Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > ARMISTICE DU LUNDI 11 NOVEMBRE 1918.

ARMISTICE DU LUNDI 11 NOVEMBRE 1918.

par LUDOVICUS, le 11/11/2018 à 17:18 - 2119 visites

S.V.P.
Par quels moyens de communication , les unités combattantes, ou de l'arrière, parfois fort éloignées les unes des autres, ont pu connaitre, la date et surtout l'heure précise de l'armistice du 11 Novembre 1918, ce qui signifiait aussi pour elles, le cessez le feu?
Comment , par ailleurs, cela a pu , si vite, être communiqué à la France entière, c'est à dire aussi aux colonies, dans un si court délai, sachant que les moyens de communication de l'époque n'ont rien à voir avec ceux d'aujourd'hui ? merci.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 16/11/2018 à 19:18

Réponse du département Civilisation :

Bonjour,

On évoque souvent l’armistice du 11 novembre 1918, signé à l’aube, comme étant mis en œuvre sur le terrain des opérations militaires en cours, le même jour à 11h, par l’arrêt des combats et le cessez-le-feu.
Afin de marquer et de faire connaître à tous cet armistice, qui était attendu, et cette cessation du feu et des combats, les deux éléments qui reviennent le plus souvent sont, sur les lignes du front, l’arrêt du bruit des canons et la sonnerie du clairon, et à l’arrière, les cloches des églises qui sont sonnées à toutes volées.


Dans son édition en ligne parue le 11/11/2018, Le Figaro retrace la journée du 11 novembre 1918 heure par heure, et mentionne ainsi :
Le message de la signature est transmis sur les ondes par la Tour Eiffel
Sur ordre du maréchal Foch, l’information est transmise dès 5h40 à toutes les personnes, instances et unités militaires qui doivent être mises au courant. Voici la teneur du message :
1. Les hostilités cesseront sur tout le front, à partir du 11 novembre, 11 heures (heure française).
2. Les troupes alliées ne dépasseront pas, jusqu’à nouvel ordre, la ligne atteinte à cette date et à cette heure.
3. Toute communication avec l’ennemi est interdite jusqu’à la réception des instructions envoyés aux commandants d’armées.
Le message est reçu par les télégraphistes de la tour Eiffel. Ils ont pour ordre de le transmettre immédiatement en français, puis à 6h15 en anglais.
[…]
L’Ordre a d’ailleurs été donné de pavoiser. Voici le texte du ministre de l’Intérieur envoyé ce matin aux préfets:
Pavoisez immédiatement. Faites illuminer ce soir les édifices publics, faites sonner de suite les cloches à pleine volée et prenez toute disposition avec les autorités militaires pour que des salves soient tirées afin de porter à la connaissance des populations la signature de l’armistice.


Dans son ouvrage Le 11 novembre 1918 : la 11e heure du 11e jour du 11e mois (Presses de la cité, 2014), Patrick de Gmeline retrace également le déroulé des jours qui ont précédé la signature de l’armistice de 1918, et de la journée du 11 novembre. Il fait ainsi mention des moyens de communication utilisés pour diffuser la nouvelle : radio transmission à toutes les forces armées, puis télégrammes à toutes les représentations institutionnelles de l’État, et enfin ordre donné aux communes de sonner les cloches à toutes volées et de pavoiser et illuminer les rues.

On conserve également dans les archives la trace de plusieurs télégrammes ou notes adressées par les préfectures aux communes afin d’annoncer l’armistice et de communiquer les consignes du Ministère de l’Intérieur, comme par exemple, ici, à Quintenas dans l’Ardèche, ou encore à Orléans, mais aussi à Alger, où c’est le gouverneur qui est destinataire d’un télégramme qui annonce l’armistice. Ce dernier exemple vient attester que c'est bien ce même mode de communication qui a été choisi pour informer l'ensemble du territoire français de la signature de l'armistice. Cependant nous n'avons pas trouvé de mention plus spécifique du mode de communication utilisé pour atteindre les colonies.

Enfin, pour ce qui concerne les villes de l’arrière, un article paru en 2014 dans la revue Siècles, illustre comment l’annonce de l’armistice a été faite et s’est propagée, à travers l’exemple ici de Clermont-Ferrand, grâce à la citation du témoignage d’un intellectuel clermontois.

Sont ainsi mentionnés la rumeur, la dépêche et la presse, les drapeaux dans les rues pavoisées par les citoyens, la liesse populaire bien sûr, ainsi que les cloches qui sonnent à midi et même les détonations des coups de canon tirés :
« À 11 h. moins le quart Mlle Marguerite Bréhier rapporte chez son père la nouvelle de la signature de l’Armistice. Bréhier vient immédiatement me prévenir. Nous partons pour lire la dépêche. À mesure que nous nous rapprochons de la place de Jaude, nous voyons les fenêtres se fleurir de drapeaux.
On se crie d’un trottoir à l’autre : c’est signé !
Les gens sont fous de joie.
Les camions américains passent en chantant, en sifflant, en saluant.
C’est la délivrance ; c’est la victoire sûre, complète, totale, définitive.
Nous lisons la dépêche à L’Avenir (rue Blatin). Nous allons la lire au Moniteur (rue de l’Écu).
Nous rentrons sortir nos drapeaux. J’arbore mon grand pavois.
À midi, les cloches sonnent, le canon tonne ; les ouvriers ont déserté tous les ateliers ; c’est la marée populaire qui déferle dans les rues. »

Prendre des notes sur la manière dont l’armistice a été connu relève donc d’une de ces activités en guerre, ici être un témoin civil en guerre. Il insiste sur l’explosion de joie et les mouvements de foule du 11 novembre qui ont donc contrasté avec une précédente réserve. Il montre aussi les dispositifs de circulation de l’information et leurs modes d’expression. D’abord, la rumeur. La nouvelle est attendue. Elle s’est transmise à travers un réseau à la fois professionnel et amical. Elle est colportée ici au sein du milieu universitaire mais aussi entre voisins, les deux collègues, Bréhier et Desdevises du Dezert, habitant le même quartier. Mais elle demande une confirmation par un média qui permet de l’officialiser. Le réflexe de ces deux universitaires est de se rendre à la salle des dépêches des deux journaux locaux, qui ont été à l’origine de la diffusion de la nouvelle et qui, du reste, leur apportent une double confirmation.
Les modes de diffusion de l’annonce de l’armistice ont varié selon la taille des localités, leur liaison médiatique avec la préfecture et les habitudes d’annonce de nouvelle publiques. Ainsi le maire du village de Ravel (590 habitants), n’ayant reçu aucun avis officiel, fait néanmoins sonner les cloches à deux heures de l’après-midi car il avait été prévenu indirectement et « cela avait lieu dans les communes voisines ». Au chef-lieu d’un canton, plusieurs modes ont pu être associés pour informer, et la population du bourg, et celle de la campagne environnante, comme à Combronde (1 798 habitants) où à la demande de l’adjoint au maire, « à son de caisse, les cloches, à toute volée, ont porté au loin dans la campagne la joyeuse nouvelle ». Les grands modes de sonnerie collective du XIXe siècle sont donc utilisés. Les cloches ont souvent été le média principal de diffusion de la nouvelle, redoublé par l’annonce publique du tambour civil. Elles jouent le rôle primordial à la campagne. Les cloches du 11 novembre 1918 s’inscrivent dans une histoire spécifique de l’émotion collective, comme l’a remarqué avec justesse Alain Corbin : elles rassemblent la communauté villageoise, elles intègrent à la communauté nationale en sonnant à l’unisson de toutes les églises. C’est dans cette perspective que le 11 novembre 1918 rappelle l’union sacrée d’août 1914. Le paysage sonore du 11 novembre est donc, comme à l’été 14, celui des sonneries des églises. Les cloches d’allégresse, sonnées à la volée, joyeuses et entraînantes, closent, au fond, le temps des combats annoncé par le tocsin lugubre au moment de la mobilisation générale. Les cloches d’allégresse associées aux drapeaux tricolores ont symbolisé l’union patriotique réalisée dans l’euphorie de la victoire. Ce ne sont pas les prescriptions des autorités politiques qui ont déclenché l’euphorie festive constatée. Il semble qu’il y ait eu un effet d’entraînement, à la fois des populations mues par le bouche-à-oreille, les rumeurs et les effets de foule, mais aussi des autorités locales, qui faute d’informations officielles improvisent ou copient les pratiques voisines ou habituelles.


Quelques références bibliographiques complémentaires :

Rémy Cazals : La fin du cauchemar : 11 novembre 1918 (Privat, 2018). Ce recueil rassemble une centaines de de témoignages de soldats et de civils sur la fin de la guerre, notamment autour de l’annonce de l’armistice du 11 novembre 1918 : il retrace le vécu de cette journée, par les soldats ou des civils, témoins ou acteurs de cet événement, populaires, célèbres ou anonymes.
L'armistice du 11 novembre 1918 : objets, documents et souvenirs du patrimoine militaire (Gourcuff Gradenigo, 2008)
Rémi Dalisson, 11 novembre : du souvenir à la mémoire (Armand Colin, 2013)
Marc Ferro, 11 novembre 1918(Perrin, 2008)
Pierre Renouvin, L'Armistice de Rethondes, 11 novembre 1918(Gallimard, 2006)
Henri Mordacq, L’Armistice du 11 novembre 1918. Récit d’un témoin (Plon, 1937 )


Et bien sûr, nous vous renvoyons enfin à l’exposition « 1918 : Gagner la paix », présentée à la bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon, en ce moment et jusqu’au 5 janvier prochain, ainsi qu’à une table ronde programmée dans ce même cadre, « Vivre le 11 novembre dans les grandes villes d’Europe et du monde ».

Bonnes lectures !
  • 1 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact