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Impact econnomique de la fermeture des frontières

par Jc2602, le 28/05/2018 à 10:33 - 992 visites

Bonjour,

quel impact economique aurait sur la france la fermeture des frontières? (remise en place d'un droit de douane important sur l'importation, voir création de cota pour la production interieur)
Je me demande si nous pourrions en retirer des avantages en therme de relocalisation et écologique, ou si cela detruirait notre pays complètement.


merci d'avance !!

Réponse du Guichet du savoir

par bml_soc, le 31/05/2018 à 13:36

Réponse du département société :

Votre question porte sur l'impact d'une fermeture des frontières sur l’économie et vous pointez en particulier de ses potentiels effets en termes de relocalisations et sur l’environnement. Cette problématique contemporaine fait en effet l'objet de nombreux débats, en particulier à l'occasion d’élections nationales ou européennes, car plusieurs mouvances (eurosceptiques de la droite et de la gauche radicale, écologistes, économistes hétérodoxes) militent pour la mise en œuvre de mesures protectionnistes.

Tout d’abord, la très grande majorité des décisions économiques étant prises à l’échelon européen, cela implique que la fermeture des frontières économiques ne pourra s’effectuer qu’à ce niveau supranational. Or, les organes de décisions européens étant plus favorables au libre-échange, la fermeture des frontières économiques ne pourrait se faire qu’au prix d’une renégociation des traités Européens (une perspective peu envisageable) ou d’une sortie de l’Union Européenne.

Quelques mesures d’exception sont tout de même envisageables à l’échelle nationale. Comme l’indique l’économiste Gaël Giraud dans l’article Plaidoyer pour un protectionnisme européen, l’Italie a récemment mis en place une taxe de 2% sur les capitaux étrangers entrants (pour éviter les risques d’OPA, c’est à dire le rachat brutale d’une entreprise en difficulté).

Concernant les relocalisations, les mesures protectionnistes n’auraient pas nécessairement d’effet sensible. Plusieurs cas de figure sont à distinguer. Les entreprises françaises qui écoulent leur stock essentiellement sur le marché international ne seront pas forcément incitées à relocaliser leurs centres de productions en France. La hausse du coût de production qu’implique une relocalisation sera peut-être parfois plus dommageable pour l’entreprise que la perte de parts sur le marché français. Cependant, plus les entreprises sont dépendantes du marché français, plus elles seront incitées à relocaliser leurs centres de production en France.

Dans les deux cas décrits précédemment, nous décrivons l’impact possible de mesures protectionnistes prise à l’échelon national. Si celles-ci sont prises à l’échelon européen, on peut s’attendre à un mouvement de relocalisation plus intense, les entreprises étant souvent fortement dépendantes du marché commun européen. Cependant, au vue des disparités économiques au sein de l’Union, les entreprises relocaliseront probablement leurs centres de production dans les pays où les couts de production sont les plus faibles (les pays de l’Est de l’Union Européenne).

Pour résumer, il n’y a pas de lien de causalité direct entre la fermeture des frontières et les relocalisations. Si celles-ci vont souvent de pair avec une dose de protectionnisme, des conditions attrayantes pour les entreprises doivent être mises en place. Pour plus d’informations sur les mécanismes économiques du commerce international vous pouvez consulter le très didactique petit ouvrage Le commerce international (et plus exactement le chapitre IV : Protection et libre-échange).

Au sujet de l’impact sur l’environnement, de la fermeture des frontières économiques sont sujets à débat. William Baumol et Wallace Oates, dans leur ouvrage The Theory of Environmental Policy défendent l’idée que le libre-échange nourrit le dumping environnemental : dans un contexte où les pays développés édictent des normes de plus en plus exigeantes d’un point de vue écologique, la libre circulation des biens et des capitaux permettrait aux entreprises installées dans les pays développés de délocaliser leur production polluante dans les pays pauvres. La pollution ne serait que déplacée. Dans cette situation, la mise en place de mesures protectionnistes contraindrait les entreprises à produire davantage sur leur territoire d’ancrage, c'est-à-dire en suivant des normes plus exigeantes. Néanmoins, la Banque Mondial estime que les cas de dumping social sont minoritaires (Rapport Indicateurs du Développement mondial, 1998).

G. Grossman et A. Krueger, des économistes plus libéraux, estiment, dans leur étude sur les impacts de la libéralisation des échanges en Amérique du Nord, que la libre-circulation des biens pourrait contribuer à réduire l’impact écologique du commerce international : la hausse de la production due aux mesures de libre-échange serait compensée par un « effet technique » (la diffusion des techniques de production les moins polluantes) et un « effet de combinaison » (chaque pays serait incité à produire des biens à partir des ressources naturelles qu’il possède, celles-ci lui offrant un avantage comparatif).POur compléter, vous pouvez consulter la page Wikipédia Effets du commerce international sur l'environnement

Par ailleurs, si la mise en place de mesures protectionnistes parvient à entrainer un mouvement de relocalisation, la réduction des distances à parcourir pour les marchandises provoquera une diminution des émissions de gaz à effet de serre. Une réduction des importations étrangères pourrait aussi favoriser la production nationale ou européenne. Celles-ci étant soumises à des normes plus exigeantes, l’impact écologique serait par conséquent positif. On assisterait par exemple à une réduction des importations des produits OGM. Le protectionnisme pourrait garantir notre sécurité alimentaire. C'est ce que soutient l'économiste français Stéphane Girod. Sa vision d'un "bon protectionnisme" est présentée dans l'article L’idée d’un «bon» protectionnisme fait son chemin paru dans le journal Le Temps.

Cependant, là encore, le lien entre écologie et protectionnisme n’est pas mécanique : si dans de nombreux cas, les mesures protectionnistes ont impact bénéfique sur l’environnement, dans d’autres, la restriction du libre-échange peut entrainer des dégradations de l’environnement.

L’économiste Robert Freenstra, dans son article "Measuring the Welfare Effect of Quality Change: Theory and Application of Japanese Autos" insiste sur le fait que les mesures protectionnistes mises en place par les Etats-Unis dans le secteur automobile ont poussé les japonais à développer des automobiles de qualités, donc gourmandes en carburant. Malgré les mesures défavorables aux importations, la qualité supérieure de leurs automobiles a permis aux japonais de trouver des débouchés sur le marché étatsunien. Le parc automobile américain serait donc devenu plus polluant.

D’un point de vue économique plus global, la doxa libre-échangiste dominante considère le protectionnisme comme une forme archaïque de régulation des échanges marchants, régulation qui conduirait à la défaillance de nos économies. Pour appuyer leur théorie, ils mobilisent l’« effet frontière » (théorisé par Mc Callum en 1995) qui postule que deux régions échangent d’autant plus qu’elles ne sont séparées par aucune frontière. Pour plus d’informations sur la théorie libre-échangiste, vous pouvez consulter le Que sais-je Le Libre-échange.

Cependant, certains économistes, plus ou moins hétérodoxes, plaident pour un nouveau protectionnisme qui favoriserait la production régional, la réduction des inégalités et la mise en place d’une économie « verte ». On retrouve parmi ces économistes les membres des Economistes Attérrés ou encore l’économiste et homme politique français Jean-Marcel Jeanneney, auteur du livre Pour un nouveau protectionnisme.

Cette forme de protectionnisme est ardemment défendue par l’économiste Gaël Giraud, toujours dans l'article Plaidoyer pour un proctectionnisme européen de la Revue Projet numéro 321.
Dans cette article, l'économiste affirme que face aux risques d’une envolée des prix du pétrole (qui ruinerait les économies fondées sur le fret) et d’un nouveau krach boursier (favorisé par la libre circulation des capitaux), le salut de l’Europe se trouverait dans la mise en place d’un « protectionnisme européen raisonné s'appliquerait à des biens, des services ou des capitaux importés de pays qui ne respecteraient pas les conditions décentes de travail fixées par l'Organisation internationale du travail, ni les accords de Kyoto visant à réduire les émissions de CO2, ou encore qui feraient preuve d'opacité financière ».

Ce protectionnisme va de pair avec une relocalisation régionale des entreprises. Elle réduirait ainsi la consommation de pétrole, pétrole qui, encore selon Gaël Giraud, ne peut plus être utilisé pour des raisons à la fois éthiques et écologiques, et techniques (les réserves de pétrole ne seront bientôt plus suffisantes).

Notons enfin que ce protectionnisme doit avant tout être progressif. En effet, il est difficile de passer d’une économie ouverte à une économie totalement fermée. Les pertes économiques seraient catastrophiques. L’économie française a longtemps reposé sur le modèle libre-échangiste : elle est aujourd’hui dépendante d’un grand nombre de ressources. Un protectionnisme excessif déclencherait une récession, c'est-à-dire une crise de sous-production. Pour favoriser une économie plus régionalisée et plus écologique, il faut donc avant tout mettre en place des mesures qui permettraient à la France, ou l’Europe, de réduire sa dépendance vis-à-vis des importations.

Enfin, un système de quota sur la production intérieure pourrait être mise en place dans certains secteurs, notamment dans l’élevage des porcs en France. C’est ce que demande Pierre Taubin-Lambert dans l'article Crise agricole : et pourquoi pas « rétablir des quotas de production ? » paru dans Le Monde. Face à la crise conjoncturelle qui frappe l’élevage de porc en France, un système de quota sauverait la production française de la concurrence. La mise en place de quota permet, dans certains cas, de protéger les infrastructures agricoles européennes ou françaises de la concurrence déloyale. Pour plus d’informations sur le protectionnisme et les systèmes de quota vous pouvez consulter le livre Les soutiens à l'agriculture : théorie, histoire, mesure de Jean-Pierre Butault.
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