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invulnérabilité des murs peints

par Tjeri, le 15/02/2020 à 08:47 - 217 visites

Bonjour,

Aors que parfois on en voit de tout frais sur les murs voisins...pourquoi ne voit on jamais de tags, ou autres dégradations, sur les murs peints lyonnais?
Avec mes remerciements anticipés pour la réponses, cordialement,

Thierry Tailhades

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 17/02/2020 à 14:20

Bonjour,

S’il est difficile de donner une réponse univoque à une telle question, il faut se rendre compte que la récente tradition des murs pleins est bel et bien issue du graffiti sauvage ! Dont il est comme une sorte de domestication :

« L’art officiel et conventionné (avec les copropriétés) des murs peints de Lyon dissimule ses origines : l’art du graffiti sauvage. Il a connu un grand développement en 1968, quand dans les locaux de l’Ecole des Beaux Arts, alors située sur les pentes de la Croix Rousse, s’est formée une génération de graffeurs, croisant les expériences de l’imprimerie et de la soie avec la tradition révolutionnaire de la Croix-Rousse. Cette tradition s’est désormais concentrée sur ses pentes (partie de la Croix-Rousse entre le nord de la place des Tereaux et le sud du boulevard de la Croix-Rousse), le plateau (au nord du boulevard) étant désormais totalement boboïsé.

Puis l’art du graffiti croix-roussien a connu un renouveau à la naissance du hip-hop et du graff à New-york et de son arrivée en France.

Aujourd’hui, ce quartier des pentes de la Croix-Rousse demeure de loin le lieu le plus intense du street-art à Lyon. Avec le pire et le meilleur. »

(Source : lyon-visite.info)

Il suffit de regarder les photos dont le texte de l’article est richement illustré pour se rendre compte qu’il n’y a pas, artistiquement, une solution de continuité bien claire entre la pratique sauvage et la pratique encadrée.

Et c’est encore une continuité que suggère le mémoire de Juliette Girardot, « Les murs peints des premier et quatrième arrondissements de Lyon », lisible sur enssib.fr :

« Le graff tel que nous le connaissons aujourd’hui apparait en 1969dans le Bronx new-yorkais. Le 21 juillet 1971, le premier tag fait l’objet d’un article de presse dans le New York Times. Ce nouvel art répond à une envie de s’approprier l’espace urbain par la signature d’un pseudo sur les murs de la ville, le pseudo étant toujours composé d’un surnom associant un numéro de rue. L’initiateur des tags se nomme ainsi Julio 204.

Si le MOMA (Museum of modern art) a essayé de sauver le tag, les programmes de nettoyage des tags urbains tels le Clean Car Program pour nettoyer le métro de ses tags (52 millions de dollars sur cinq ans) et les brigades anti-graffitis ont découragé les tagueurs, qui tendent à disparaitre dans la fin des années 1980 aux USA. Mais le relais est assuré et Berlin est le premier à adopter le tag et le graff en Europe, car c’est un moyen d’affirmer sa révolte contre le régime communiste et les années noires de l’Allemagne. Le phénomène apparait ensuite en France vers 1986. Les tagueurs français signent également les murs, toujours avec une volonté de se les approprier, mais également avec une volonté d’opposition à l’ordre établi qui interdit ce genre d’art urbain.

Une élite graphiste apparait progressivement, identifiée par le monde de l’art, à l’opposé des tagueurs d’origine. Les Américains servent de modèle aux Français. Un jeune tagueur, interviewé sur une chaine nationale, dira qu’il pratique la technique du mur peint, et respecte les murs peints précédents. »

Nous avons mis en gras la phrase précédente parce qu’elle implique que le tagueur cité n’a aucune envie d’abîmer les œuvres des autres, mais de s’exprimer… là où il a la place de le faire. Et cela semble confirmé, dans le même mémoire, dans le chapitre qui s’intéresse à la fresque végétale du 1er arrondissement, commandée pour recouvrir le mur de la clinique Saint-Charles, car celui-ci était… « trop souvent tagué » ! En commandant une fresque, « on crée un environnement esthétique, qui rend le site agréable à vivre et protège de ce fait les murs des dégradations. »

Ce qui peut contribuer à revitaliser une zone urbaine difficile. Nous vous conseillons d’ailleurs à ce sujet l’ouvrage Les fresques des Noirettes [Livre] : une aventure humaine / Roland Amador, Ariane Metzinger qui raconte, généreuse iconographie à l’appui, l’émouvante genèse de fresques conçues collectivement avec les habitants d’un quartier populaire de Vaulx-en-Velin.

Il y a aussi que ce que cherche le tagueur, c’est « espace libre » qui « lui permet d’apposer sa marque, sa signature, son sigle », comme le suggère montmartre-guide.com… le but étant d’être vu, un espace déjà saturé de couleur représente peu d’attrait.

Un autre élément tient d’un code non-écrit du tagueur, dont l’une des règles est de « ne jamais taguer par-dessus quelqu’un d’autre à moins de s’assurer qu’il est bien d’accord », selon un article de 20 minutes.

Ce types de règles de bonne pratique participe d’une sorte de code d’honneur analysé il y a une vingtaine d’années par Marie-Line Félonneau et Stéphanie Busquets, deux psychosociologues de Bordeaux, auteurs de Tags et grafs [Livre] : les jeunes à la conquête de la ville et résumé par l’article que Sciences humaines a consacré à l’ouvrage:

« C'est que le tagage n'est pas un simple passe-temps. C'est une activité sérieuse dans laquelle on s'investit totalement et dont on n'est pas peu fier. On ne naît pas tagueur, on le devient au terme d'un long processus, aux côtés d'autres tagueurs.

Il y a d'abord le « temps de l'étrangeté » au cours duquel le néophyte découvre l'univers du tag, ses règles propres, avec l'excitation que procure la perspective de commettre un acte délictueux. Il y a ensuite le temps de l'apprentissage au contact de personnes expérimentées. Car « au début, tu connais rien de technique, c'est quand t'es imprégné, ça s'invente pas, c'est une certaine culture quoi ». Enfin vient la phase d'affiliation, qui correspond à la « conversion ». A force de persévérance, le jeune tagueur trouve son style et parvient à se faire reconnaître de ses pairs. Mais avant d'arriver à ce stade, combien d'heures passées à copier et recopier, à noircir des cahiers entiers ! »

On est loin du règne de l’impulsivité et du « n’importe quoi » !

Cependant les fresques n’offrent pas non plus une protection magique aux murs de nos villes. Malgré le recours aux techniques et matériaux adéquats, un mur peint doit être restauré au maximum tous les dix ans pour pallier les outrages des intempéries. C’est ainsi que la mairie de Lyon, par exemple, a développé un partenariat sur le long terme avec une entreprise comme Cité création, qui a non seulement conçu, mais continue d’entretenir de nombreux murs de Lyon. Faute d’un tel entretien, il ne faut que quelques années à un mur pour devenir terne, sale, et, in fine, la proie de nouveaux tags.

C’est ce qui arrive actuellement au Mur du cinéma de la Guillotière, dont vous constaterez le piteux état sur les photos accompagnant cet article de Lyon plus :

« Le Mur du cinéma date de 1996. Il a vu le jour suite à la signature d’une convention entre les copropriétaires de l’immeuble, des partenaires privés (Lapeyre et Géméo) et de CitéCréation (ex-Cité de la création) , explique Halim Bensaïd, le gérant de cette coopérative.

« La convention a été signée pour vingt ans durant lesquels on a pris en charge son entretien, précise-t-il, quand elle est arrivée à échéance, les partenaires n’ont pas souhaité poursuivre et les copropriétaires n’ont pas voulu financer sa rénovation. »

Depuis 2016, le Mur du cinéma est donc livré à lui-même. Désormais un peu terne, la fresque est peu à peu recouverte par les tagueurs, moins respectueux de l’œuvre depuis qu’elle est défraîchie. »

Bonne journée.
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