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Femme Bourreau

par Cap'taine, le 03/06/2018 à 08:59 - 940 visites

Bonjour,
A partir de quelle année les femmes ont-elles eu le droit de devenir bourreau ?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 05/06/2018 à 10:54

Bonjour,

Le terme « bourrelle » désigne aussi bien la femme du bourreau qu’une femme chargée de l’exécution de certaines peines :

1. Femme du bourreau (cf. Ac. 1798, 1835).
2. ,,Femme chargée de l'exécution de certaines peines (le fouet, etc.) infligées à des femmes`` (DG).
Rem. ,,[Bourreau fait partie des] noms de personnes désignant des professions exercées ordinairement par des hommes ou ne s'appliquant habituellement qu'à des hommes [et qui] n'ont pas de forme féminine [pour lesquelles] le féminin s'indique parfois à l'aide du mot femme placé devant le nom pris adjectivement, parfois aussi par l'article ou par ce qui en tient lieu`` (Grèv. 1964, pp. 181-182). La majorité des dict. indique cependant un fém. bourrelle, mais signale qu'il est vx et inus. Ac. 1932, Rob. et Dub. ne mentionnent pas le féminin.
Source : Cnrtl

Dans les faits, les femmes de bourreau aidaient fréquemment leurs maris :

« La femme du bourreau, que l’on appelait la « bourrelle », lui servait très souvent d’aide et, sauf dans les villes importantes où le « maître » avait toujours plusieurs aides et valets, assistait toujours aux exécutions, se tenant prête à voler au secours de son époux si le patient se montrait récalcitrant.

En 1625 le bourreau de Dijon était Simon Grandjean en place depuis 1615. Sa femme était une fille Chrétien d’une vieille famille de questionnaires et de bourreaux. Une jeune fille de vingt-deux ans, d’une noble famille de Bourg-en-Bresse, Hélène Gillet, fut condamnée à mort pour infanticide, par le présidial de Bourg, puis en appel par le parlement de Dijon. Une foule immense s’assembla sur la place du Morimon pour assister à l’exécution : étant noble, Hélène Gillet devait être décapitée. « Le bourreau s’estoit communié le matin dans la prison […] Après avoir souhaité d’estre à la place de la condamnée qui tendait le col pour recevoir le coup, hausse le coutelas, il se fait une huée du peuple ; les jésuites et les capucins criaient : « Jésus, Maria ! » La patiente se doute du coup, porte les mains à son bandeau, découvre le coutelas, frissonne, puis se remet en mesme assiette qu’auparavant. » Fut-ce la jeunesse et la beauté de la patiente ? fut-ce parce qu’il avait surtout pendu ou rompu des brigands de grand chemin ? Grandjean manqua la malheureuse. Sous les huées de la foule, qui ne faisaient qu’augmenter sa fébrilité, il porta plusieurs coups successifs, sans faire autre chose que blesser gravement la jeune fille. La colère de la foule augmentait, le bourreau s’enfuit et se réfugia dans une petite chapelle située au pied de l’échafaud. La bourrelle voulut achever la besogne de son mari. Elle saisit la corde qui liait la condamnée et tenta de l’étrangler avec. Comme une grêle de pierres tombait sur elle, « elle tira ce corps demy-mort, la corde au col, la teste devant, à bas de la montée de l’échaffaut. Comme elle fut au-dessous, proche des degrés de pierre, elle prend des ciseaux qu’elle avait apportez pour couper les cheveux à la condamnée, avec ces ciseaux qui étaient longs de demy pied, elle luy veut coupper le gorge ; comme elle n’en peut venir à bout elle les lui ficha en divers endroits » Finalement Grandjean et sa femme furent lapidés à mort par la foule ; quant à Hélène Gillet on parvint à la sauver et elle obtint deux lettres de pardon du roi Louis XIII. Elle finit ses jours dans un couvent de Bourg.

Il faut croire qu’à Dijon c’était un usage courant de voir la bourrelle aider son mari car le parlement de Dijon enjoignit en 1637 au bourreau Gaspard Perrier de se faire aider par un valet et non par sa femme. Les bourrelles n’en cessèrent pas pour autant d’aider leurs maris.

Cette habitude se retrouve un peu partout. Le 27 octobre 1790, le maire d’Einville, district de Lunéville écrivit une attestation destinée à appuyer la demande de poste formulée par Jean Nicolas Cané, fils de l’ancien bourreau de la ville. Il y « atteste que défunt Jean Cané a exercé en cette ville les fonctions de maître des Hautes et Basses Œuvres pendant l’espace de vingt-cinq ans, et que Catherine Thomas, veuve Cané, a exercé les mêmes fonctions que le dit Cané son défunt mari depuis son décès, par la voie de Jean Nicolas Cané son fils, jusqu’à aujourd’hui avec une exactitude exemplaire ».

En 1793 eut lieu à Uzerche (Corrèze) la première exécution à l’aide de la guillotine. Le condamné, un mendiant nommé Piarrissou était gros et gras, débordant de santé, et offrait au couperet une nuque puissante. Il était lié sur la bascule, le col dans la lunette, l’exécuteur actionna le couteau mais la machine était mal montée et la lame ne fit qu’entamer la nuque du malheureux. Par trois fois il en fut de même : le sang giclait, le condamné beuglait à fendre l’âme, la foule s’agitait et commençait à protester, le bourreau de plus en plus fébrile, paraissait prêt à tout planter là et à s’enfuir. Alors, sa femme, qui lui servait d’aide, sortit un couteau de boucher qu’elle avait apporté « à tout hasard » et entreprit de « scier » ce qui restait de l’énorme cou de Piarrissou. L’opération ne lui prit guère qu’une minute. La tête tomba dans le sac de son, force demeurait à la loi…

On pourrait citer ainsi des dizaines d’exemples de ces « bourrelles » plus dures que leur bourreau de mari. […]

Au temps de Saint Louis il existait assez fréquemment des bourrelles, pour battre et fustiger les femmes condamnées. L’ordonnance de 1264 dit : « que celui qui aura méfait ou médit sera battu par la justice du lieu tout de verges en appert, c’est à savoir si homme par homme, et la femme par seule femme sans personne d’hommes ». C’est encore le souci de décence qui dictait cette règle. Il ne semble pas que ces bourrelles aient appliqué des condamnations à mort car les très nombreux procès-verbaux, comptes rendus ou comptes de dépenses relatant des exécutions de femmes citent toujours des bourreaux mâles. Ces exécutrices de condamnations mineures disparurent vite et les flagellations publiques de femmes furent interdites en 1601. Cependant, en plein XVIIIe siècle, la ville de Lyon eut une femme pour bourreau pendant plus de deux ans. Il faut tout de suite dire qu’elle s’était fait engager sous l’habit et sous un nom d’homme. »
Source : Le Métier de bourreau, Jacques Delarue
(extraits disponibles en ligne sur Google Books)


L’ordonnance de 1264 constituerait la principale mention officielle d’exécutrices. Toutefois d’après Frédéric Armand, on en a conclu trop hâtivement que des femmes ont occupé (légalement) la position de "bourrelle" :

« Une ordonnance de 1264 rendue par Saint Louis proclame que « celui qui aura méfait ou médit sera battu par la justice du lieu tout de verges en appert [en public], c’est à savoir, li homme, par homme, et la femme par seules femmes sans présence d’hommes », d’où l’on a conclu – un peu hâtivement – qu’il a existé des femmes bourrelles pour exécuter les femmes condamnées à mort. Si l’on s’en tient à ce texte, seule mention officielle d’exécutrices, l’ordonnance de Saint Louis recommande le recours à des femmes uniquement pour la peine du fouet.
On peut affirmer qu’il n’a pas existé en réalité de bourrelles, authentiques équivalents au féminin du bourreau. En revanche, il est indéniable que les femmes d’exécuteurs ont assuré durant plusieurs siècles la fonction d’assistantes plus ou moins actives de leurs maris ou de leurs fils, sans titre officiel. […] Le plus souvent issues elles-mêmes de familles d’exécuteurs, les épouses des bourreaux sont préparées à servir occasionnellement de valet à leurs époux, comme les fils à leurs pères. On pourrait rapprocher en cela leur activité du statut moderne de conjoint collaborateur !
Quelques rares femmes ont cependant exercé la charge de bourreau officiel, mais de manière illégale, en se travestissant en hommes. Le fait qu’elles appartiennent à ce que l’on appelle alors le « sexe faible » n’a pas été une entrave pour l’exercice de cette profession qui nécessite, d’après ce qu’en disent les bourreaux eux-mêmes, davantage de force de caractère que de force physique. »
(extrait disponible dans Google Books)

D’autres sources vont dans le sens de cette interprétation de l’ordonnance de 1264 :

« […] on a voulu conclure que la charge dont nous parlons avait été érigée en titre d’office même pour des femmes ; c’est une erreur : les exécutions dont parle cette ordonnance, et d’autres semblables, se réduisaient au supplice de la fustigation pour les femmes. Celles qui remplissaient cette mission spéciale ne prenaient pas le titre de bourrelles, et n’en avaient aucunement les droits ni les privilèges. »
Source : Dictionnaire encyclopédique, Firmin Didot frères, 1842


Bonne journée.
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