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Des filles qu'on pleure

par Fromon, le 13/01/2019 à 15:48 - 319 visites

Dans une émission de radio (radio et date oubliées !), j'ai entendu que "dans certaines régions du monde", des pleureuses se réunissent à la naissance d’une fille pour regretter qu'un garçon n’ait pas été donné aux parents. Sauriez-vous m'indiquer ces régions (peut-être, dans mon vague souvenir, du côté de la Turquie, notamment) ?
Merci d'avance.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 16/01/2019 à 10:36

Bonjour,

Nos recherches ne nous ont pas permis de trouver des mentions précises de cette coutume, mais il est en tout cas certain que notamment en Afghanistan, au Pakistan et en Inde, la naissance d’une petite fille donne lieu à un rituel de deuil :

« Au Rajasthan, quand naît une petite fille, naissance considérée indésirable comme dans tout le reste du pays, on organise dans certains villages un rituel de deuil. Car elle est nakusha (non voulue). »
Source : La préférence masculine : Causes et conséquences démographiques, Simone Gilgenkrantz

« le Pakistan et le Bangladesh, n’ont pas échappé à cette vision très péjorative des femmes et des petites filles ; l’influence de l’hindouisme dans l’ancien Empire des Indes y est certainement pour beaucoup. Comme en Inde, les sages-femmes y reçoivent double rémunération si elles mettent au monde un garçon. Comme en Inde, la naissance d’une fille est annoncée avec force précautions à la mère, et donne lieu à des consolations.
Dans certaines zones du Pakistan – et jusqu’en Afghanistan voisin – la naissance d’une fille s’accompagne de rituels de deuil. Dans les trois grands pays du sous-continent, la surmortalité des petites filles est la règle. A un point tel que, selon une étude de l’Unicef, « une mort de petite fille sur dix, en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, est directement liée à la discrimination ».
Dans ces pays où, paradoxalement, des femmes ont exercé les plus hautes fonctions, la discrimination frappe donc ainsi jusqu’au cœur de l’existence, jusqu’à devenir affaire de vie ou de mort. Certes, les indiens ont cessé de brûler les veuves sur le bûcher de leur mari, l’antique sati ayant été abolie par l’ordre britannique. Mais les veuves, chassées de leurs foyers, privées de leurs enfants, mènent une existence de naufragées, interdites de remariage, donc de la perspective de donner naissance à un garçon, qui les sauverait de la déchéance. « En Inde, écrivait Henri Michaux, prendre garde à n’être ni veuve ni chien ». Ni petite fille. »
Source : Le livre noir de la condition des femmes, sous la direction de Christine Ockrent


Cette pratique s’inscrit dans une tendance de préférence masculine qui se retrouve dans toutes les régions du monde :

« Dans pratiquement toutes les cultures, on préfère les garçons aux filles et on les privilégie. Ainsi la discrimination sexuelle commence dès la naissance, voire avant. Elle conduit à encourager les garçons plus que les filles à faire des études supérieures ou à trouver normal que les filles assument plus de tâches et aient moins de temps libre que les garçons. Mais cela peut aller jusqu’à traiter les filles avec négligence, à ce qu’elles soient moins bien nourries, moins bien soignées, etc. Les cas où les taux de mortalité infantile des filles sont plus élevés que ceux des garçons pourraient bien être révélateurs de cette discrimination.
Les avortements d’embryons féminins et les infanticides de nouveau-nées filles se pratiquent à une telle échelle que le rapport des naissances entre les deux sexes s’en trouve perturbé.
Concernant les infanticides de filles, les données sont fiables pour la Chine et l’Inde, mais ce genre de pratique existe très vraisemblablement ailleurs en Asie. Certains Etats comme la Chine, l’Inde et la Corée du Sud ont interdit l’utilisation de tests prénatals à des fins d’identification du sexe de l’enfant, mais la loi est détournée, et cela n’a guère mis de terme aux avortements de fœtus féminins. En Chine, en Corée du Sud, en Inde et au Pakistan, le déséquilibre entre nombre de naissances de filles et de garçons s’est considérablement aggravé ces dernières années.
Joue ici une combinaison de facteurs économiques, culturels et religieux. Les filles sont considérées comme ayant une moindre valeur économique, ce que démontrent souvent les coutumes liées au mariage, à la dot, à l’héritage. Il semblerait qu’avec la diminution de la taille des familles, la préférence accordée aux fils ne fait que s’accentuer. »
Source : Atlas des femmes dans le monde : émancipation ou oppression, un paysage contrasté, Joni Seager


« Une préférence pour les garçons

Bien que plus nombreux à la naissance que les filles, les garçons n’en restent pas moins généralement préférés aux filles. Cette préférence est attestée historiquement et anthropologiquement. Elle est plus ou moins marquée selon les pays et les religions.

[…] Toutes les raisons restent bonnes pour vouloir un garçon ou en justifier l’envie. Un garçon peut travailler la terre, perpétuer le nom de famille, assurer le culte des ancêtres, se soucier de ses parents âgés, etc. Pourtant les femmes sont nombreuses à cultiver la terre (particulièrement en Afrique mais aussi en Asie), la poursuite du nom est purement conventionnelle (en Espagne, le nom de la mère est conservé et ajouté à celui du père) et les filles ne sont pas nécessairement plus ingrates que les garçons lorsque leurs parents atteignent un âge élevé ! […]
Dans ces deux pays de religion musulmane [Pakistan et Yemen], la préférence pour un garçon est marquée, mais elle l’est aussi dans la culture chinoise. Au garçon revient la responsabilité de poursuivre la lignée, étant donné que les filles quittent la famille en se mariant. Le confucianisme confie aux garçons la responsabilité du culte des ancêtres. Significatif de cette préférence pour les garçons est le slogan de la politique de planification familiale dans le Singapour des années 70 : « Fille ou garçon, deux, c’est assez ! » Toutes les affiches de propagande antinataliste montraient alors une famille épanouie composée d’un couple et de ses deux filles.
La préférence pour les garçons peut conduire à des discriminations, en terme de nourriture notamment. On relate, par exemple, qu’à Islamabad une mère de jumeaux qui n’avait pas assez de lait pour ses deux enfants se serait mise, sur les conseils de sa belle-mère, à nourrir au sein seulement son fils, et sa fille serait morte le jour suivant.
Ce type de discrimination, fondé sur la nourriture donnée aux garçons et aux filles, a aussi été constaté par des anthropologues en Afrique. La préférence pour les garçons peut conduire, dans les cas extrêmes, à l’infanticide de petites filles ou à des avortements sélectifs selon le sexe : les filles éprouvent alors une difficulté à vivre et même à naître.
La politique de l’enfant unique mise en œuvre en Chine, alliée à une forte préférence pour les garçons, a pour conséquence de rendre l’infanticide de petites filles un phénomène préoccupant. […]
La généralisation du diagnostic prénatal, permettant de connaître le sexe de l’enfant, a provoqué un accroissement des avortements d’embryons de sexe féminin. Ainsi l’enseigne extérieure d’un centre indien d’interruption volontaire de grossesse a pour slogan publicitaire la formule suivante : « Apprenez le sexe de l’enfant à naître. »
Echographies en Chine et amniocentèse en Inde ou en Corée su Sud sont des pratiques qui se sont largement développées, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la santé, ce qui a conduit les autorités chinoises et indiennes à réagir en interdisant le recours à des « moyens techniques » pour connaître le sexe de l’enfant à naître.
Mais lorsque la valeur d’une femme se mesure au nombre des garçons qu’elle met au monde – l’idéogramme « bon » en chinois est la combinaison des symboles « femme » et « fils » - , lorsqu’une femme est qualifiée de stérile si elle ne met pas au monde un garçon, comme en Inde – le terme hindi pour désigner une femme stérile signifie « celle qui n’a pas de fils » -, lorsque le mécanisme de la dot fait qu’avoir plusieurs filles constitue une lourde charge pour une famille indienne, les résistances à la progression du statut des filles ou des femmes sont fortes. »
Source : Le monde des femmes : inégalité des sexes, inégalité des sociétés, Jacques Véron


Concernant la Turquie, que vous mentionniez dans votre question, d’après les données que nous trouvons dans l’Atlas des femmes dans le monde, une préférence très forte y est accordée aux garçons, mais sans affecter de manière significative le rapport de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. D'après l’article de Christophe Z. Guilmoto paru dans Population en février 2015 : La masculinisation des naissances. État des lieux et des connaissances, le rapport de masculinité à la naissance en Turquie avoisine les 105 (105,8 plus précisément) ce qui correspond à la norme la plus courante.


Bonne journée.
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