant au cavalier de toucher ou de frapper en un point quelconque la potence ; cela s’appelait brider la potence, expression que Gaspard de Saunier transforme curieusement en briser la potence ; son traducteur espagnol anonyme dit : quebrantar la potencia.

On passe ensuite sur ce bâton transversal le canon de la bague, qui est fait de deux tiges creuses, de fonte, en forme de T : la partie supérieure est glissée sur le bâton de la potence ; la partie verticale, creuse à son extrémité, s’allonge assez nettement (de un à deux pieds) pour que la bague soit suffisamment détachée de la potence et que le cavalier puisse mieux viser. Il ne reste plus qu’à accrocher, à l’extrémité inférieure du canon la bague proprement dite. Celle-ci se décompose à son tour en trois pièces, en général de fonte : la bague proprement dite, toute ronde, est soudée à une pièce beaucoup plus petite, un tout petit anneau de forme ovale. C’est le nombril, qui sert à attacher la bague et fait corps avec elle. A l’intérieur du nombril, enfin, l’aile de la bague, faite d’un gros fil de cuivre passé en haut du nombril et dont les deux pivots, convenablement écartés ou resserrés, constituent un ressort rudimentaire. Tendu, et passé à l’intérieur du canon, ce ressort soutiendra la bague. Si le cavalier parvient à engager la pointe de sa lance à l’intérieur de la bague, celle-ci se libèrera vite du canon par le moyen de ce ressort et restera engagée sur la lance du cavalier victorieux, attestant de son adresse.

Ce système de fixation sur la potence, et la potence elle-même représentent une technique déjà assez avancée. Il est adopté en France dès les toutes premières années du XVIIe siècle : son principal avantage est le réglage en hauteur de la bague, qui est obtenu en modifiant à volonté la hauteur du bras de la potence, devenu presque mobile. De plus, par ce système, la bague est maintenue fixe et est tenue à l’abri des mouvements que le vent lui imprimait souvent, ce qui était particulièrement redouté des joueurs. Mais le bras de la potence peut être accroché à un mur. On perfectionnera également ce bras qu’on rendra multiple, en plaçant un système rotatif au sommet du pilier : de la sorte, un simple réglage après l’assaut du cavalier permet de faire avancer un nouveau bras à une hauteur ou avec une cible distinctes. C’est ce qu’on appelle un chandelier, qui était aussi utilisé pour les courses de têtes.

Mode de fixation techniquement déjà assez avancé, disions-nous. En effet, parallèlement à la façon que nous venons de décrire, on continue d’accrocher la bague à une corde tendue horizontalement à basse hauteur, soit entre deux murs dans une rue, soit entre deux poteaux plantés dans le sol pour la soutenir. On engage le canon de la bague dans la corde et le cavalier doit passer sous cette potence en évitant de heurter la corde de sa lance. Si la corde tendue au-dessus du cavalier permettait un réglage facile de la hauteur de la bague (il suffisait de relâcher la corde ou de la tendre davantage), ce système offrait plusieurs inconvénients dont celui de ne pas protéger la bague des coups de vent. C’est pourtant la manière la plus usitée de suspendre la bague. […]

Autre point de discussion : la bague n’étant pas toujours bien aisée à voir pour le cavalier qui la visait, certains auteurs préconisent de lui donner des couleurs voyantes. On y a parfois accroché des rubans, ce qui permettait au public éloigné de bien distinguer un dedans de bague. Antonino Ansalone conseille d’enduire la bague de cire rouge pour pouvoir mieux juger des atteintes. En effet, si le cavalier, au lieu d’emporter la bague, se contentait de la toucher, les juges tenaient compte de cette atteinte pour attribuer les points et les prix. Enfin, les auteurs diffèrent beaucoup lorsqu’il s’agit de déterminer le calibre de la bague. Son diamètre était en effet variable, et il est dommage que nous sources se contentent trop souvent d’indiquer un calibre souhaitable sans autres précisions. Gaspard de Saunier, qui écrit il est vrai à une époque où la technique du jeu est parfaitement au point, est le seul à préciser nettement l’utilisation qui pouvait être faite, dans le jeu lui-même, de ces différences de calibre. On proposait aux joueurs qui devaient faire chacun plusieurs courses (en général trois, Saunier en prévoit six), des anneaux progressivement plus petits, ce qui permettait de faire mieux ressortir le savoir-faire et l’adresse des meilleurs cavaliers. Ecoutons Gaspard de Saunier :

Les Bagues doivent être au nombre de six… on doit les changer, parce que celle par où il commence, est toujours plus grande que les autres ; c’est pourquoi on la nomme Porte-cochère. La suivante est appelée la cinquième, ensuite vient la quatrième, après la troisième, puis la seconde, & enfin la dernière qui est la plus petite.

Mais quelle est la meilleure hauteur pour placer la bague ? Les opinions divergent et même se heurtent à ce propos. Pierre de la Noue et la Guérinière conseillent de placer la bague à hauteur du front du cavalier : c’est la hauteur où il est le plus facile de viser et il n’y a, répètent-ils, aucun danger que le cavalier heurte la bague du front, puisque, dans la course, l’animal qui le porte perd considérablement de sa hauteur. D’autres auteurs rétorquent que le danger est très grand et que la bague doit être placée plus haut, de telle manière que le cavalier l’effleure du bord de son chapeau. Disposition plus facile à édicter qu’à réaliser, mais dont on comprend les raisons : la bague doit être le moins haut possible, mais elle ne doit gêner en rien, d’autre part, le passage du cavalier sous la potence. Diego Silvestre, qui conseille au cavalier d’aller reconnaître la piste avant de courir, juge que la bague devrait se trouver à portée de main […].

En effet, la bague ne doit pas se trouver dans l’axe de la course du cavalier mais un peu à gauche. Plusieurs auteurs (Pluvinel, Ansalone) écrivent que la bague symbolise l’œil de l’ennemi, qui se présentait toujours à gauche. De là aussi que l’on ait soutenu que l’anneau de bague représentait l’œil de la quintaine ; la course de bague ne serait donc qu’une simplification, un allègement, de la course de quintaine, à la symbolique évidemment beaucoup plus appuyée. »


Si vous souhaitez approfondir nous vous laissons consulter directement cet ouvrage, disponible en consultation sur place au silo de la bibliothèque de la Part-Dieu.


Bonne journée.

Réponse de Dominique Levenez

par Dominique Levenez, le 14/05/2018 à 19:32

Bonjour,
un grand merci à toute votre équipe pour les réponses que vous m'avez apportées (et il y aura sans aucun doute d'autres questions).
Elles me sont très utiles dans mes recherches.
Alors merci pour leurs qualités et pour leur rapidité!
Bien cordialement
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