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THIAROYE

par Jranabase, le 10/07/2018 à 09:24 - 829 visites

Bonjour,

Ma question est la suivante.

Lors de la guerre de 1939-45, des soldats sénégalais ont été envoyés sur les fronts de bataille.
Ces derniers ont été capturés pendant la guerre et rapatriés peu avant la fin de la guerre à Thiaroye où certains ont été exécutés parce qu'ils demandaient le paiement de leurs arriérés de solde.

Ce solde a-t-il été payé, si oui, par qui, à qui et à quelle date ?

Vous remerciant.

Bien à vous.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 11/07/2018 à 11:49

Bonjour,

Vous faites référence au massacre de Thiaroye, qui s'est déroulé dans un camp militaire de la périphérie de Dakar au Sénégal le 1er décembre 1944 quand des gendarmes français renforcés de troupes coloniales ont tiré sur des tirailleurs sénégalais, anciens prisonniers de guerre récemment rapatriés, qui manifestaient pour le paiement de leurs indemnités et pécule promis depuis des mois.

Malgré la reconnaissance (tardive) de ce massacre par François Hollande en 2012, et si nous nous appuyons sur les sources que nous avons pu consulter, il ne semble pas que la question financière à l’origine de cet événement ait jamais été formellement réglée. Dans une interview publiée en 2016, l’historien Abdoul Sow mentionne plusieurs autres exemples de soldats sénégalais dont le règlement de la solde et / ou de la pension fut problématique, voire inexistant :

« En 1880, les Français avaient envoyé un laptot du nom de Malamine Camara pour aider Savorgnan de Brazza à s’implanter au Congo. Cet homme a bâti les premières maisons à Brazzaville. Il a pu nouer de solides relations avec Makako le roi du Congo et les autres chefs grâce à la culture de la reconnaissance du ventre. Ainsi, il a pu contrecarrer les ambitions de l’explorateur britannique Stanley qui voulait aussi s’installer sur le fleuve Congo. Malamine Camara et un autre laptot Samba Thiam ont sauvé l’implantation du Congo qui restera dans le giron français. Mais ce soldat n’a jamais touché de solde ni de pension. Il mourra quelques années plus tard dans la pauvreté et l’oubli. Les Congolais se souviennent encore de lui en lui donnant le nom d’une rue principale à Brazzaville. On ne connait pas son nom de famille. A cette époque, quand on recrutait des tirailleurs, on ne mettait pas leur nom de famille. On nous dit qu’il était Soninké alors que Stanley parle d’une personne de teint clair. La France n’avait pas l’habitude de le faire en 1880. Pourquoi il le ferait maintenant ? Il y a aussi le cas d’Abdoulaye Ndiaye le dernier «poilu» (Ndlr : nom donné aux soldats français de la Première guerre mondiale) sénégalais qui est mort à l’âge de 104 ans selon les documents officiels. Il a fait les batailles de la Somme et des Dardanelles en Turquie. On ne lui a jamais versé de pension de 1918 à 1949. Par la suite, il va percevoir une pension de 340 francs. Il n’a jamais été pris en charge par l’administration coloniale. A la fin de sa vie, il a été cité pour recevoir la Légion d’honneur. Mais les Français ne lui ont remis qu’une décoration et 50 000 francs. Clin d’oeil de l’histoire, il est mort à la veille de sa remise de décoration par un ancien ambassadeur de France au Sénégal. Par ailleurs, la liste de ces oubliés est encore longue. On ne sait pas comment ça va se passer et combien de personnes sont concernées ? Cette naturalisation des Tirailleurs est une très bonne intention mais il faut la généraliser à tous les Tirailleurs vivants. Cependant, je pense qu’il est bon de se poser certaines questions. Mais qu’est-ce que cela rapporte aux Tirailleurs. Pourquoi tout ce temps avant de reconnaître le sacrifice de ces hommes ? Elle sert à quoi ? Je pense que la question la plus urgente est de s’attaquer à la question des pensions qui n’est toujours pas encore réglée. La France n’a pas versé de pensions à certains vétérans de la période de la conquête, des Première et Deuxième mondiale et des guerres coloniales.
Source : Cette reconnaissance est tardive, seneplus.com

Par ailleurs, parmi les tirailleurs de Thiaroye survivants 34 furent jugés et condamnés, entraînant la suppression de leurs indemnités militaires :

« Les 34 tirailleurs inculpés sont jugés le 6 mars 1945 : neuf peines de prison de cinq à dix ans et vingt-cinq peines de un à cinq ans ont été prononcées. Tous se pourvoient en cassation – en vain. Malgré la sévérité des sanctions, le général de Boisboissel a parlé d’un coefficient « d’indulgence de 50% ». Tous ces condamnés auraient pu bénéficier de la loi d’amnistie générale adoptée par l’Assemblée constituante en avril 1946. Senghor réclama l’extension de cette loi aux territoires de l’AOF. Sa demande sera entendue en novembre 1946, mais les hommes de Thiaroye ne pourront en bénéficier, du fait de l’avis défavorable donné par les autorités militaires de l’AOF. La pression des politiciens noirs et le départ du général de Boisboissel aboutiront à la grâce des mutinés, délivrée par le président Vincent Auriol en juin 1947. Cette grâce ne doit pas faire illusion : il ne s’agit pas d’un acquittement et les veuves de Thiaroye n’ont jamais reçu de pension. »
Source : La tragédie de Thiaroye, symbole du déni d'égalité, Armelle Mabon, Hommes & Migrations Année 2002 1235 pp. 86-95


« A Thiaroye, ils étaient quelque 1300, un chiffre qui reste en débat, à réclamer, comme il se doit, leurs arriérés de solde ainsi que l’usuelle prime de démobilisation. Faisant preuve d’aveuglement, de mépris, à moins que ce ne fût une volonté manifeste de provocation, le commandement militaire semble avoir tout mis en œuvre pour qu’advînt le pire. Le pire advint effectivement le 1er décembre 1944 et le choc fut d’une brutalité extrême. Les recrues africaines, accusées de « mutinerie » verront mourir au moins 70 de leurs innocents camarades, fauchés par les automitrailleuses. Aucun mort, aucun blessé du côté de l’armée ! Drôle de mutinerie que celle qui fait des dizaines de morts du côté des mutins et aucun mort, aucun blessé, du côté des « forces de l’ordre ». Soyons clairs : c’est un assassinat pur et simple ! Ce n’est pas tout. Pour avoir eu l’audace de faire valoir leurs droits légaux et légitimes, les survivants auront droit à un procès et à diverses condamnations, parmi lesquelles des peines de prison et, bien sûr, la suppression de l’indemnité de démobilisation. […]

A la veille des années 1990, la question de la représentation des événements du 1er décembre 1944 reste un sujet sensible pour les autorités françaises […]. L’armée française produit ainsi plusieurs documents visant à réfuter les informations contenues dans le film de Sembene et Sow […]. Au lendemain de la sortie du film, l’Inspection des troupes de marine publia un communiqué qui visait à « rétablir les arguments de nature à rétablir une vérité historique éventuellement altérée par les réalisateurs du film envisagé ». Le communiqué stipule qu’« estimant n’avoir pas touché suffisamment d’argent, ils [les tirailleurs] manifestèrent ouvertement leur mécontentement […]. Pour ramener ces hommes à l’obéissance, il fallut montrer une action de force : cette mesure était à vrai dire indispensable pour parer aux difficultés immédiates résultant de la constitution, à proximité de Dakar, d’un groupement d’indigènes échappant à toute discipline et autorité ». La responsabilité de la répression incombe toujours aux tirailleurs. L’armée n’ayant fait que réagir à leurs provocations : « Les dispositions énergiques prises par le commandement lors de ces regrettables événements produisirent des effets salutaires : les actes d’indiscipline et refus d’obéissance, par lesquels se signalaient jusqu’alors les tirailleurs sénégalais, anciens prisonniers de guerre, au moment de leur transfert en Afrique et de leur démobilisation cessèrent et les rapatriements suivants s’effectuèrent sans incident. » Cette incapacité à reconnaître la nature légitime des revendications des soldats africains, et en conséquence la nature coupable de la réaction militaire, n’est pas une nouveauté. Il s’agit peut-être, pour l’auteur de la note, d’une incapacité liée au respect de l’institution. »
Source : Thiaroye 1944 : histoire et mémoire d'un massacre colonial, Martin Mourre


Bonne journée.
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