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Chéron d'Incarville : pourquoi la Chine et pour quoi faire ?

par Zozolat, le 26/12/2019 à 21:10 - 265 visites

Bonjour,

Pierre Nicolas Le Chéron d'Incarville était un jésuite qui a été envoyé en Chine au XVIIIème siècle, où il a découvert plein de plantes et en particulier ce qu'on appelle maintenant le kiwi.

Je voudrais savoir pourquoi (et par qui ?) il a été envoyé là-bas. Y avait-il des affaires stratégiques à mener en Chine ? Fallait-il convertir des peuples au catholicisme ? Ou bien avait-il été expressément envoyé pour étudier la flore ?

Merci !

Zozolat

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 30/12/2019 à 15:07

Bonjour,

Dans son ouvrage L'aventure extraordinaire des plantes voyageuses, Katia Astafieff nous fournit quelques éléments biographiques sur Pierre Nicolas Le Chéron d'Incarville :

« Un ecclésiaste explorateur sinophile

C’est en 1750 que le kiwi est découvert par un Français, un jésuite du nom de Pierre Nicolas Le Chéron d’Incarville. Encore un homme d’église passionné de botanique ! Il faut dire que les prêtres missionnaires ont joué un rôle important dans l’histoire naturaliste. En partant au bout du monde, ils ont participé à la diffusion des connaissances.
Fils d’un écuyer, le père d’Incarville naît à Louviers en 1706. Il fait ses études à Rouen puis entre au noviciat de Paris en 1727. Il part enseigner les lettres au Québec et revient en 1735 pour faire sa théologie. C’est alors qu’il tombe sur le livre de Jean-Baptiste Du Halde (1674-1743), un autre jésuite, auteur d’une Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’empire de la Chine et de la Tartarie chinoise. Un ouvrage basé sur les témoignages de missionnaires jésuites en Chine. Ce livre eut un retentissement important à l’époque et influença l’image que les Européens se faisaient du pays. Le best-seller est rapidement traduit en anglais, en allemand et en russe. Le prêtre Pierre Nicolas dévore le chapitre consacré aux herbiers chinois et rêve de partir en Chine ! Ce sera même l’un des premiers Européens à explorer cette région. Il apprend le système de Linné, fréquente Jussieu et son cercle d’amis et étudie la chimie avec des membres de l’Académie des sciences.
Le 19 janvier 1740, il embarque à Lorient sur Le Jason. Destination l’empire du milieu, via Sumatra, Malacca et le cap Saint-Jacques. Un voyage source d’émerveillement.
Lors d’une halte à Canton, il apprend le mandarin puis part à Pékin. Il rejoint Beitang, la résidence jésuite française construite dans la cité impériale, où l’accueillent des personnalités éminentes : son supérieur Chalier, un bon horloger ; Antoine Gaubil, astronome et fin lettré ; Jean-Denis Attiret, portraitiste impérial ; Augustin von Hallerstein, astronome et démographe, le premier à avoir calculé avec précision la population de la Chine (ses recherches qui parvinrent en Europe en 1779 comptabilisaient quelque 198 214 553 habitants – ça a un peu augmenté depuis) ; et le jésuite italien Giuseppe Castiglione, le peintre le plus prisé à la cour. Du beau monde !
Mais les débuts ne sont pas forcément faciles. L’empereur K’ien-Long considérait les missionnaires comme indésirables. (Rappelons que le pape Benoît XIV avait condamné les rites chinois.) Cela n’arrête pas notre prêtre. Il va même réussir à devenir proche de l’empereur. […]

La mission première du Chéron d’Incarville est le travail du verre. Il préfère cependant les sciences naturelles. Il va donc devoir trouver une solution pour assouvir sa passion. L’empereur est en plein aménagement de son palais d’été, le Yuanmingyan, installé sur une parcelle au nord-est de la cité interdite. Le prêtre n’a pas le droit de sortir et se contente d’herboriser dans l’enceinte du palais. Pas facile…
En dehors d’une remarquable architecture et de belles œuvres d’art (notamment des peintures réalisées par les peintres Attiret et Castriglione), on aménage aussi de magnifiques jardins. Yuanmingyan signifie d’ailleurs « jardin de la clarté parfaite ». L’empereur veut son Versailles chinois, lequel sera malheureusement pillé par les troupes franco-britanniques et incendié en 1860.
Evidemment, de belles plantes européennes seraient parfaites dans ces jardins. D’Incarville, qui n’a pas perdu le nord, écrit alors à Bernard de Jussieu à Paris et lui demande de lui envoyer quelques végétaux. Il veut aussi des plantes susceptibles de plaire à l’empereur et connaître le moyen de les cultiver. Il pense aux pavots, tulipes, œillets, jonquilles, basilic, bleuet, capucine, violettes et bien d’autres plantes. Il écrit que « l’empereur d’abord s’attachera à la variété des couleurs, ensuite à la variété des fruits, ou graines, et pour lors j’aurais occasion de lui parler botanique. » Ah ah, le jésuite futé veut amadouer l’empereur avec des fleurs ! Il a bien raison. Ça marche.
L’année suivante, il envoie une nouvelle lettre avec d’autres demandes. Des légumes cette fois : choux fleurs, laitues, oseille, endives, etc. Au final, il écrira seize lettres en France pour quémander des graines. C’est surtout avec l’envoi de la plante sensitive Mimosa pudica, dont les feuilles bougent quand on les touche, qu’il va mettre l’empereur dans sa poche. Il pourra ensuite herboriser comme bon lui semble. Pendant dix-sept ans, il va se passionner pour la flore de Chine. Il enverra aussi des graines à la Société royale de Londres et à l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.
D’Incarville finira ses jours en Chine et mourra en 1757 à l’âge de 51 ans après avoir attrapé une fièvre qu’un malade lui avait refilée. »

Voici par ailleurs ce qu’indique Qinghua LIU dans sa thèse : Missions et chrétientés en transition : La paroisse urbaine de Pékin au XVIIIe siècle :

« Le Père Pierre d’Incarville 湯執中, né en 1706, et entré dans la province de France de la Compagnie en 1726, fut envoyé au Canada, où il demeura neuf ans (1730-1739), occupé à l’enseignement des humanités et de la rhétorique et à ses études au collège de Québec. De retour en France, il demanda et obtint la mission de Chine. Parti de Lorient le 19 janvier 1740, il arriva le 10 octobre et fut appelé au service à la Cour en décembre 1741 : « 初四日催總鄧八格 來說,太監高玉等傳旨,新來西洋人紀文、黨智忠(湯執中)、通使孫章三人走著在六所 行走,每人照西洋人分例飯各賞給一分,再大器匠等賞給匠役分例飯十分。欽此 ». Il était botaniste dans le jardin des maisons de l’occidental au Palais d’été : « Ce Père s’était insinué au palais, il y a trois ans, par le moyen de ses graines de fleurs et de légumes. A cette occasion, l’empereur faisait agrandir ses jardins, qu’il embellissait de fontaines et de cascades d’eau.
L’ouvrage n’est pas encore achevé. Le père Benoît y est occupé ». Il était correspondant de l’Académie des Sciences, et il mourut victime de son dévouement, « ayant, par ses assiduités auprès d’un malade, contracté une espèce de fièvre maligne », laissant d’unanimes regrets parmi les néophytes. Sa perte fut irréparable pour les sciences naturelles. Dans ses lettres à sa famille, en 1742, d’Incarville nous décrit des détails sur la fabrication à la verrerie de Pékin. »


Pour aller plus loin :

Les plantes chinoises en France au XVIIIe siècle : médiation et transmission, Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, Année 1997 39-1 pp. 27-47

A Plan of the Emperor's Glassworks, Emily Byrne Curtis, Arts Asiatiques Année 2001 56 pp. 81-90

Voyages et découvertes scientifiques des missionnaires naturalistes français à travers le monde pendant cinq siècles : XVe à XXe siècle / P. Fournier

Histoire des Français en Chine : 1698-1939 / Charles Meyer

Voyage à la Chine au XVIIIe siècle / P. Pierre d'Incarville ; Publié avec notes par Henri Cordier


Bonne journée.
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