Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > Hindouisme

Hindouisme

par grouchy, le 25/05/2019 à 13:10 - 1177 visites

Comment les hindouistes expliquent ils leur système de castes qui paraît si incongru pour un occidental?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 27/05/2019 à 16:19

Bonjour,

Pour mieux comprendre le système des castes nous vous recommandons l’ouvrage de Sandrine Prévot : Inde : comprendre la culture des castes.
En voici quelques extraits :

« Un principe inégalitaire

La caste est une notion socio-religieuse qui établit l’inégalité entre individus. Si, comme toutes les sociétés, l’Inde est inégalitaire, l’inégalité est affirmée dans le système des castes. Il s’agit d’une réalité fondamentale qui gouverne idéologiquement la société indienne. Cette inégalité a des implications sociales fortes. Les membres issus de castes différentes sont parfois des étrangers les uns pour les autres et gardent leurs distances.

Un fait de naissance

L’appartenance à une caste est une conséquence de la naissance. Tout individu naît dans une caste, localement appelée jati. Le terme « caste » a une origine portugaise (casta) et reflète plus ou moins bien le terme jati. Chaque caste est en effet constituée de différentes sous-castes, qui représentent des groupes sociaux différents au sein même de la caste. La caste, au sens de jati, est le groupe social auquel appartient chaque individu à sa naissance.
Les jati sont hiérarchisées entre elles, mais la hiérarchie n’est pas unique et déterminée une fois pour toutes. Elle varie d’une région à l’autre, en fonction des jati présentes. Chaque caste étant située sur une échelle hiérarchique, entre castes – et donc entre individus – il n’y a pas d’égalité. On est inégaux car on naît inégaux. C’est un fait de nature.

Le karma détermine la naissance

L’inégalité entre individus est liée à la notion de karma. Le karma est le résultat de nos actions et de leurs conséquences dans nos vies précédentes. Le karma, créé par le désir ou l’ignorance, produit une nouvelle réincarnation et détermine tous les événements heureux ou malheureux que l’on rencontrera.
La réincarnation peut se faire sous différentes formes : plantes, animaux domestiques, bêtes sauvages, insectes, humains dans une haute ou basse caste, ou créatures invisibles bienfaisantes ou néfastes. Dans chaque réincarnation, c’est en fait un principe vital et éternel qui passe d’une naissance à une autre. Appelée atman, cette « âme » est un corps subtil et invisible qui s’incarne, en fonction du karma, en un corps grossier, visible et mortel.
Nos mérites ou nos fautes dans nos différentes vies déterminent ainsi notre appartenance à une caste. Cette appartenance étant un fait de naissance, il n’est pas possible de changer de caste. De même, il n’est pas possible de se convertir à l’hindouisme. D’ailleurs, il n’existe pas de prosélytisme chez les hindous. Être hindou, ce n’est pas simplement une adhésion à des croyances ou une foi en des dieux, c’est une insertion dans un système social et religieux qui régit les relations entre humains.

L’idéologie du pur et de l’impur

L’inégalité entre les individus repose sur un autre concept religieux : la pureté – et son pendant, l’impureté. Chaque caste est affectée d’un statut rituel, plus ou moins pur, qui la situe sur une échelle rituelle. En fonction de ce statut, une caste sera à la fois supérieure à une caste et inférieure à une autre. Entre castes différentes, en particulier entre celles situées aux deux extrémités de l’échelle rituelle, il existe une forme de répulsion. Il faut en effet éviter de côtoyer et de se mélanger, en particulier en se mariant, avec des êtres inférieurs car ils pourraient nous contaminer. Ce principe hiérarchique de pureté a été systématisé par Louis Dumont.
Chaque individu a le statut rituel de sa caste. Il ne lui sera pas possible d’en changer en cours de vie puisque ce n’est pas un statut individuel et personnel mais un statut « collectif » lié à la pureté relative de sa caste. L’impureté est intrinsèque et permanente.
Même si cette idéologie n’est pas pensée ou réfléchie au quotidien, elle explique de nombreux comportements. Elle est intégrée dans la conscience sociale et représente la vision brahmanique de la hiérarchie, dans laquelle les brahmanes, les prêtres, sont au sommet.
Tout ce qui est relatif aux déchets corporels, organiques et à la mort est source d’impureté : la transpiration, la salive, les crachats, les urines, les selles, les ongles et les cheveux coupés, les menstruations, les animaux morts, les ordures ménagères. La main gauche, utilisée pour se laver, est considérée comme la plus impure, c’est la « main des ordures ». Cela s’étend aux métiers en lien avec les déchets ou la mort comme le balayeur ou l’équarisseur. Et aux personnes en deuil.
Le statut impur est également lié au non-respect des règles sociales brahmaniques. Tout acte déviant – comme l’ivrognerie, la violence, la liberté sexuelle ou l’ignorance – est considéré comme impur. L’impureté est un manque de morale. Selon le point de vue brahmanique, les basses castes sont caractérisées par l’absence de culture, de connaissance et de moralité.

Les risques de contamination

Ces notions de pureté et d’impureté engendrent une distance sociale et physique entre individus. La notion de pureté est en effet associée à la notion de souillure. Un individu peut perdre une partie de sa pureté s’il entre en contact avec une personne ayant un statut moins pur. Il existe des risques de contamination.
En raison de cette potentielle contagion, les relations entre les castes doivent être limitées. Les personnes les plus « impures » doivent rester à distance des personnes les plus « pures ». Ainsi, pendant longtemps, les intouchables étaient relégués à la périphérie du village, ne devaient pas pénétrer dans les grands temples brahmaniques, et avaient un point d’eau différent de celui du village. Cet ostracisme, aujourd’hui interdit, existe encore.
L’impureté se traduit aussi au niveau des gestes quotidiens. Par exemple, porter à la bouche des objets tels qu’un verre ou un stylo rend ces objets impurs. Personne ne doit plus s’en servir. Il n’est pas concevable d’utiliser le peigne ou la brosse à cheveux de quelqu’un d’autre. Il faut aussi s’éloigner de tout déchet. Ainsi les épluchures et les papiers usés sont-ils jetés négligemment dans la rue. Ils ne doivent pas rester à l’intérieur d’une maison. Les lieux publics sont envahis par toutes sortes de détritus. Et le manque d’investissement dans la collecte des ordures ne favorise pas la propreté publique.
Par ailleurs, au sein même d’une caste, certains événements de la vie sont particulièrement impurs et engendrent des restrictions. En raison de son association avec la mort, une veuve voit ses relations sociales réduites et elle devient de mauvais augure. Lorsqu’une femme a ses règles, elle ne peut ni faire la cuisine, ni dormir avec son mari.

[…] La caste et la mobilité sociale

Il ne faut pas confondre statut rituel et position socio-économique. Si le statut rituel est toujours immuable, la position socio-économique peut en revanche évoluer au cours de la vie, en fonction de la famille, du réseau et de l’éducation de la personne. Toutes les castes ont accès à l’éducation et aux diverses opportunités d’emploi. Par ailleurs, être au sommet de la hiérarchie rituelle ne signifie pas être en haut de l’échelle sociale et économique. Les brahmanes représentent la caste savante mais ne sont pas les détenteurs de la richesse.

L’ordre hiérarchique brahmanique

Dans l’Inde ancienne, l’ordre socio-religieux était un ordre socio-économique. A chaque caste correspondait une profession traditionnelle. La naissance, et donc le statut rituel, entraînait l’apprentissage du métier de la caste. On naissait potier, prêtre, éleveur ou agriculteur. Cet ordre du monde est modélisé par la division brahmanique de la société en quatre varna (« ordre », « état », « couleur »). Cette division ne représente pas la hiérarchie locale. Les varna ne sont pas une jati, c’est-à-dire le groupe social auquel appartient un individu, mais elles regroupent un ensemble de jati.
Comme l’explique le sociologue indien André Béteille, les varna représentent l’ordre normatif de la société et sont un point de référence pour le classement des différentes jati. Les varna représentent une division invariante de la société en quatre catégories. En revanche, les jati représentent un système plus souple. Certaines disparaissent, de nouvelles se créent.
Les varna distinguent les hindous dits « de castes » (savarna) des hors-castes (avarna). Ces derniers sont les tribus et les dalits (ex-intouchables), considérés par l’orthodoxie brahmanique comme des parias et des impurs. Ils sont hors du système.
La division brahmanique explique la hiérarchie entre les castes, ou jati, et leurs fonctions dans la société. La mythologie raconte que la hiérarchie est liée au sacrifice d’un être originel dont sont issus quatre groupes : les brahmanes sont issus de la bouche, les kshatriya des épaules, les vaishya des cuisses, et les shudra des pieds. Les brahmanes sont au sommet de la hiérarchie. Ce sont les prêtres, les spécialistes du rituel et du savoir. Ils sont responsables de l’ordre universel (dharma). Ils sont suivis par les kshatriya qui représentent la force armée. Ce sont les guerriers, les dirigeants, les détenteurs du pouvoir. Ils sont chargés de faire respecter l’ordre universel. En troisième position, viennent les vaishya. Ils représentent la force productrice, les travailleurs. Ce sont les marchands, les commerçants et les agriculteurs. Ces trois varna supérieurs sont désignés par l’expression « les deux fois nés ». […] Le quatrième varna, les shudra, regroupe les serviteurs des trois classes supérieures. Il s’agit des artisans et des employés. Ils sont de basse caste sans être intouchables. […]

L’interdépendance traditionnelle

Cette spécialisation impliquait une interdépendance économique entre les castes et était représentée par le système jajmani. Les plus hautes castes, en raison de leur statut rituel, ne pouvaient pas effectuer des tâches impures et elles devaient faire appel aux castes les plus basses. Il y avait une complémentarité professionnelle entre les castes, les plus basses étant au service des plus hautes. […]

Un ethos de mobilité sociale

De nos jours, l’attribution d’une profession en fonction de sa caste n’est plus d’actualité. Les membres d’une caste n’exercent pas nécessairement le métier traditionnel de leur caste. […] La caste en soi n’est pas une contrainte absolue pour la mobilité sociale. Mais elle influe tout de même sur le type de métier choisi : en fonction du statut de sa caste, les professions jugées inférieures seront rejetées. Et il sera toujours plus facile d’exercer une activité si les membres de la caste l’exercent déjà. […]
Les Indiens ne sont pas des individus résignés et fatalistes. Les changements des conditions de vie, l’adoption d’un mode de vie moderne sont possibles. La position sociale et économique n’est pas prédéterminée et immuable. La modernité et les nouveaux métiers permettent une amélioration du statut socio-économique.
Mais quelle que soit la mobilité sociale, le statut rituel de naissance reste inchangé. L’acquis n’élimine pas l’inné. La hiérarchie économique se superpose à la hiérarchie rituelle. Le statut économique ou la position politique n’effacent pas le statut religieux. Par exemple, un brahmane peut servir un ministre intouchable mais décider ensuite de se purifier pour conserver la pureté de son statut rituel. »


En complément, la page Wikipedia sur les castes en Inde fournit de nombreuses références sur le sujet.


Bonne journée.
  • 1 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact