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La soierie à la Croix-Rousse

par tradescantia, le 02/06/2018 à 09:58 - 557 visites

Madame, Monsieur,
En 1831, à la Croix-Rousse et à Lyon, 30.000 compagnons, 8.000 chefs d’atelier et 750 fabricants.
Dont il ne reste plus grand chose.
Que s’est il passé ?

Merci d’avance.
Sincèrement.
Chardon Boréal

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 04/06/2018 à 15:33

Bonjour,

Près de deux siècles se sont écoulés entre 1831 et aujourd’hui !

Entre temps, la soierie lyonnaise a connu des hauts et des bas, et a évolué au gré des bouleversements sociétaux, économiques et techniques :

« Après la guerre de 1870 et la chute du second Empire, la Fabrique connaît […] un grave déclin lié à la concurrence de fibres modernes, à l’évolution des coutumes vestimentaires en Europe, à l’essor de certains pays d’Asie, aux épidémies qui touchent le ver à soie en France. Elle doit faire face à la concurrence étrangère de plus en plus redoutable, notamment italienne.

Mais grâce au développement de la Haute Couture à Paris en rapport direct avec la création lyonnaise de Hautes Nouveautés, elle retrouve de belles heures de prospérité jusqu’à la première guerre mondiale.

L ‘âge d’or de la création lyonnaise

Dans les années 20, de grands noms, Bianchini-Férier, Buchet-Colcombet, Ducharne, Chatillon-Mouly-Roussel partent à la conquête de la Haute Couture : Poiret, Patou, Chanel, Grès. L’influence des fameux ballets russes permettent aux soyeux d’être à la pointe de l’innovation artistique. Ils travaillent comme des laboratoires d’idées et travaillent avec les plus grands dessinateurs : Sonia Delaunay, Dufy, Dubost… D’un côté on a les fabricants de Hautes Nouveautés et de Petites Nouveautés (diffusées par le commissionnaire en soieries) et de l’autre les sous-traitants de la chaîne soyeuse.

Hermès lance son mythique carré de soie en 1937, le jeu des omnibus et des dames blanches.
Dans les années 60, huit maisons se distinguent, parmi lesquelles Brochier et Bianchini Férier. Ces nouveautards lancent les articles auprès des couturiers en faible quantité mais à prix élevé et cèdent ensuite l’idée à des fabricants pour la commercialiser à plus grande échelle.
Sur fond de pop-musique, de libération de la femme et de cris de paix, Léonard marque les années 70 et le monde de la couture par son concept : une fleur exotique mélangée à des éléments figuratifs imprimés sur un jersey de soie éclatant de couleurs, qui s’enroule et se déroule autour du corps comme par magie !

De l’après guerre jusqu’à nos jours : Le déclin, la diversification et l’innovation

Le déclin amorcé avec le succès de nouvelles matières synthétiques et artificielles après la première guerre mondiale, se poursuit à l’exception de la niche représentée par la création pour les grands couturiers.

De 1939 à 1945, l’approvisionnement en grège n’est plus assuré. La guerre terminée, la Chine et le japon restaurent leur production.

Côme en Italie du nord devient un nouveau centre de production, notamment pour l’impression. La région de Brienza, au nord de l’Italie maîtrise la création contemporaine, entre les mains de trois familles : Mantero, Ratti et Marioboselli.

Dans les années 60, l’avenir de la Fabrique lyonnaise passe par l’innovation et la diversification ; les soyeux lyonnais explorent les secteurs techniques et mettent leur savoir-faire traditionnel au profit des nouveaux développements possibles que leur offrent les nouvelles fibres.

Aujourd’hui la Fabrique a dépassé quatre siècle et demi de son histoire… Fibres artificielles, fibres de synthèse, fibres de verre, fibres de carbone et fibres optiques… Naguère circonscrite à l’embellissement du décor intérieur et au renouvellement de la mode féminine, l’industrie textile à Lyon est devenue une Industrie de pointe par le mariage de sa technologie et créativité. Elle invente d’étonnants tissus techniques… destinés à l’industrie aéronautique, automobile, électronique mais aussi au secteur de la santé…

Mais la tradition ne s’est pas éteinte. A Lyon, on restaure les soieries anciennes et on tisse toujours la soie pour la Haute Couture. Ce savoir-faire, son histoire et ses réalisations sont transmis et préservés grâce à diverses institutions et acteurs, liés au monde textile, qui sont autant de centres ressources.

Malgré son itinéraire houleux, Lyon conserve son titre de capitale de la soie en raison de la créativité de sa Fabrique… Elle rend ainsi hommage aux centaines de milliers d’ouvriers et techniciens lyonnais mais aussi dessinateurs, fabricants… qui ont contribué à son rayonnement. »
Source : La fabrique lyonnaise


« L’invention du métier Jacquard en 1801 permet d’industrialiser le travail de la soierie. Dés 1820, l’usage en est répandu dans Lyon, malgré son coût plus élevé que les anciens métiers et il permet donc au canut de réaliser aussi facilement des dessins compliqués que des motifs unis. Le métier Jacquard a aussi un impact considérable sur l'aspect architectural de la ville ; les vieux quartiers, aux étages trop bas, ne permettent pas d’utiliser cette innovation. Les canuts s’installeront donc à la Croix-Rousse où ils construisirent des maisons vastes, lumineuses et au plafond suffisamment élevé. A la même époque, se situe l’élargissement du marché d’approvisionnement en soies brutes.

Lyon se contentait de la sériciculture nationale et italienne. Elle achète désormais ses soies en Espagne, en Sicile, en Grèce, en Turquie, et, ultérieurement, en Syrie, en Crimée, au Liban et au Bengale. Les exportations changent elles aussi de direction pour se tourner vers le marché américain.

Ce profond bouleversement nécessite la multiplication des métiers et l’accroissement de la main d'œuvre ; l'espace lyonnais étant saturé, cela débouchera sur l'extension aux faubourgs avoisinants comme La Croix-Rousse, La Guillotière et Vaise, annexés en 1852.

Mais, parallèlement à son expansion, l’industrie textile connut de profonds bouleversements comme les grèves et insurrections de 1831 et 1834 ; les ouvriers mal payés, exploités, se révoltèrent pour défendre leurs intérêts (novembre et décembre 1831: défense du tarif minimal qu’ils venaient d’obtenir). Les émeutes furent chaque fois violemment réprimées. Dés 1854, la « famine du coton » plongea l’industrie textile dans une crise violente, qu’on évite en s’approvisionnant désormais en Extrême-Orient, ce qui condamne à court terme la sériciculture française. La guerre de Sécession provoque dès 1860 l’arrêt presque immédiat des achats par les américains ; l’extrême sensibilité de la soierie lyonnaise à la conjoncture extérieure reste donc sa principale faiblesse.

C’est après cette période que la soierie lyonnaise connaît sa période glorieuse et qu’elle devient le premier secteur français d’exportation. La forte accumulation de capitaux fait alors de la ville la deuxième place commerciale et industrielle du pays. La main d'œuvre urbaine devient insuffisante et un espace de production régional devient nécessaire.
Dès 1870 et jusqu’à la veille de la première guerre mondiale, la mécanisation bouleverse les conditions de production et le nombre de métiers à bras chute par rapport au nombre de métiers mécaniques, plus coûteux mais au rendement plus élevé. Lyon devient aussi la capitale du marché mondial de la soie, devant Londres, grâce à la très forte demande et à des structures bancaires adéquates. On commence aussi à utiliser des déchets de soie et des usines de schappe sont construites dans la région lyonnaise, ce qui permet à Lyon de continuer à fabriquer des étoffes de soie pure, mais aussi des étoffes de tissu mélangé, moins onéreuses. L’industrie textile connaît toutefois quelques échecs (crise de la sériciculture française, échec des colorants artificiels) qui augmenteront après 1918. En effet, la demande de textile de luxe est à son apogée, mais la soierie lyonnaise n’a pas su s’adapter et les entreprises de type familial n’ont pas une envergure financière suffisante face à la concurrence internationale. La crise de 1930 porte un coup très dur à la soierie lyonnaise qui peut difficilement se redresser après la seconde guerre mondiale. En effet, on utilise de plus en plus des fibres artificielles ou synthétiques, ce qui lui fait perdre un peu de son identité première. La crise du textile de 1970 ne fait que renforcer encore cette situation en frappant très durement la soierie lyonnaise.

La soierie lyonnaise n’est pourtant pas définitivement éteinte et il existe encore des canuts qui possèdent le savoir de leurs prédécesseurs. Appréciée par les grands couturiers, elle a aussi un champ d'activité dans la restauration des châteaux. De plus, on s’efforce de préserver aujourd’hui à la Croix-Rousse la mémoire de l’habitat canut. On tâche aussi de continuer la soierie lyonnaise en s’appuyant sur des techniques de pointe (recherche en sériciculture...). »
Source : Historique de l’industrie textile, Département du Rhône


Pour finir, voici quelques lectures qui vous permettront d’approfondir :

- La soie à Lyon : de la Grande fabrique aux textiles du XXIe siècle, Bernard Tassinari
- Lyon au fil de la soie : des canuts aux textiles intelligents, la soie comme fil conducteur d'une balade urbaine originale, Catherine Payen


Bonne journée.
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