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Septante, octante et nonante...

par Alberich, le 17/02/2020 à 11:51 - 248 visites

Bonjour,
A priori supprimés vers 1725-30, puis rétablis avant-guerre et enfin supprimés après la 2nde guerre mondiale, les termes septante, octante et nonante ne sont plus utilisés couramment en France (mais utilisés en Suisse et en Belgique notamment).
Les élèves rencontrent d'ailleurs de réels problèmes lorsqu'ils découvrent ces quantités qu'ils écrivent parfois de manière erronée, mais pas stupide du tout, 60-10, 4-20 et 4-20-10.
Pourriez-vous me dire pourquoi ces nombres ne sont plus utilisés en France.
Merci de votre réponse.
Cordialement,
Alberich

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 17/02/2020 à 14:55

Bonjour,

Voici une question qui intrigue nombre de nos usagers ! Voici la réponse que nous donnions naguère :

"... si le terme "quatre-vingts" est aujourd'hui utilisé en Belgique c'est parce qu'il s'agit d'un reste de l'héritage celtique du comptage par vingt : le système vicésimal est ici préféré au système décimal d'origine latine.

Pourquoi dit-on quatre-vingts et non pas octante ?
"C'est un vestige de la numération des Celtes", explique Michel Butor, professeur de littérature et figure de la littérature mondiale à Philippe Vandel dans son émission Radio France Les pourquois :

"Nous descendons des Gaulois, qui font partie d’un ensemble que l'on appelle la culture celtique. Et les Celtes avaient l’habitude de compter par 20. Nous, nous avons l'habitude de compter par 10, parce que nous avons 10 doigts. Mais eux s'étaient aperçus que nous avons également 10 orteils. Alors ils comptaient avec les doigts des mains et des pieds, donc cela fait 20 !"
Dans notre langue, il existe des restes de cette numération en mode "20". "Il y a par exemple un hôpital à Paris que l'on appelle toujours L’hôpital des 15-20 parce que autrefois il comportait 300 lits ."
Et non : contrairement à ce que beaucoup de gens croient, ce n'est pas l’hôpital des 15/20 ans, mais un hôpital de 15 X 20 = 600 lits."

Un autre de nos réponses nous apportera, en complément, une dimension mathématique et historique à cette réponse :

" [...]l'ancien français a adopté dès le XIIe siècle la numération normande (d'origine germanique) qui était un système vicésimal, ayant pour base le nombre vingt (écrit vint ou vin). Ce système était courant chez les peuples d'origine germanique. Selon ce système, on trouvait les formes vingt et dix (écrites vins et dis) pour 30, deux vins pour 40, trois vins pour 60, quatre vins pour 80, cinq vins pour 100, six vins pour 120, dis vins pour 200, quinze vins pour 300, etc. Encore au XVIIe siècle, des écrivains employaient le système vicésimal. Ainsi, Racine écrivait à Boileau: «Il y avait hier six vingt mille hommes ensemble sur quatre lignes.»
Le système de numération du français standard est donc hybride: il est à la fois d'origine latine et germanique. Quant à un numéral comme soixante-dix, c'est un mot composé (soixante + dix) de formation romane populaire; il faudrait dire trois-vingt-dix pour rester germanique (normand). Le numéral quatre-vingt-dix est également d'origine normande auquel s'ajoute le composé populaire [+ 10].

C'est l'Académie française qui, au XVIIe siècle, a adopté pour toute la France le système vicésimal pour 70, 80, 90, alors que le système décimal (avec septante, octante, nonante) étaient encore en usage de nombreuses régions ; d'ailleurs, ce système sera encore en usage dans certaines régions en France jusque qu'après la Première Guerre mondiale. [/i]


Il s’agit donc d’un changement de base de calcul : le latin comptait sur une base 10, d’où trente, quarante … Alors que les Celtes comptait sur une base 20 : quatre-vingt (4*20), très utilisée au Moyen Age. C’est l’Académie française qui normalisera, au XVIIe siècle, l’utilisation des mots soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix en lieu et place de septante, huitante (ou octante) et nonante :

Septante, octante, nonante

Vous vous interrogez sur une des bizarreries les plus célèbres de la langue française. Pourquoi en effet dire soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix, alors que les formes septante, octante, nonante, en accord tout à la fois avec le latin et le système décimal, sont plus ou moins largement usitées dans divers pays francophones ?
Notre vocabulaire porte ici la trace d’un usage très ancien et aujourd’hui disparu : au Moyen Âge, on avait coutume en France de compter de vingt en vingt. Aussi trouvait-on les formes vint et dis (30), deux vins (40), trois vins (60), etc. Saint Louis fonda, par exemple, l’hospice des Quinze-vingts (des 300 aveugles). Ce système, dit « vicésimal », était utilisé par les Celtes et par les Normands, et il est possible que l’un ou l’autre de ces peuples l’ait introduit en Gaule.

Dès la fin du Moyen Âge, les formes concurrentes trente, quarante, cinquante, soixante se répandent victorieusement. Pourquoi l’usage s’arrête-t-il en si bon chemin ? Aucune explication n’est vraiment convaincante. Peut-être a-t-on éprouvé le besoin de conserver la marque d’un « calcul mental » mieux adapté aux grands nombres (70=60+10, 80=4x20, 90=80+10). Reste la part du hasard et de l’arbitraire, avec laquelle tout historien de la langue sait bien qu’il lui faut composer...

C’est au XVIIe siècle, sous l’influence de Vaugelas et de Ménage, que l’Académie et les autres auteurs de dictionnaires ont adopté définitivement les formes soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix au lieu de septante, octante, nonante. Il est à noter pourtant que les mots septante, octante, nonante figurent dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française. Encore conseillés par les Instructions officielles de 1945 pour faciliter l’apprentissage du calcul, ils restent connus dans l’usage parlé de nombreuses régions de l’Est et du Midi de la France, ainsi qu’en Acadie. Ils sont officiels en Belgique et en Suisse (sauf, cependant, octante, qui a été supplanté par quatre-vingts et huitante – en Suisse – tant dans l’usage courant que dans l’enseignement ou les textes administratifs). Rien n’interdit de les employer, mais par rapport à l’usage courant en France, ils sont perçus comme régionaux ou vieillis.

Questions de langue / Académie française


[i] La normalisation du 17ème Siècle

Quoiqu’il en soit, au 17ème siècle, le grammairien Claude Favre de Vaugelas (1585-1650) va tenter de donner un premier ordre de marche dans ses «Remarques sur la langue françoise». D’autres suivront.

«'Septante' n'est François qu'en un certain lieu où il est consacré, qui est quand on dit la 'traduction des Septante' ou les 'Septante Interpretes', ou simplement 'les Septante', qui n'est qu'une mesme chose», écrit-il en faisant allusion à «La Septante», soit la traduction en grec de la Torah, la Bible hébraïque, traduction qui aurait été effectuée à Alexandrie au 3ème Siècle avant J.C. par 72 traducteurs, d’où son nom - l’historien Flavius Josèphe a arrondi!

«Hors delà il faut toujours dire soixante-dix, tout de mesme que l'on dit 'quatre-vingts', & non pas 'octante', & 'quatre-vingts-dix' & non pas 'nonante'», poursuit Vaugelas. Soit une amusante façon d’édicter des règles parfaitement normatives… sans trancher pour autant entre les deux systèmes.

Bref. Vaugelas n’empêchera pas les différentes formes de se côtoyer encore, même en France, comme le relève le site web «Au domicile des mots dits et écrits». Ainsi Molière écrit-il «Quatre mille trois cent septante-neuf livres douze» dans le Bourgeois gentilhomme (acte III, scène 4). Mais «Par ma foi, je disais cent ans, mais vous passerez les six-vingts» dans L’Avare (acte II, scène 5). Et au 18ème siècle, Voltaire emploiera parfois encore «septante» et «nonante»."

Pour terminer, nous nous souviendrons du principe ultime formulé par le grand lexicologue Alain Rey, à propos de l'évolution des langues : " C'est l'usage qui a raison".

Bonne journée.
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