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Cathédrale St Jean

par dlyon, le 09/04/2018 à 19:10 - 509 visites

Bonjour,

La statue de Dieu le Père au sommet de la Cathédrale St Jean est-il une exception dans le monde catholique ?
Comment peut-on expliquer cette statue an l’effigie du Dieu Catholique dans une religion où l’on n’est pas censé représenter Dieu ?

Je vous remercie.
Très cordialement.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 12/04/2018 à 09:15

Bonjour,

La statue située au sommet du pinacle de la cathédrale Saint Jean à Lyon est un Dieu en Pape coiffé d'une tiare.
"En 1841, le tailleur d'images Hugonin de Navarre reçoit mission de réaliser la statue de Dieu le Père, placée au sommet du pignon ainsi que celle de Notre Dame et celle de l'ange Gabriel, disposées sur la façade de ce même pignon."
sources :
- La cathédrale de Lyon / Antoine Michalon
- La Cathédrale de Lyon / Lucien Bégule
- Chapitre deuxième. La cathédrale de Lyon ou l’archéologie d’un chantier In : Chantiers lyonnais du Moyen Âge (Saint-Jean, Saint-Nizier, Saint-Paul) : Archéologie et histoire de l'art. Lyon : Alpara, 2005

La représentation de Dieu le père ne semble pas choquante à cette époque et François Boespflug dans son ouvrage intitulé Dieu et ses images : une histoire de l'éternel dans l'art nous en explique l'origine et la symbolique. Voici quelques extraits (pages 242 -243) :

" 2. Dieu le Père : «Majestas Patris», Dieu en pape.
S'agissant de Dieu le Père, les innovations du XVe siècle résident pour l'essentiel, nous semble-t-il, dans l'apparition d'un nouveau sujet, la Majestas Patris, et de trois nouveaux motifs, la couronne impériale, la tiare pontificale et le globe de l'univers.
Peut-être n'a-t-on pas encore prêté l'attention qu'elle mérite à la Majestas Patris. Il s'agit comme son nom l'indique d'une image montrant un Dieu le Père âgé assis en majesté sur un trône, et le plus souvent tiaré, flanqué des symboles des quatre évangélistes. [...]
Une autre création d'importance datant du XVe siècle ou plutôt s'épanouissant à cette époque concerne la figure du Père. Il s'agit cette fois d'un motif, celui de Dieu en pape, ou si l'on préfère de la tiare pontificale comme attribut de la figure du Père (et plus généralement de Dieu). Bien que l'on n'en ait pas encore administré la preuve formelle, il semblerait que ce motif, qui fut d'abord celui du Père couronné de la tiare à triple couronne, soit apparu vers 1375 dans des manuscrits commandités par Charles V, et d'abord, comme nous le disions plus haut, sur une valve de miroir des années 1375-1380 où Dieu le Père est flanqué de Charlemagne et de saint Jean Baptiste. Ce motif se diffusa ensuite dans les manuscrits, français d'abord, puis étrangers, et de là, dans la peinture sur panneau, sans doute par l'intermédiaire des manuscrits réalisés pour le duc de Berry par les frères de Limbourg, ou de certains manuscrits de l'atelier de Boucicaut, telles les Heures de Joseph Bonaparte. Est-ce bien une invention de l'enluminure française ? Il serait plus exact de dire que les enlumineurs français furent les premiers à coiffer le Père d'un attribut que les artistes italiens avaient préalablement attribué à l'Église personnifiée. Toujours est-il que ce sont bien les Français qui ont le plus contribué à la diffusion de cette nouvelle figure de Dieu le Père, étendu le port de la tiare aux deux autres Personnes, voire à Jésus petit enfant, et modifié le dessin de la tiare à leur gré, variant sa couleur et son volume jusqu'à en faire une manière de dais susceptible d'abriter Père et Fils ensemble, et augmentant le nombre de ses couronnes jusqu'à sept, voire neuf, comme dans les Heures de Louis de Savoie.
La diffusion de ce motif est d'autant plus digne d'intérêt qu'elle est d'interprétation malaisée. Elle est cependant révélatrice d'une théologie du pouvoir qui voit en Dieu une sorte de pape au ciel, ou du pape un Dieu sur terre. C'est ce que paraît dire, en tout cas, cet échange des insignes des pouvoirs, l'un pontifical, l'autre divin. Certaines miniatures juxtaposent Dieu au ciel avec sa cour, et le pape en terre avec la sienne : les deux souverains siègent de manière équivalente et portent la même tiare. On peut se demander si l'initiative des peintres français n'est pas le reflet du ralliement de la France à Clément VII, pape d'Avignon élu après l'élection d'Urbain VI, tenue pour irrégulière par un certain nombre de cardinaux. Mais comme le port de cet insigne par la figure du Père s'est poursuivi bien après la fin du schisme, il faut en conclure que la figure de Dieu en pape changea de sens. Reste que ce sens, en tout état de cause, est difficile à formuler. L'on en vient à penser que l'un des charmes de l'iconographie de cette époque est, sinon son équivocité, du moins la réversibilité de certains motifs : la tiare sur la tête de Dieu peut valoir aussi bien comme avertissement au pape, qui n'est jamais sur terre que le reflet du « pape en ciel », que comme glorification du pape, source des trois pouvoirs - sacerdotal, royal et impérial."

Pour aller plus loin :
- Une singularité de l'art religieux de la fin du Moyen-Âge / François Boespflug
- Représenter Dieu / Michel Feuillet

Bonne journée.
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