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Frédéric Dard

par Paskalo, le 17/10/2018 à 14:28 - 272 visites

Bonjour cher Guichet,

Parmi toutes les oeuvres du regretté Frédéric Dard avec le non moins fameux commissaire San-Antonio, y en a-t-il une qui est considérée comme la "meilleure", du point de vue stylistique ?
(évidemment, pour ce type d'oeuvre, le mot "style" ne s'employant pas au sens classique du terme, mais pour exprimer la richesse et la truculence de cet artificier du langage).
C'est-à-dire : si je ne devais en lire qu'une pour découvrir toute l'étendue de l'art des lettres du singulier bonhomme, laquelle choisir ?

Merci d’avance pour vos conseils !

Réponse du Guichet du savoir

par bml_litt, le 18/10/2018 à 15:27

Réponse du Département Langues et Littératures :

En long préambule, voici ce que disait le critique Bruno Juffin dans Les Inrockuptibles daté du 5 mai 2010 au sujet de l’œuvre de Frédéric Dard (nous soulignons en gras les mentions qui nous paraissent importantes dans cet article dont nous avons gommé du reste quelques passages) :

"Dix ans que Frédéric Dard, l’auteur des polars les plus modernes de son époque, n’est plus. Une date anniversaire qui voit l’intégralité de la série des San-Antonio rééditée en quatre volumes. A l’occasion de la sortie des deux premiers, autopsie d’un style grivois et d’un engouement populaire uniques.
Selon Dard, la lecture d’un San-Antonio ne doit pas prendre plus de temps qu’un voyage en train entre Lyon et Paris – durant cet âge d’or de la littérature itinérante, la SNCF transporte les passagers les plus béatement absorbés de la planète.
A ses débuts, le commissaire San-Antonio fait, lui aussi, le coup de feu contre les envahisseurs : dans Laissez tomber la fille (sa deuxième aventure, qui, bien que publiée en 1950, se situe dans la France occupée de 1942), il combat les nazis. Ce dont personne ne se doute alors, c’est qu’après avoir libéré l’Hexagone, San-Antonio va libérer le roman policier français de toutes ses conventions.

Au départ, le ton désinvolte de San-Antonio fait écho à celui de Nestor Burma, le détective privé qui, sous la plume de Léo Mallet, “met le mystère knock-out”. Surtout à celui, complice et argotique, de Lemmy Caution, l’agent du FBI qu’inventa en 1936 Peter Cheyney. Sans révolutionner le genre, les premiers volumes mettent donc en scène un fin limier (et limeur), doté de quatre-vingt-dix kilos de muscles, d’un bagout phénoménal et d’un sex-appeal polyglotte, le cahier des charges des San-Antonio voulant que, sans parler un traître mot d’une quelconque langue étrangère, ce french lover superlatif enseigne à une ribambelle de donzelles (souris, frangines et gonzesses) venues des cinq continents les subtilités de son Kâma Sûtra personnel : “Je mets toutes mes combines dans la balance. Le tourniquet du ¬métro, le petit ramoneur, la dragée haute, ¬l’éventail indonésien, tout y passe. Y compris le culbitus et la chandelle roumaine, pour ne pas trop la dépayser.” (J’ai bien l’honneur… de vous buter, 1955).
L’identité de la série, que narre un flic un poil rétrograde (les homos sont pour lui des “tantes”, tandis que les Noirs qu’il croise à ses débuts s’expriment en français “Y a bon Banania”), va réellement s’affirmer lors de l’irrésistible prise de pouvoir d’un personnage qui apparaît dans le septième épisode (Des clientes pour la morgue, 1953) et finira par imposer sa masse malodorante et ses péroraisons où la grammaire trépasse. Alexandre-Benoît Bérurier (dit Béru, ou ¬encore l’Immonde, l’Ignoble, la Vedette d’Olida on Ice…), inspecteur de police de son état, est un genre d’Obélix trash qui, tout petit, serait tombé dans les marmites jumelles du stupre et de la goinfrerie.

Durant les années 60, la richesse du vocabulaire de San-Antonio croît au même rythme que le tour de taille de Béru, les déflagrations qu’occasionne la bedaine format montgolfière de ce dernier trouvant un écho direct dans les éructations de la prose. Dans les bistrots, bus et bureaux, les excentricités de la syntaxe san-antonienne surmènent les zygomatiques de la France qui se lève tôt, et se marre à toute heure.
Si le débat s’est déplacé des cours de récréation vers les salons, c’est que les figures de style font de la haute voltige dans les aventures du commissaire : myriades de métaphores, anagrammes déconneuses, hyperboles burlesques, néologismes noceurs et calembours à deux balles (de gros calibre, toujours) témoignent d’une phénoménale inventivité : face à la langue, Frédéric Dard s’autorise les mêmes libertés que ses maîtres ès fiction – Dumas, Paul Féval ou Ponson du Terrail – face à la vraisemblance.

S’entrechoquent ainsi le pessimisme de son influence littéraire majeure, Céline (dont il maîtrise, dès 1955 et Le Fil à couper le beurre, la musique amère : “Ça fait un moment que je les pratique, les hommes de bonne volonté ! Un sacré moment, oui, que je les vois s’entasser dans des autobus ou des wagons à bestiaux selon qu’ils sont civils ou militaires ! Un moment que je les vois faire la queue devant les perceptions et parfois les boulangeries… Frileux, peureux, chiasseux, humides, pleurant sans cesse, eux que voilà !”), et la frénésie narrative des feuilletonistes que lui faisait lire sa grand-mère... "


Difficile évidemment de répondre à votre question car avec ses quelques 175 titres, San Antonio est une série qui donne le vertige.

Peut-être pouvons-nous tenter une piste qui nous parait ici intéressante, c’est d’interroger l’auteur du Dictionnaire amoureux de san Antonio, Eric Bouhier :
selon lui, un titre sort vraiment du (très gros) lot : Faut-il tuer les garçons qui ont les mains sur les hanches ? Selon lui encore, ce roman classe Frédéric Dard parmi les très très grands écrivains.

C’est un bon début, non ?

Allez, citation :

Nous autres, poètes, quand nous avons de la peine, au lieu de la chasser, nous lui donnons un titre.
San Antonio
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