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Accueil > Déserteurs 1ère GM

Déserteurs 1ère GM

par Fvlgvr, le 06/12/2018 à 13:39 - 413 visites

Bonjour !

Je cherche toutes les informations possibles sur les soldats qui désertaient en 1915 :
Qui déserte? Comment ? Comment se passe la cavale et peut-elle être fructueuse ?

Comment se cacher en 1915 ?

Il me faut aussi savoir ce qui arrive quand des hommes en bande désertent : est-ce écrit dans les journaux ? Comment le sait-on ? Peut-on sortir ensuite ou faut-il se terrer ?

Est-ce qu'il existe une carte d'invalidité pour les hommes réformés ?

Comment les soldats sont-ils répartis ? Est-ce géographiques ? Comment composer un bataillon d'infanterie ?

Réformé, comment vivre ?

Merci d'avance pour toutes les réponses que vous pourrez m'apporter !

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 10/12/2018 à 14:13

Bonjour,

Nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage de Miquèl Ruquet : Déserteurs et insoumis de la Grande Guerre (1914-1918) sur la frontière des Pyrénées-Orientales qui fournit de nombreuses informations à ce sujet.

Nous y lisons par exemple qu’un certain nombre de soldats désertent ou refusent de retourner au front au moment des permissions.

« Très peu de désertions se font sur le front. Dans ce cadre, il faut placer les abandons de poste, les désertions devant l’ennemi et les désertions à l’ennemi qui représentent moins de 5% de l’ensemble. Les trois-quarts de celles qui sont précisées se font à l’étranger, ce qui était le plus facile et le plus sûr. Le soldat partait de chez lui avant la fin de l’expiration de son congé de convalescence ou de détente. Les désertions à l’intérieur sont de plusieurs sortes : soit ce sont des tentatives avortées de passer en Espagne, soit les soldats désertent dans les gares, sur le trajet du front et se cachent dans les grandes villes. En 1917, le procureur général de Paris signale que « des milliers de déserteurs » circulent librement, nantis de papiers militaires et de papiers d’état civil fabriqués, volés ou prêtés ».
La décision prise, le passage de la frontière est relativement aisé, par les chemins qu’utilisent les bergers, les contrebandiers ou les autres utilisateurs de la montagne, ce que nous verrons plus loin. Souvent les autorités ne peuvent que constater le passage, comme dans ce télégramme du commissaire spécial de Cerbère au préfet, le 9 mars 1917 : « Les six déserteurs français vêtus de leur uniforme et chargés de tout leur équipement ont passé la frontière, probablement entre Banyuls et Port-Vendres et sont arrivés à Espolla. Ils ont déclaré venir de leur famille où ils étaient en congé et, ayant dû s’embarquer pour Salonique, s’être dérobés. »
Les archives permettent de faire une typologie des « tactiques » de désertion et des chemins utilisés. […]

Le passage des frontières a été, de tous temps et en tout lieu, un moyen de salut. C’est vrai plus particulièrement dans les Pyrénées-Orientales ou les Basses-Pyrénées qui servent de refuge pour les espagnols […]. Les exilés fuient les guerres et l’armée, les accusations de bigamie, de meurtre ou de vol. Inversement, le Principat servait aussi de refuge aux français, en particulier aux déserteurs, pendant la guerre de 1870 et après […].
En dehors de cet aspect traditionnel de refuge, les liens transfrontaliers, à la veille de la guerre de 14-18 en pendant ce conflit, deux siècles et demi après l’annexion, vont apporter une aide considérable aux soldats des Pyrénées-Orientales qui vont être tentés par la désertion à l’étranger. […]

Les déserteurs qui ne connaissent pas la frontière utilisent d’autres moyens

Le passage avec des papiers prêtés ou volés
Les autorités sont bien conscientes, surtout après les mutineries de 1917, que de nombreux militaires déserteurs ont des papiers militaires et des papiers d’état civil fabriqués, volés ou prêtés. Ces papiers leur permettent de travailler. […]

Le passage avec des papiers militaires trafiqués […]
« Le déserteur qui veut franchir la frontière utilise le livret d’un soldat réformé n°1 ou n°2. La page portant cette mention, généralement la page 7 et le double folio formant corps avec elle, généralement la page 33, est substituée aux pages correspondantes de son propre livret. » Il devient facile de se faire délivrer un passeport ou un sauf-conduit au moyen d’un livret truqué, mais où rien ne permet de découvrir une supercherie. Une fois rendu à destination, le déserteur renvoie par lettre, à celui qui le lui a procuré, le folio substitué. » […]
Même les déserteurs qui ne fuient pas à l’étranger utilisent de faux papiers militaires. La vente de livrets par des réformés travaillant dans des usines de guerre est généralisée, semble-t-il. « Ils les revendent facilement à un déserteur qui utilise cette pièce pour entrer dans un autre établissement. Quand tout semble aller pour le mieux, le réformé vendeur vient s’adresser à la gendarmerie pour faire une déclaration de perte de livret et en demander un « duplicata ». […]
Beaucoup d’autres utilisent de fausses permissions pour trouver du travail à l’arrière. […]

Le passage par les postes de barrages
Cette naïveté peut s’expliquer, si l’on en croit le psychologue Dominique Amann, par une vision à court terme. Selon lui, « un des traits les plus frappants, chez les déserteurs est leur absence complète de perspectives d’avenir. Tout au long de sa fuite, le déserteur vit dans l’instant, ne fait aucun projet, se laisse porter par les circonstances. » […]

Le passage par le chemin de fer
Un télégramme du commissaire spécial de Cerbère, le 30 novembre 1915, signale une désertion réussie : « Effets militaires souillés et mouillés trouvés sous tunnel international sans écusson ni numéro. » Le soldat serait passé la nuit dans une vigie ou en se plaçant sur un essieu puisqu’il y a des traces de cambouis sur les vêtements. Cette pratique semble fréquente en novembre 1915, si l’on en croit un télégramme du commissaire spécial de Cerbère au préfet : « Ai arrêté cette nuit au rapide 3 heures B… (François) né à Bellerole (Tarn-et-Garonne) le 15 avril 1889 soldat au 53e disant venir de Carcassonne et aller à Perpignan sans billet sans permission. Je sais que par ce même moyen d’autres militaires ont pu déjà déserter et il me semble que Compagnie Midi devrait être invitée à s’abstenir de mettre wagons à vigie dans un train rapide où contrôle de nuit est presque impossible. » […]
Beaucoup d’autres moyens sont utilisés pour passer par les trains. En mars 1918, la Sûreté générale signale au préfet une technique mise au point par des espagnols établis à Marseille pour faciliter la désertion moyennant rétribution. Le procédé est simple, le soldat prend le train muni d’un ticket de quai alors que son complice achète un billet pour Cerbère ; une fois dans le train, l’espagnol confie son billet au militaire et déclare au contrôleur qu’il l’a perdu en exhibant son sauf-conduit timbré à la gare de départ comme preuve de bonne foi. Le contrôleur ne verbalise pas et fait payer simplement la place. Le déserteur peut voyager sans problème. »

Nous vous laissons consulter l’ouvrage dans son intégralité pour en savoir plus.


Par ailleurs nous vous conseillons également la lecture de La Garçonne et l’assassin qui retrace l’histoire de Paul Grappe (déclaré déserteur le 22 mai 1915). Ce récit existe aussi sous forme de BD : Mauvais genre, de Chloé Cruchaudet.


Pour finir, nous trouvons quelques ressources complémentaires dans le Sudoc :

- La violence de guerre, 1914-1945 : approches comparées des deux conflits mondiaux, textes de Henriette Asséo, Stéphane Audoin-Rouzeau, Omer Bartov... [et al.]
- Journal d'un gendarme : 1914-1916, capitaine Jules Allard ; présentation d'Arlette Farge
- Déserteurs et insoumis : les Canadiens français et la justice militaire, 1914-1918, Patrick Bouvier
- Déserteurs, mutinés et embusqués : le refus de la guerre : dossier, L'Histoire n°325, 2007
- Bandits fantômes dans les Alpes, dessin, Quebeuls ; texte, Quebeuls & Corinne Leduey

Une recherche dans la base Isidore vous permettra également de trouver d'autres références, par exemple avec les mots clés "déserteurs 14 18".


Bonne journée.

Réponse de Quebeuls

par Quebeuls, le 11/12/2018 à 09:14

Bonjour, ce n'est pas une question que je pose, mais déjà un merci pour nous avoir fait figurer dans votre réponse à la question :
http://gds.bm-lyon.fr/viewtopic.php?f=2 ... view=print

En septembre dernier j'ai fait paraitre "Empreintes" aux ed. du Fournel, qui reprend toute la doc amassée pour écrire l'histoire des "Croquignard" dont je reprends le véritable nom.
Ue sorte de dossier, illustré, d'articles de journaux, rapports des Autorités franco-italienne, documents, etc...
On y parle d'insoumis, déserteurs, etc... et surtout de ces bandits mais pas que.

Et pour cette personne, il y a l'histoire des frères Berthalon, à Freissinières (05), qui ont désertés et se sont cachés jusqu'en 1927.
I y a eu quelques écrits, peut-être plus universitaires là-dessus, c'est une chouette histoire car leur village les ont aidé à se soustraire aux recherches.

Bonne journée.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 11/12/2018 à 09:39

Bonjour,

Merci pour ce complément d'information que nous faisons parvenir à notre usager.

On retrouve l'histoire des frères Berthalon sur les sites internet suivant ainsi que dans les sources mentionnées de ces articles :
- "Des insoumis pour la foi les frères Berthalon, de Freissinières" / Nicole JACQUIER-ROUX-THEVENET
- Théophile et Félix Berthalon, les frères insoumis des balmes
- Les affranchis de toutes les guerres - été 1927

Bonne journée.
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