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Acception du terme artiste

par PierreGros, le 28/08/2018 à 18:53 - 809 visites

Bonsoir.

Ce dimanche, j’etais en soirée avec des ami.e.s et on a lancé une partie de « jeu des portraits ». Chaque concurrent inscrit le nom d’une célébrité sur un post it et le colle sur le front d’un autre participant. Chaque concurrent ayant son post it sur son front, il doit deviner le nom inscrit sur le post it sur son front en posant des questions oui/non.

L’un des concurrents devait deviner Nabilla Benattia, l’une des plus célèbres vedettes actuelles françaises de la télé-réalité. Ce concurrent a demandé si son personnage à deviner était une artiste. Énorme polémique avant de répondre sans satisfaire tout le monde.

Il n’a jamais été question d’une appréciation de ses activités et de ses apparitions mais le sens exact du terme « artiste » et ce que le mot recouvre vraiment.

À mes yeux, Nabilla est une artiste car elle réalise des performances artistiques sans que je porte le moindre avis dessus (mon avis, ça relève d’un Deuxième temps dans d’une conversation sur le sujet). À mes yeux, ses performances artistiques, ce sont ses apparitions dans des émissions de télé réalité.

D’autres ont dit aussi que c’etait Une artiste vu toutes les publications (photos, texte, etc) qu’elle peut mettre sur ses comptes de réseaux sociaux.

D’autres ont dit que non, elle n’est pas artiste puisqu’on ne peut pas dire que ses réalisations soient de l’art. A cela, je réponds que je ne suis pas d’accord. Le barbouilleur de toiles du coin de la rue qui vend ses croûtes à la sauvette, on l’appelle un artiste peintre, aucun gallieriste de renom ne viendra jamais l’abordder pour lui acheter une œuvre ou plusieurs pour en faire une rétrospective un jour qui déplacerait les foules. Personne ne s’accorde à dire qu’il fait de l’art mais on le désigne comme artiste peintre. (Je dis cela en contre exemple à la fondation Maeght en Provence qui a lancé la carrière d’artistes peintres peu connus mais qui avaient quelque chose d’exploitable dans leurs œuvres d’où leur percée, autre chose que le barbouilleur du coin de la rue).

Dans l’acception usuelle actuelle du terme « artiste », qu’est ce qui est vrai dans mes points de vue? Qu’est ce qui est faux ? Quelles sont les acceptions archaïques parmi celles exposées ici ?

Avec mes remerciements.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_alc, le 30/08/2018 à 18:02

Bonjour,

Aïe votre question nous donne des suées froides car elle renvoie à toutes les discussions, polémiques à ce qu’est l’art, ce qu’est un artiste et si nous allions plus loin à ce que signifie la notion du beau. Autant vous dire que, depuis l’Antiquité, les avis divergent et réfléchir sur ce ce sujet à travers l’exemple de Nabilla n’est pas une mince affaire. Le « Allô ! Non, mais allô quoi … » nous éloigne quelque peu des concepts de Platon ou de l’histoire de Zeuxis et Parrahsius.

Ceci étant dit plongeons nous dès à présent dans les ouvrages de philosophie qui abordent la notion d’artiste.

Longtemps, les philosophes ont opposé artistes et artisans, le premier « statut » étant jugé plus noble que le second. Sans revenir sur tous les concepts, dans le Dictionnaire d’esthétique et de philosophie de l’art, Christophe Genin note sur l’origine de l’œuvre qu’il s’agirait chez l’artiste" d’une intention créatrice non transmissible ; quand l’artisan appliquerait une règle qui se transmet. Quant au produit et à ses finalités ; l’artiste concevrait des œuvres qui valent pour elles-mêmes, propres à satisfaire le goût et une forme de libre contemplation, quand l’artisan produirait des objets consommables ou fonctionnels à des fins utilitaires et commerciales, propres à satisfaire des besoins. Quant au mode de production, l’artiste peut recourir à diverses techniques, les mêler en inventer, quand l’artisan garde un procédé lié au type de matière à traiter (…) Quant au statut juridique et économique, l’artiste défend des droits d’auteur quand l’artisan fait partie d’une PME inscrite au registre des Métiers … "

Bon, me direz-vous, ces deux premières définitions ne nous permettent pas vraiment de trancher objectivement. Poursuivons donc nos investigations en citant quelques passages du Vocabulaire d'esthétique et en reprenant les 3 définitions du terme "artiste" :
"I
Aujourd’hui est artiste celui que pratique les Beaux-Arts ; ce sens est établi au cours du XVIIe siècle (…) on ajoute parfois dans ce sens des caractères supplémentaires …
1) dans l’acceptation la plus simple, l’artiste est celui qui pratique un art, qu’il soit créateur ou exécutant, amateur ou professionnel. On constate simplement le fait qu’il réalise des œuvres de peinture, de sculpture musique, etc.
2) on appelle aussi artiste, dans une extension plus étroite, celui qui crée des œuvres d’art, en le distinguant de l’exécutant non inventeur
3) on appelle enfin artiste celui qui fait de la pratique d’un art sa profession

II Artiste signifie ici : qui a le goût des arts, le sentiment des valeurs esthétiques. Une personne artiste, un peuple artiste, s’intéressent spontanément à un art ou des arts, ont une certaine manière de prendre la vie dans laquelle les considérations esthétiques sont importantes …

III Celui qui excelle dans un art, quel que soit le sens du terme d’art ..."

Or c’est peut-être là le problème, peut-on qualifier d’art la télé-réalité et les interprètes des artistes?

François Jost s’attache à étudier ce phénomène. Ainsi Gilles Boenisch sur le site Open edition présente l’ouvrage de François Jost, Le culte du banal. De Duchamp à la télé-réalité –que nous n’avons pu consulter pour cause d’emprunt.

« C’est pourquoi il montre comment, au cours du XXe siècle, le banal a progressivement su s’imposer comme nouveau référent, au détriment des notions d’originalité et des questions de reproductibilité jusqu’à en trouver un prolongement dans le phénomène télévisuel de la téléréalité. Le titre, Le culte du banal, fait directement référence au livre d’Arthur Danto, La transfiguration du banal. Une philosophie du mal (Paris, Éd. Le Seuil, coll. Poétique, 1989), dans lequel le philosophe a cherché à définir ce qu’est l’art. Mais c’est le sous-titre, De Duchamp à la télé-réalité, qui est véritablement représentatif de la recherche en elle-même car il situe non seulement une période précise, mais sous-entend ce glissement thématique du domaine restreint et spécialisé de l’art vers celui grand public de la télévision, en recourant nécessairement à une réflexion pluridisciplinaire. C’est ce qui, parmi d’autres qualités, fait le principal attrait de cet ouvrage. Ainsi est-ce avec l’acte fondateur du readymade de Duchamp que l’artiste est considéré peu à peu comme celui « qui transfigure le banal ». L’intentionnalité de l’artiste, qui a su extraire un objet de la vie quotidienne pour le hisser au statut d’œuvre, alors qu’il n’a rien d’original, de remarquable que sa seule nature banale d’objet en série, bouleverse le champ artistique tout entier, de l’acte créatif jusqu’aux structures d’exposition. Et c’est bien en cela que le banal, ne jouissant que de l’intentionnalité de l’artiste tout en se détachant de toute intervention et habileté manuelle, fait rupture : « Ce qui fait la révolution, la coupure de Duchamp, ce n’est pas de représenter le banal mais de ne pas le représenter, justement, de l’exhiber tel quel, de le présenter » (p. 22). La présentation du banal « modifie la pensée qu’on peut avoir du musée lui-même, de l’œuvre et de l’auteur […] ce qui fait le ready-made n’est ni l’objet proposé en lui-même, ni l’acte de proposition en lui-même, mais l’idée de cet acte » (p. 13).

C’est ce qui marque la différence fondamentale entre « le banal par défaut » et le banal mis en jeu par l’audace d’un geste que n’importe qui aurait pu accomplir. En ce sens, c’est aux notions d’artiste et d’auteur trop connotées que s’attaque cet acte qui positionne le banal comme une qualité novatrice. Pourtant, la portée de cette prise en compte du banal va bien au-delà du seul domaine artistique, car cela ouvre une façon inédite de faire place à « l’ordinaire ».
François Jost poursuit sa recherche dans le domaine du cinéma, convoquant les approches de Fernand Léger, Andy Warhol, Georges Pérec et de nombreux autres artistes et intellectuels permettant de glisser naturellement vers le domaine télévisuel et la téléréalité qui semble, pour lui, le point culminant de la banalité, ce qu’il appelle : la « banalisation du banal » (pp. 105-118).
En dressant un bref historique, il démontre comment l’anonyme d’abord convoqué en tant que témoin est actuellement valorisé pour lui-même, par un phénomène artificiel de starisation commerciale. Un système vivement critiqué par de nombreux observateurs qui s’indignent devant la « Télé-poubelle, la Trash TV, l’exhibitionnisme, le voyeurisme, la vulgarité » (p. 5). Loin d’une approche aussi négative, François Jost s’attache à illustrer objectivement dans quelle mesure ce type de procédé télévisuel ne cherche qu’à exposer le banal dans ce qu’il a justement de banal, d’inintéressant et de parfois vulgaire.

Pour citer le chercheur lui-même, nous reprendrons l’une de ses communications consacrée : La télévision entre « grand art » et pop art :

" À la question la télévision est-elle un art ?
(le huitième, le neuvième ou le dixième ?), on peut répondre qu’« elle ne peut être un art dans la mesure où son conditionnement socioculturel la contraint à fonctionner comme un média » (Chateau, 1998 : 392). Ce jugement repose sur l’idée que, pour fonctionner comme art, elle devrait être déliée de son mode médiatique (continuité, flux, répétition), comme peut l’être le vidéo-art, sans quoi elle n’est qu’une « routine » (Chateau,ibid.). Mais de quel art parle-t-on ? De celui du cinéma, auquel on l’oppose ? Ou de celui des arts plastiques, qui semblent encore aujourd’hui le parangon explicite ou implicite de toutes les réflexions sur l’art en général ? Et quelle époque vise-t-on quand on parle du cinéma ou de la télévision ? Après tout, la légitimation de l’art cinématographique ne s’est pas faite en un jour, et l’on peut montrer sans difficulté que, au début de son histoire, la séance comportait bien des points communs avec la diffusion télévisuelle : projection permanente des films, succession des genres cinématographiques en fonction d’une programmation concertée des émotions spectatorielles, mélange avec le spectacle vivant, etc.
(…)
Que signifie cet entêtement à trouver de l’art dans ce que les producteurs ont brandi comme de la « télé-réalité » ? Une première chose, assurément : que disparaît, du moins dans l’esprit de ceux qui l’y voient, la différence entre la restitution de la vie et son invention par la fiction. Cette définition « en creux » exclut du champ de l’œuvre les émissions qui sont majoritairement réalisées en plateau (journaux télévisés, variétés, jeux), de même que les retransmissions sportives, les publicités,
le télé-achat ou l’auto-promotion, et amène à considérer a contrario comme œuvres toutes les fictions télévisuelles, les dessins animés, les documentaires, mais aussi les magazines et les divertissements minoritairement réalisés en plateau.

Où se situe Loft Story selon cette classification ? Est-ce une émission de plateau ? Oui, si l’on soutient que ce loft en a tous les traits caractéristiques : projecteurs, micros, caméras... Non, si on affirme, comme le décorateur, que « la notion de décor perd sa valeur parce que tout est vrai » (Le Monde, 16 juin 2001). Les meubles Ikea et les ustensiles de cuisine ne sont alors que des objets transfigurés par leur passage télévisuel. Les producteurs de toutes les variantes de Big Brother
pourraient finir par revendiquer le classement de ces programmes en œuvre du seul fait que des émissions minoritairement réalisées en plateau peuvent bénéficier de la qualification d’œuvre, même si les extraits d’archives proviennent de programmes non qualifiés d’œuvres.

(…)
La définition juridique entérine donc une conception de l’œuvre purement formelle, seulement attentive au dispositif, et admet implicitement que nul n’est besoin de se revendiquer du grand art pour faire une « œuvre » audiovisuelle. Profitant de cette brèche donnant sur l’univers du banal magnifié, les producteurs de Pop Stars (qui affiche clairement son côté pop...) ont d’ailleurs réclamé le classement de l’émission dans la catégorie des œuvres... cinématographiques. Pour le CNC, à la différence du CSA, les divertissements ne peuvent jamais être considérés comme des œuvres, mêmes s’ils sont majoritairement réalisés hors plateau. Qu’à cela ne tienne ! Le groupe Expand fait une émission qui montre pendant plusieurs semaines les coulisses d’un casting national destiné à créer un groupe musical féminin. Son producteur (Adventure Line, du groupe Expand) la baptise « feuilleton documentaire » du seul fait qu’elle raconte en plusieurs semaines, dans le style du reportage, des faits et gestes survenus à des personnes réelles. Peu lui importe, en l’occurrence, que la réalité dont les images témoignent ait été inventée pour l’occasion ! Les mots valent parfois de l’or puisque, malgré cette incongruité, le CNC a admis Pop Stars dans la catégorie « Documentaire », ce qui ouvre l’accès au Compte de soutien à l’industrie des programmes ! Derrière la typologie se cachent des manœuvres qui pourraient bien, à terme, affecter profondément l’exception culturelle française et on ne peut qu’approuver les États généraux de l’audiovisuel d’avoir engagé, en janvier 2002, un recours contentieux devant le Conseil d’État face à cette « tentation d’élargir la qualification d’œuvre audiovisuelle à des programmes de télé-réalité qui ne correspondraient pas aux critères qu’une œuvre exige ». Une œuvre ? ! mais quelle œuvre ?
Celle du grand art ou celle de la culture populaire, qui transforme par un coup de baguette magique le moindre objet ordinaire en œuvre ? Voilà des questions que les tenants de l’exception culturelle ne se posent pas, persuadés que chacun sait ce qu’« art », « art télévisuel » et « œuvre » veulent dire ! Pourtant une conception de l’art peut en cacher une autre … »

Nous vous laissons poursuivre la lecture et écouter l’une de ses conférences, la télé réalité est-elle un art? ", donnée dans le cadre de la Nuit de la Pop philosophie en 2012.

Enfin, sur France Culture Marie Serna, Professeur à HEC, spécialiste du droit de la propriété intellectuelle et du droit de l'audiovisuel, analyse les enjeux juridiques soulevés par les émissions de téléréalité suite au refus de la Cour de Cassation de reconnaître aux participants de "L'île de la tentation" le statut d'artiste-interprète. "L'artiste-interprète conserve la liberté d'expression de son art; c'est l'essence même du talent" indique Marie Serna pour justifier cette décision. En revanche la reconnaissance d'un contrat de travail liant les participants à la société de production, "a fait éclater la notion de "téléréalité". Celle-ci explique ainsi que « Pour être artiste interprète, il faut interpréter une œuvre préexistante pour interpréter une œuvre préexistante il faut qu’il y ait une œuvre de l’esprit qui reflète la personnalité de l’auteur et qui soit construite …. »

Du coup, après lecture de toutes ces approches – dont celle de Dominique Chateau, Qu’est-ce qu’un artiste ? - , on transpire à l’idée de trancher … Nabilla peut-être pas une artiste … mais une « vedette », une « Star » koi, selon les termes employés dans la notice publiée sur Wikipedia.

Bin, c’est quoi alors une star ? Ouf, allez cela fera l’objet d’une prochaine question.
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