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Le roi David

par Bardamu, le 14/02/2018 à 11:17 - 1087 visites

Bonjour le guichet,

Question archéologie biblique: la seule preuve que l'on ait retrouvé de l'historicité du roi David serait une inscription largement postérieure à son règne où l'on se vantait d'avoir vaincu le roi de la "maison de David". Il semblerait que le consensus parmi les chercheurs soit que c'est une preuve suffisante mais comment peuvent-ils affirmer que les rois de Juda ne se sont pas attribué une figure fondatrice mythologique. César se disait le descendant de Vénus, mais personne ne dit que Vénus a existé.
Y a-t-il d'autres éléments attestant l'historicité de David ou une méthode ayant évalué cette unique preuve comme fiable?

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 17/02/2018 à 10:46

Réponse du département Civilisation :

Bonjour,

En interrogeant l’existence ou la véracité des preuves archéologiques pouvant attester de l’existence historique du roi David, vous soulevez une question qui fait l’objet d’un débat nourri entre historiens et chercheurs. En effet, l’existence de David a suscité des prises de position opposées entre historiens « maximalistes », pour lesquels la Bible est le plus fidèle rapporteur de l’histoire, et « minimalistes », qui dénient aux Écritures toute valeur historique.

Le vestige archéologique que vous évoquez, communément appelé « la stèle de Tel Dan », a été découvert dans les vestiges de l’ancienne ville de Dan, au nord d’Israël, en 1993. Il s’agit d’un fragment d’une stèle de basalte gravée, portant clairement la mention « beyt David », la maison ou la dynastie de David. La datation de ce monument a été estimée au IXe ou au VIIIe siècle avant JC environ, soit plus de 150 ans suivant la période à laquelle le roi David aurait pu vivre, selon l’estimation que permet le texte biblique.

Voir les pages consacrées à la découverte de la stèle de la maison de David à Tel Dan, dans l'ouvrage d'Estelle VILLENEUVE, Sous les pierres la Bible, pp. 232-237.

Ce vestige, à ce jour le seul qui pourrait permettre d’attester de l’existence de David, fait cependant débat dans l’interprétation que l’on peut en donner ; plusieurs historiens ont ainsi proposé, depuis les années 1990, des analyses et des conclusions diverses, voire opposées, ce débat ne semblant aujourd’hui pas tranché.


Steven L. McKenzie est un historien spécialiste de la Bible hébraïque, internationalement reconnu pour ses travaux sur les livres des Rois. Il a consacré en 2000 un ouvrage au roi David : Le Roi David. Le roman d’une vie (Labor & Fides, 2000).

McKenzie décrit son entreprise comme « une construction d’hypothèses plausibles fondées sur un certain état de l’archéologie et surtout une lecture attentive et critique des textes bibliques » (p. 15). Le premier chapitre de son ouvrage porte sur les sources et les témoignages de l’existence de David en dehors de la Bible. Évoquant la stèle de Tel Dan, McKenzie relève que ce fragment contredit la Bible quant à l’auteur de l’assassinat des rois d’Israël et de Juda, ce qui pour lui tend à être une raison de le considérer comme authentique. Il cite également deux autres occurrences de David, moins assurées : la stèle de Mesha, très fragmentaire, et le bas-relief de Sheshonq, dont l’occurrence du nom de David est très incertaine. Il conclut :
« aucune de ces inscriptions ne nous dit rien sur [David] ni ne prouve qu’il ait réellement vécu ; mais le fait qu’elles mentionnent son nom comme celui d’un personnage important, assez peu d’années après les dates probables de sa vie, permet de penser qu’il ne s’agit pas d’une pure fiction. » (p. 25).
Selon McKenzie, il semble bien qu’aucune autre découverte archéologique ne puisse être sûrement mise en relation avec David, bien que plusieurs sites pourraient pourtant l’être, à Jerusalem et en Palestine, mais aucune ne peut à ce jour servir la preuve de son existence. Cependant, il montre que l’archéologie « contribue au portait biographique » de David de trois façons : elle fournit un contexte quotidien aux récits bibliques sur David, elle informe sur le contexte plus large, environnemental et économique, de la vie de David, elle fournit des parallèles culturels, en termes de trajectoires ou de portraits de personnages notamment. L’historien conclut ainsi que si elle n’a pas encore prouvé l’existence historique de David, l’archéologie ne l’a pas non plus infirmée, et qu’elle peut être interprétée comme donnant de la crédibilité à l’existence de David, thèse qu’il défend donc dans son ouvrage.
Par ailleurs, un autre argument que McKenzie relève comme pertinent en faveur de la base historique du récit biblique sur David est le caractère apologétique de ce récit :
« le fait que l’auteur ait éprouvé le besoin d’essayer d’expliquer les motivations des actes de David indique qu’on croyait largement à leur réalité. L’auteur n’inventerait pas des accusations contre David, comme le fait qu’il ait été mercenaire chez les Philistins, juste pour tenter d’en donner des raisons acceptables. La clef d’une reconstruction historique de la vie de David tient donc à la prise en compte du caractère apologétique du récit biblique. » (p. 201-202).
McKenzie propose ainsi, en conclusion de son ouvrage, « une image réaliste » de David, et « un conte plausible » de la vie de David.


Dans leur ouvrage Les Rois sacrés de la Bible. A la recherche de David et Salomon (Bayard, 2006), Israël FINKELSTEIN et Neil Asher SILBERMAN ont développé et argumenté la thèse dite « minimaliste » : selon eux, l’ensemble de la geste biblique aurait été inventée par les membres de la classe aristocratique et les ecclésiastiques proches du temple de Jérusalem, de retour de l’exil babylonien. L’historiographie deutéronomiste serait ainsi une fiction, et les récits bibliques, dépourvus de tout fondement historique, n’auraient été qu’un puissant outil de propagande. David lui-même n’aurait jamais existé, faisant partie d’une mythologie religieuse inventée par les scribes judéens.

L’historien Yaacov SHAVIT s’inscrit lui en contradiction avec une négation radicale de l’existence de David. Dans son petit ouvrage Faut-il croire à ce que dit la Bible ? (Albin Michel, 2009), analysant d’abord et de manière générale les enjeux et le contexte des débats historiques qui portent sur le texte biblique, il pointe également « les limites de la preuve archéologique ». Cependant, son recensement des témoignages archéologiques portant sur les royaumes d’Israël et de Juda (p. 87-97), et en particulier sur le Roi David à Tel Dan, lui paraît pouvoir attester de son existence. Selon lui :
« cette inscription apporte un témoignage extra-biblique sur la dynastie de David, et par voie de conséquence, sur l’historicité du roi David. L’authenticité de l’inscription trouvée in situ et son caractère historique ne font nul doute. Il est intéressant de noter que les rois de Juda et d’Israël se voyaient eux-mêmes comme les descendants de la maison de David, fondateur de la dynastie. » (p. 92).
L’auteur se positionne donc clairement, allant jusqu’à dénoncer une remise en cause contemporaine de l’Israël biblique, qui serait selon lui le résultat d’une contestation polémique de l’histoire culturelle d’Israël, dans un contexte de controverses scientifiques, politiques et religieux : « De nos jours, l’histoire de l’Israël biblique est parfois l’objet d’un véritable révisionnisme idéologique. » (p. 135).


Enfin, nous ne pouvons que renvoyer très largement à l’ouvrage publié en 2012 par Maurice-Ruben HAYOUN, Le Roi David, dans lequel l’auteur tente d’établir une biographie de ce personnage biblique emblématique.

Dès l’introduction, l’auteur pointe l’interrogation qui porte sur l’existence réelle de David, en signalant l’absence de sources extra-bibliques ou de témoignages externes qui pourraient formellement l’attester. Il souligne également, de manière plus générale, que la Bible n’offre à ses lecteurs qu’une lecture théologique de l’histoire, et préfère ainsi parler de la « littérature biblique », la Bible étant le résultat de la constitution d’un corpus hétérogène établi sur une période de plus de mille ans.
Pour cette raison, l’auteur indique ne pouvoir faire reposer sa tentative de biographie sur une véracité historique ou archéologique, mais principalement sur le fruit de l’exégèse des textes bibliques, en incluant notamment leurs contradictions ou leurs incohérences : c’est tout l’objet de son ouvrage.
À l’image de la diversité des versions et des trames narratives dans la Bible elle-même sur les personnages, l’auteur montre comment l’image de David semble avoir connu de nombreuses retouches successives : quelques siècles après les faits seulement, elle a notamment été reprise et investie, largement idéalisée et parée des plus belles vertus, par les Judéens, en recherche d’une figure exemplaire, emblématique et identitaire.

S’il mentionne bien sûr dans son ouvrage la stèle de Tel Dan, M.-R. HAYOUN indique que « la non découverte d’indices archéologiques concernant un fait ou une personne ne permet pas de conclure nécessairement à sa non-existence, voire à son absence absolue. » (p. 13-14).
Il évoque ainsi, lui aussi, les limites des fouilles archéologiques :
« En des temps aujourd’hui révolus, l’archéologie était dite biblique et cette « archéologie biblique » s’était donnée pour mission de conforter les affirmations des Écritures. On interprétait les résultats de telle sorte qu’ils donnaient toujours raison aux récits bibliques. » (p. 20).
Cependant, il avance une autre justification, qui selon lui vient contrer les thèses minimalistes et étayer l’hypothèse de l’existence de David, celle de la vigilance romaine :
« La lignée davidique a existé et a même été prise très au sérieux par une puissance aussi vigilante et méthodique que Rome, qui souhaitait étouffer dans l’œuf toute velléité de révolte messianique. Or, les légions romaines savaient que seul un descendant de David serait à même de prendre la tête d’une telle révolte. C’est la raison pour laquelle les Romains tentèrent à maintes reprises d’exterminer le moindre rejeton de cette dynastie […].De telles mesures ne pouvaient pas viser des fantômes ni des ombres. » (p. 329-330).

Sur la figure de David, il conclut qu’il y a en fait « au moins trois David, ou trois niveaux d’appréhension de cette insaisissable figure : le David réel […], le David dont nous parle la Bible hébraïque, qui tient à son sujet un discours moralisateur et largement apologétique […], et enfin ce que la tradition orale en a fait, un David entièrement moralisé, presque théologisé. » (p. 331).


Signalons pour finir que la recherche de cette preuve historique de l'existence du roi David semble toujours représenter aujourd’hui un enjeu et une quête des archéologues: les résultats de certaines fouilles sont régulièrement annoncés comme pouvant y contribuer, comme encore ces dernières années avec les fouilles effectuées sur les vestiges de ce qui pourrait être le temple de David, bien qu’aucune preuve n’ai pu, à ce jour, attester formellement de son existence.


Autres pistes bibliographiques dans les collections de la bibliothèque :

Un Archéologue au pays de la Bible
Israël FINKELSTEIN

Israël construit son histoire. L’historiographie deutéronomiste à la lumière des recherches récentes (Ouvrage collectif, Labor & Fides, 1996)

Bonnes lectures !
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