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Espèce(s) humaine(s)

par delhub, le 30/06/2019 à 14:56 - 354 visites

Bonjour cher guichet du savoir,
Les découvertes scientifiques récentes démontrent que Néanderthal et homo sapiens se sont hybridés, ont eu une descendance fertile et qu'une grande proportions d'êtres humains aujourd'hui possèdent des gènes de Néanderthal (et de l'homme de Denisova aussi d'ailleurs).
Ne peut-on donc pas affirmer que ces 3 espèces ne sont qu'une seule et même espèce ?
Merci.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 02/07/2019 à 13:41

Bonjour,

Commençons par citer la définition de l’espèce qui est proposée, par exemple, sur le site de futura-sciences.com :

« Chez les espèces eucaryotes : Groupe d'êtres vivants pouvant se reproduire entre eux (interfécondité) et dont la descendance est fertile.
L'espèce est l'entité fondamentale des classifications, qui réunit les êtres vivants présentant un ensemble de caractéristiques morphologiques, anatomiques, physiologiques, biochimiques et génétiques, communes.
Les espèces sont regroupées en genres et divisées en sous-ensembles dénommés variétés, races, souches ou populations. Le recensement des espèces et de leur biodiversité relève de la systématique, leur nomenclature de la taxinomie.
Chez les procaryotes, il n'y a pas de notion d'inter fécondité, et l'espèce n'est pas définie de cette manière mais à partir de critères d'identité ou de proximité des génomes ou de certaines séquences d'ADN. »


Les hommes, de même que tous les organismes multicellulaires, sont des eucaryotes (leurs cellules possèdent un noyau).

Or, selon cette définition, la division en espèces distinctes de l’homme moderne, de l’homme de Neandertal et de l’homme de Denisova pourrait en effet être remise en question : on sait depuis 2010 que ces trois populations ont donné lieu à des métissages féconds, dont il subsiste des traces significatives dans notre ADN :

« Au cours de la Préhistoire, nos ancêtres ont cohabité avec d'autres espèces appartenant au genre Homo, dont l'Homme de Néandertal et l'Homme de Denisova. Ces espèces sont aujourd'hui éteintes, mais des indices de métissage entre eux et Homo sapiens subsistent encore dans notre ADN. Ainsi, les populations d'Europe et d'Asie partagent 2 % de leur génome avec Néandertal, tandis que près de 5 % du génome des peuples d'Océanie, en particulier d'Australasie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée, vient de Denisova.

[…]Fini le temps où l'on voyait l'évolution humaine comme une succession simple et linéaire des espèces. Les nombreuses découvertes paléoanthropologiques de ces dernières décennies montrent indubitablement que cette évolution a été buissonnante, ce qui rend l'histoire (ou plutôt la préhistoire) bien plus difficile à écrire et à concevoir. Où placer l'Homme de Florès dans l'arbre évolutif humain ? Quid de l'Homme de Denisova, décrit depuis 2010 seulement ? Les exemples de situations encore floues ne manquent pas.
D'autre part, comme si cela ne suffisait pas, les différentes populations se sont même hybridées. On sait désormais qu'une petite partie de notre génome provient de l'Homme de Néandertal, et que certains ancêtres des populations mélanésiennes et aborigènes se sont unis avec les Dénisoviens, car ils doivent environ 6 % de leur ADN à ce groupe humain disparu. En résumé, la situation est confuse, et les scientifiques connaissent des difficultés à classer fermement ces populations dans des espèces réellement distinctes.
Pire encore : David Reich (université Harvard) et Svante Pääbo (Institut Max Planck) précisent lors du congrès de la Royal Society (Londres) que la vérité pourrait bien être encore plus complexe. À partir d'ADN dénisovien de grande qualité (ce qui n'avait pas été obtenu jusque-là), ils sont parvenus à déterminer que cet Homme sibérien portait en plus les traces d'un métissage avec une population humaine mystérieuse et surtout plus archaïque, qui représente environ 1 % de leur génome. »
Source : L’Homme de Denisova s'est hybridé avec Homo sapiens à deux reprises, futura-sciences.com

Le paléoanthropologue Bruno Maureille considère que Denisova, Néandertal et sapiens, font, en fait, tous partie d'une même espèce. Mais son avis est loin de faire l’unanimité :

« « C'est une opinion assez minoritaire, mais d'un point de vue anthropologique et comportemental, les trois groupes étaient vraiment proches. La survivance de gènes néandertaliens et dénisoviens montre que d'un point de vue génétique la différence n'était pas si importante.»
L'échange d'ADN entre espèces proches n'est pas propre à l'humanité. De très nombreux mammifères portent un peu d'ADN de formes proches dont ils se sont séparés il y a quelques centaines de milliers, voire des millions d'années. Pour Jean-Jacques Hublin la séparation d'espèces sœurs n'est pas aussi tranchée qu'on a pu le penser. «Les ours bruns et les ours polaires sont deux espèces distinctes mais qui ont continué de s'hybrider dans les zones où ils étaient en contact,» explique-t-il. «Mais, comme pour sapiens, Denisova et Néandertal, quand on regarde à une échelle plus grande, ces mélanges restent très marginaux. Et ces groupes bien différents non seulement conservent leur identité, mais divergent de plus en plus sur des centaines de milliers d'années. Les flux génétiques des uns aux autres, même très limités, montrent simplement que leur isolement génétique était encore très loin d'être irréversible!»
Si toute la population mondiale hors d'Afrique porte désormais dans ses gènes des réminiscences d'au moins une de ceux deux espèces disparues, c'est parce que Homo sapiens n'a cessé d'étendre son territoire. Tout au long de cette expansion il a remplacé toutes ces populations archaïques et les rencontres ne se sont pas limitées à des zones marginales. »
Source : Découverte du premier métis issu de deux espèces d'hommes différentes, lefigaro.fr


Les trois populations Homo se seraient donc trouvées à un stade intermédiaire de leur séparation en espèces distinctes, où elles étaient encore assez proches pour qu’existent des métissages féconds :

« Les biologistes classent les organismes en espèces. On dit d’animaux qu’ils appartiennent à la même espèce s’ils ont tendance à s’accoupler l’un avec l’autre, donnant naissance à des rejetons féconds. Juments et ânes ont un ancêtre commun récent, et partagent maints traits physiques. Sexuellement, cependant, ils ne s’intéressent guère les uns aux autres. Ils s’accoupleront si on les y pousse, mais ils donneront des mules ou des mulets stériles. Les mutations de l’ADN de l’âne ne sauraient donc jamais se transmettre aux chevaux, et inversement. Les deux types d’animaux sont considérés comme des espèces différentes, suivant des voies évolutives différentes. En revanche, un bouledogue et un épagneul paraissent très différents, mais ils sont membres de la même espèce, partageant le même vivier d’ADN. Leur accouplement sera fructueux, et leurs chiots devenus adultes pourront s’accoupler avec d’autres chiens et faire à leur tour des petits.
Les espèces issues d’un ancêtre commun sont réunies sous le vocable de « genre » (en latin genus, ou genera au pluriel). Lions, tigres léopards et jaguars sont des espèces différentes du genre Panthera. Les biologistes baptisent les organismes d’un double nom latin, indiquant le genre, suivi de l’espèce. Les lions, par exemple, portent le nom de Panthera leo : l’espèce leo, du genre Panthera. Les lecteurs de ce livre sont vraisemblablement tous des Homo sapiens : de l’espèce sapiens (sage) et du genre Homo (homme).

[…] en 2010, quand ont été publiés les résultats de quatre années d’efforts pour dresser la carte du génome néandertalien [les] généticiens on recueilli suffisamment d’ADN intact sur des fossiles pour procéder à une large comparaison avec l’ADN des humains contemporains. Les résultats ont stupéfié la communauté scientifique.
Il est apparu que de 1% à 4% de l’ADN unique des populations modernes du Moyen-Orient et d’Europe est de l’ADN de Neandertal. Ce n’est pas énorme, mais c’est significatif. Un second choc survint quelques mois plus tard, quand il apparut que l’ADN extrait du doigt fossilisé de Denisova partageait jusqu’à 6% de son ADN unique avec les Mélanésiens et les aborigènes d’Australie actuels !
[…] Les Neandertal et les Dénisoviens n’ayant fourni qu’une petite quantité d’ADN à notre génome actuel, on ne saurait parler de « fusion » entre Sapiens et d’autres espèces humaines. Si les différences entre elles n’étaient pas assez importantes pour empêcher entièrement des rapports féconds, elles étaient suffisantes pour rendre ces contacts très rares.
Mais alors, comment comprendre la parenté biologique des Sapiens, des Neandertal et des Dénisoviens ? Visiblement, il ne s’agissait pas d’espèces tout à fait différentes comme les chevaux et les ânes. Par ailleurs, ce n’étaient pas non plus juste des populations différentes de la même espèce, comme les bouledogues et les épagneuls. La réalité biologique n’est pas en noir et blanc. Il existe d’importantes zones grises. Deux espèces ayant évolué à partir d’un ancêtre commun, comme les chevaux et les ânes, ont été à une époque simplement deux populations de la même espèce comme les bouledogues et les épagneuls. Il dut y avoir un moment où les deux populations étaient déjà très différentes l’une de l’autre mais encore capables, en de rares occasions, d’avoir des relations sexuelles et d’engendrer des rejetons féconds. Puis une nouvelle mutation trancha ce dernier fil, et les deux espèces suivirent des voies évolutives séparées.
Il semble que, voici 50 000 ans environ, Sapien, Neandertal et Dénisoviens aient été à ce point limite. C’étaient des espèces presque entièrement séparées, mais pas tout à fait. Les Sapiens […] étaient déjà très différents des Neandertal et des Dénisoviens par leur code génétique et leurs traits physiques, mais aussi par leurs capacités cognitives et sociales. Il apparaît pourtant qu’il était encore possible, à de rares occasions, à un Sapiens et à un Neandertal de donner un rejeton fécond. »
Source : Sapiens : une brève histoire de l'humanité, Yuval Noah Harari ; traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat


Bonne journée.
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