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Enfants et futur

par jkl, le 21/05/2018 à 09:24 - 413 visites

Bonjour,
J'aimerai lire des textes sur la façon dont les personnes qui souhaitent ou attendent un enfant se projettent en sachant qu'il devra vivre les crises sociales, économiques et climatiques sans précédent qui nous attendent. Ce n'est un mystère pour personne que le futur sera très probablement difficile (rapports du GIEC etc.), comment décider de faire un enfant dans ces conditions ?
Je ne sais pas si c'est un sujet souvent traité, je n'ai rien trouvé pour ma part.
En vous remerciant,
Cordialement.

Réponse attendue le 25/05/2018 - 09:24

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 25/05/2018 à 13:17

Bonjour,

Pourquoi décider d’enfanter dans notre monde promis – selon vous - à des heures sombres ? Tout d’abord, il n’est pas facile de donner une réponse générale à cette question. La décision (quand elle est franche) de donner la vie, est le fruit de multiples désirs relevant tant de l’intime que du social, voire du politique. Elle ne se limite certainement pas à la seule considération de l’avenir de l’humanité !

Dans son ouvrage Le Désir d’enfant, histoire intime, enjeu politique, la philosophe Marie Gaille le confirme : « d’une part, nous avons bien affaire, du point de vue de l’expérience clinique également, à un désir dont l’origine est complexe. Ce complexe unit de façon indissociable des éléments organiques à des éléments psychiques, une histoire affective personnelle, familiale et sociale. D’autre part, son énoncé ne peut s’expliquer que dans l’examen au cas par cas des histoires de vie… ».
On peut même parler, avec Winicott, « d’une forme de “sentimentalité”, d’une croyance naïve et illusoire selon laquelle la naissance d’un enfant est le fruit du désir. En réalité, selon lui, cette naissance est toujours une forme d’accident, qui induit dans la vie des parents des bouleversements radicaux qu’a posteriori, mais a posteriori seulement, les parents perçoivent comme l’objet de leur désir. Il faut donc se garder de considérer qu’en énonçant un désir d’enfant, un individu ou un couple sait de quoi il parle » (source : Désir d’enfant, de Marie Gaille).

Quoi qu’il en soit, il n’est pas toujours aisé de trouver des témoignages de parents ou futurs parents s’interrogeant spécifiquement sur le sens de l’acte de procréer dans un monde soumis aux crises.

- Vous pouvez toutefois consulter le verbatim des échanges lors du café-citoyen tenu à Caen en 2007 et dont le sujet était : Est-ce responsable d'avoir des enfants aujourd'hui ?. Vous y trouverez de nombreux témoignages et réflexions des participants.

- En juillet dernier, sur France Inter, le Débat de Midi, animé par Dorothée Barba portait sur la question et si on arrêtait de faire des enfants ?. L’émission donne la parole aux auditeurs, vous y entendrez donc des interventions en lien avec votre question.

- En mars 2009, Philosophie Magazine a publié un numéro dont le dossier principal s’intitulait : « Pourquoi fait-on des enfants ? ». Nous vous en recommandons vivement la lecture. De multiples penseurs interviennent pour livrer des perspectives morales, éthiques, politiques, etc. sur le sujet, mais aussi en tant que parents.

Le philosophe Guillaume Le Blanc témoigne : « J’ai deux filles de 9 et 7 ans, Aliénor et Apolline. Au-delà de la carte d’identité à quatre (enfants et parents), l’expérience relève d’un précipité vital singulier. L’engendrement consiste dans la construction d’une dépendance à la vie avec des “êtres” qui ne sont pas à nous, mais qui ont un rapport avec nous – rapport indissoluble d’amour et d’éducation […]. Comme père ou comme mère ayant à répondre d’un nouveau-né, on est soi-même réinventé par l’engendrement ».
« Etre parent, c’est accepter d’être dépendant de ses enfants et de voir remises en cause son identité, sa sérénité. Loin d’être égoïste, l’expérience se révèle garante de notre implication dans le monde ».

Le dossier livre aussi le résultat d’un sondage TNS Sofrès sur la question « pourquoi fait-on des enfants ? ». En compilant les résultats (les personnes interrogées pouvaient donner plusieurs réponses), le sondeur constate que 73% des réponses sont liées au plaisir (ça rend la vie plus belle, plus joyeuse, c’est un expérience, une nouveauté…), 69% au devoir (continuation de la lignée, transmission des valeurs, choix religieux…) et 48% à l’amour (renforcement du couple, nouvelle forme d’affection…).

Enfin vous pouvez lire le point de vue d’Alexis Lacroix, directeur de Philosophie magazine, à l’orée de ce même numéro : « S’il est un argument que je trouve agaçant, parmi ceux qui visent à nous dissuader d’avoir des enfants, c’est bien celui-ci : “à quoi bon, entend-on dire partout, donner la vie à de pauvres êtres humaines dans un monde aussi mauvais que le nôtre ? » Alors que l’économie s’effondre, que la catastrophe écologique planétaire menace, que l’Europe est en déclin […], procréer, ne serait-ce pas faire preuve d’une coupable insouciance ?”. Cet argument m’a toujours paru absurde, car le choix d’être parent est privé, tandis que le cours du monde ne dépend pas de nous, mais se trame dans la brume du collectif et de l’histoire […]. La réponse la plus éloquente à cet argument se trouve dans un roman paru en 2006 : La Route, de Cormac McCarthy » qui raconte la longue marche d’un père et de son fils dans un monde post-apocalyptique particulièrement menaçant.
« L’enseignement moral de cette très grande fiction est que, dans le pire des mondes imaginables, l’amour entre parents et enfants est la dernière chose qui vaille encore la peine d’être vécue […]. Voilà le meilleur argument contre ceux qui ne veulent pas procréer à cause du réchauffement climatique, de la récession ou des guerres à venir : dans la pire adversité, la filiation est le dernier rempart de l’humanité
».

Position toute personnelle de l’éditorialiste, qui ne manque d'ailleurs pas d’être contestée !

On trouve en effet de nombreux témoignages, articles sur les raisons politiques, écologies et démographiques de ne pas faire d’enfant. Il semble même que cette position face l’objet d’un intérêt sociétal et médiatique grandissant ces dernières années. Il n’est qu’à voir la visibilisation des positions childfree ou l’apparition du « mouvement » Ginks (pour Green Inclination, No Kids).

Slate a publié fin 2017 un long article faisant la part belle aux témoignages de personnes refusant de faire un enfant pour des motifs écologiques.

Vous pouvez aussi lire sur le Huffington Post les « 8 raisons de ne pas faire d’enfant » qu’invoque Sezin Koehler, blogueuse et romancière.

Le choix de ne pas vouloir d’enfant fait retient aussi l’attention des universitaires. La sociologue Charlotte Debest a ainsi publié en 2014 un livre intitulé Le choix d’une vie sans enfant. Son ouvrage interroge « la construction du non-désir d’enfant dans une société qui pose le désir d’enfant comme une évidence ». De même, Anne Gotman, sociologue de la famille a écrit en 2017 Pas d’enfant. La volonté de ne pas engendrer, étudiant elle aussi ces « sans-enfant » proactifs et militants.

En complément :

• L’article de Sciences humaines « Enfants : en avoir… ou pas » dans lequel on trouve un résumé des arguments éthiques de la philosophe canadienne Christine Overall, tirés de son livre Why Have Children ? paru en 2012.
• La question de l’accroissement de la démographie mondiale étant un argument souvent convoqué dans le débat sur le bien-fondé de faire des enfants de nos jours, nous vous signalons le site population.io qui propose une série de visualisations de données à partir d’une date de naissance.

Bonnes lectures !
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