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Eglise byzantine

par superpapé, le 22/05/2019 à 17:04 - 642 visites

Bonjour,

Je cherche une explication à l'enluminure du ménologe de Basile II (fin 10ème) lors du concile de Nicée II. On y voit Constantin V entouré de patriarches (lesquels ?) et surtout un personnage qui se prosterne en poussant devant lui un objet. De qui s'agit-il et quel est cet objet ?
Merci pour votre réponse.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 24/05/2019 à 13:52

Bonjour,

Voici d’abord une reproduction de l’enluminure qui vous intéresse :

Pièce jointe:
Menologion_of_Basil_024.jpg
Menologion_of_Basil_024.jpg [ 311.43 Kio | Consulté 620 fois ]


On trouve sur archive.org le texte intégral d’une édition du ménologe en fac-similé, réalisée en 1907 par la bibliothèque vaticane (où le manuscrit est conservé sous la cote vat.gr.1613). On trouve une description de chaque enluminure. La description de celle qui vous intéresse, celle de l’enluminure n°108, y est très détaillée. Voici comment le texte mentionne l’homme à terre :

Citer:
In mezzo all’adunanza, sul pavimento verde, sta disteso bocconi un uomo con barba e capelli bruni, vestito di tunica talare giallastra, di penula violacea tocca d’oro, e calzato di nero, È evidentemente uno degli iconoclasti ' condannati dal concilio. Egli si è lasciato cader di mano uu volume bianco, il volume delle sue opere empie.


Dont nous tenterons la traduction suivante, en vous demandant toute votre indulgence :

Citer:
Au centre de l’assemblée, sur le sol vert, un homme à la barbe et aux cheveux bruns est couché à terre, vêtu d’une soutane jaunâtre et d’une pénule violacée rehaussée de touches d’or et chaussé de noir. Il s’agit à d’un des iconoclastes condamnés par le concile. Il a laissé tomber de sa main un rouleau blanc, le livre rassemblant ses œuvres impies.



Le terme iconoclaste (« celui qui brise les images ») est à prendre dans le contexte de la querelle des images, un débat théologique qui enflamma les églises du monde byzantin aux VIIIè et IXè siècles, notamment autour des figures des empereurs Léon III et Constantin V, son fils, qui considèrent « l’image de fabrication humaine, dite sacrée, comme inacceptable, voire idôlatrique. »

(Source : Dictionnaire de l'histoire du christianisme [Livre] / préf. Jean Delumeau)

L’empereur représenté sur l’enluminure n’est donc certainement pas Constantin V, puisque celui-ci, farouche iconoclaste, rédigeant « lui-même des pamphlets contre la vénération des images », allant jusqu’à convoquer « un concile impérial (c’est-à-dire une réunion de fonctionnaire dévoués au pouvoir) [qui] condamne les images en 730 et surtout […] un concile en 754 (composé d’autorités religieuses cette fois) qui, siégeant dans un palais impérial, condamne les mages et en ordonne la destruction. »

(Source : L'art de Byzance [Livre] / Etienne Coche de La Ferté. Principaux monuments de l'art de Byzance / par Giustina Ostuni)

Constantin V mourut en 775, et l’iconoclasme officiel ne lui survivra pas longtemps :

Citer:
La persécution se ralentit sous Léon IV, sans doute à l'instigation de sa femme Irène, qui était fort amie des moines, et, par conséquent, des images. La mort prématurée de Léon IV fit d'Irène la détentrice réelle du pouvoir, qui revenait officiellement à son jeune fils Constantin VI : elle n'eut rien de plus pressé que de convoquer, en 787, un nouveau concile, le deuxième concile de Nicée, qui rétablit le culte des images.


(Source : universalis-edu.com)

L'article "iconoclasme" de l'Encyclopaedia universalis donne en outre le nom de patriarche le plus influent de ce concile, Taraise. Il pourrait se trouver représenté parmi les six ecclésiastiques entourant l'empereur.

Notons que Constantin V y écopera à titre posthume du surnom « copronyme » (« au nom de merde »), vouant sa mémoire à l’exécration publique ; si c’est bien le second concile de Nicée qui est ici représenté, l’empereur siégeant à droite de la croix serait donc Constantin VI, et l’homme soumis un iconoclaste anonyme.

Cependant, considérant que Constantin VI, âgé de 13 ans à l’époque du concile, n’a régné que sous la régence de sa mère Irène – qui le renversa plus tard et le fit aveugler afin de se faire nommer elle-même empereur – l’historien Sévérien Salaville a imaginé une autre hypothèse, développée dans l’article « L'iconographie des « sept conciles œcuméniques » » (Revue des études byzantines, 1926, lisible sur persee.fr) ». Il nous a semblé intéressant de vous la soumettre :

Citer:
Mentionnons auparavant une autre représentation de concile dans le Ménologe de Basile II (Vatican gr. i6i3), beau manuscrit de la fin du Xe ou du début du XIe siècle, auquel ont collaboré sept artistes contemporains qui ont laissé leur nom sur les feuillets peints par eux. Selon la juste remarque de J. Labarte, « on trouve donc là non pas l'expression du talent individuel d'un artiste, mais bien celle du style de toute une époque». Au folio 108, ce codex a une miniature que Labarte cite parmi les « tableaux les plus intéressants du recueil », et qu'il dit représenter l'assemblée du second concile de Nicée. Bien que cette miniature soit placée en illustration à l'endroit du synaxaire mentionnant le septième concile, rien dans le tableau même n'indique le synode de 787, et j'inclinerais plutôt à y voir celui de 325. Le peintre du second concile de Nicée n'aurait pas manqué de faire figurer au centre du tableau l'impératrice Irène et son jeune fils Constantin VI. Or, sur notre miniature, il ne paraît pas d'impératrice. L'empereur est jeune, il est vrai, mais n'est plus un enfant comme l'était encore en 787 Constantin VI, alors âgé de treize ans; il nous semble plus naturel d'y voir Constantin le Grand, qui, en 325, était dans la force de l'âge et donnait aux contemporains une impression de jeunesse. La croix nue, à deux branches transversales, plantée sur une éminence au milieu du tableau, veut probablement rappeler la croix du Sauveur retrouvée par sainte Hélène et le triomphe du christianisme par la victoire de Constantin le Grand. Le personnage étendu sur le sol dans une attitude de dépit désespéré ne saurait être qu'un hérésiarque, et l'on ne voit pas trop quel hérésiarque individuel pourrait personnifier l'iconoclasme condamné en 787, tandis que dans l'hypothèse du premier synode œcuménique, ce personnage s'identifie normalement avec Arius.


Arius, rappelons-le, était un prêtre alexandrin des IIIè-IVè siècle, s’inscrivant dans un courant doctrinal plus tard appelé arianisme, et dont l’un des éléments majeurs est le rapport de subordination du Fils vis-à-vis du Père dans la Trinité. Pour ses adversaires, cela revenait à nier la nature divine du Christ et cette théorie fut déclarée hérétique au premier concile de Nicée.

Pour aller plus loin :

-Le ménologe en version digitale sur le site de la Bibliothèque vaticane.

-Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien [Livre] / sous la dir. de Angelo Di Berardino ; adapt. française sous la dir. de François Vial

-Le monde byzantin [Livre] / Thomas F. Mathews ; trad. de l'anglais par Anne-Marie Terel

-L'image à Byzance [Livre] : une nouvelle lecture des textes anciens / Maria Zoubouli

Bonnes lectures.
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