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Les institutions municipales à Ostie

par Jeya, le 21/04/2018 à 19:24 - 387 visites

Cher Madame, cher Monsieur,
Je travaille sur les institutions municipales dans la ville d'Ostie durant l'Antiquité. J'en examine l'évolution à travers les siècles, le passage à l'autonomie de la gestion interne.
Dans cette organisation municipale, les magistraux appelés duumvir, édile et questeur dominent.
Je voudrais savoir combien connait-on, grâce à l'étude des inscriptions, de carrières de duumvir, de questeurs et d'édiles. Combien y a-t-il de cursus municipaux? Lesquels sont les plus intéressants à étudier?
J'ai une deuxième question: Quelle est l'histoire des tribus d'Ostie? Une a-t-elle prévalu sur l'autre? Pourquoi donc?
Je vous remercie,
J.A.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 24/04/2018 à 16:53

Bonjour,

Petits rappels : Les notables municipaux durant la Rome antique appartenaient à l’Ordre décurional, leur carrière était appelée le Cursus honorum.

Concernant les cursus

Nous n’avons pas trouvé de dénombrement des carrières des magistrats d’Ostie, mais nous avons trouvé des références qui donnent de nombreux exemples de carrières, notamment grâce à l'épigraphie.

L’ouvrage Ostia, port et porte de la Rome Antique : [exposition, Genève, Musée Rath, 23 févr.-22 juil. 2001] / sous la dir. de Jean-Paul Descoeudres, consacre une partie aux Institutions de la Colonia Ostiensis (article de Pierre Sanchez). p. 143-149
« Le cursus honorum d’Ostie, colonie de droit romain, était calqué sur celui des sénateurs : il comprenait à la fois des fonctions civiles et religieuses ; certains magistrats portaient des titres identiques à ceux de Rome (questeurs, édiles), et leurs fonctions étaient apparentées. De même, les magistrats étaient nommés pour un an, et le principe de la collégialité était respecté. Enfin certaines charges pouvaient être exercées plusieurs fois par le même individu, comme c’était le cas à Rome. Les étapes de la carrière étaient cependant moins nombreuses, et les pouvoirs des magistrats étaient naturellement limités à la gestion des affaires locales. » p. 146
« Contrairement aux usages en vigueur à Rome, la première étape du cursus honorum à Ostie n’était pas la questure –qui n’existait pas l’origine-, mais l’édilité. »
« La questure ne faisait pas partie du cursus traditionnel d’Ostie au Ier siècle av. J.C.. Probablement institués au début de l’Empire, les quaestores aerarii (ou « questeurs du trésor ») avaient pour tâche d’assister les magistrats supérieurs dans la gestion des revenus et dépenses publics. Ce poste, qui n’est jamais devenu une étape obligatoire, s’exerçait normalement entre l’édilité et le duumvirat. Cependant, lorsque la cité commença à rencontrer des difficultés financières, il fut parfois attribué à d’anciens duumvirs : au IIe siècle de notre ère, Publius ufidius Fortis fut élu quatre fois questeur après don duumvirat.
En résumé, une carrière civile de base à Ostie sous le Haut Empire comprenait les étapes suivantes : l’édilité, (la questure), le duumvirat, le duumvirat quinquennal avec pouvoir des censeurs.
»
D’autres fonctions existaient : praefecti ou duoviri praefecti (remplaçant du duumvir), curator pecuniae publicae exigendae et adtribuendae (responsable de la collecte et de la répartition des fonds publics)… mais aussi parmi les fonctions religieuses, des assistants au pontifex volcani (trois préteurs et deux ou trois édiles), sacerdoces confiés pour un an à des jeunes gens au début de leur carrière municipale, ainsi que des flamines.
Enfin les décurions d’Ostie étaient un peu plus d’une centaine et ils étaient choisis par cooptation.
Voir aussi dans le même ouvrage : l’article Quelques familles et personnages éminents de Mireille Cébeillac-Gervasoni.

L’ouvrage Ostie antique, ville et port de Raymond Chevallier, décrit précisément les différentes fonctions dans l’administration municipale à Ostie et notamment les magistrats : duumvirs, édiles et questeurs. "La charge est d’une durée d’un an, les conditions d’âge théorique (30 ans selon la table d’Héraclée, 25 à l’époque d’Auguste) n’étaient souvent pas respectées, notamment en cas de recommandation impériale. Les charges, exercées dans l’ordre ascendant, mais avec possibilité de dispense, sont en principe séparées par des intervalles de 3 ans (5 dans le cas d’itération du II virat)…"
« Les magistrats par leur ressource, leur activité, leur rôle politique, ont tenu une place importante dans la cité. Ils nous ont laissé, outre des inscriptions, de monuments figurés qui nous aident à les imaginer dans leurs fonctions, mieux encore que les innombrables statues de togati. Renvoyons ici à la description, développée, du monument funéraire de C. Cartilius Poblicola, huit fois duumvir, trois fois censeur à la fin de la république, surnommé « L’Ami du Peuple », peut-être un cognomen honorifique. » p. 167
Il mentionne quelques grandes familles ayant occupé ces fonctions : les Gamala, les Egrilii.

Nous retrouvons mentions de ces familles dans l’ouvrage Ostia port de la Rome antique : [exposition, Genève, Musée Rath, 23 févr.-22 juil. 2001] ; sous la dir.de Jacques Chamay : « Les figures les mieux connues de la vie publique d’Ostie au Ier siècle avant J. C., sont Publius Lucilius Gamala et Caius Cartilius Poplicola. » Le premier : « Eminent représentant de l’aristocratie municipale, il a suivi le cursus (carrière) politique et religieux jusqu’à assumer les plus hautes charges, celles de duumvir et de pontifex Volcani. »
« Le pontifex volcani, prêtre de Vulcain, patron d’Ostie, était l’autorité suprême en matière religieuse, dont le droit de regard s’étendait à tous les sanctuaires de la ville. Désigné à l’origine par Rome, il était choisi parmi les citoyens les plus éminents et il exerçait cette charge sa vie durant. Trois praetores et deux aediles l’assistaient. »

Raymond Chevallier consacre une partie de son ouvrage aux échelons administratifs à Ostie. (p. 173-185) : « La notion de cursus étant fondamentale pour comprendre la société romaine, il nous parait indispensable de consacrer ici un développement aux multiples échelons administratifs qui se rencontrent à Ostie. L’importance des ports de Rome et la proximité de la Ville expliquent qu’on rencontre à Ostie des personnages de rangs divers, qui appartiennent aux grands services de l’Etat.»
Il donne ainsi des exemples de carrières de militaires (centurions, vigiles, préfet des vigiles) mais aussi de responsables de grands services en rapport avec les finances, la viabilité, la navigation, l’annone (service du ravitaillement de Rome), la justice, ainsi que les plus hautes fonctions du cursus équestre (préfecture d’Egypte, préfecture de la ville, préfecture du prétoire).

Ainsi, les différents cursus à Ostie, sont en plus du cursus honorum (civil et religieux), les cursus militaires, équestres, mais aussi ceux liés à des fonctions particulières comme la justice…, et pour ce qui concerne plus typiquement Ostie, l’annone.

Mireille Cébeillac-Gervasoni a écrit plusieurs ouvrages et articles sur Ostie :
- L’élite politique d’Ostie de la République à Néron dans Les Élites municipales de l’Italie péninsulaire des Gracques à Néron
- Epigraphie latine/ avec Maria Letizia Caldelli et Fausto Zevi, qui s’appuie pour l’essentiel sur des inscriptions d’Ostie, vous y trouverez donc de multiples exemples et explications.
- Les rapports institutionnels et politiques d’Ostie et de Rome de la République au IIIe siècle ap. J.-C
- Les élites et leurs facettes : les élites locales dans le monde hellénistique et romain / textes réunis par Mireille Cébeillac-Gervasoni et Laurent Lamoine : « On doit remarquer que le cursus honorum des ostienssis est particulièrement complet par rapport à celui d’autres cités puisqu’il comporte des questeurs, des édiles, des duumvirs et des magistrats quinquennaux. »

Concernant les tribus

Les avis semblent partagés pour désigner la tribu d’origine d'Ostie entre la Palatina et la Voturia.
Raymond Chevallier nous dit : « On sait que la tribu, l’un des éléments de la formule onomastique, qualifie le citoyen romain. Il s’agit essentiellement de l’unité de vote à l’assemblée du peuple à Rome. La tribu est la Palatina, mais on trouve également attestée la Voturia » (p. 162), tandis que Henrik Mouritsen (dans Ostia) évoque plutôt la Voturia.

Voici d'autres explications :

- Ostie et le blé au IIe siècle ap. J.-C. : « Comme on le sait, les citoyens de la colonie d’Ostie ont été inscrits à l’origine dans la tribu Voturia ; dès l’époque républicaine, les affranchis furent en revanche dotés de la tribu Palatina. Ainsi cette dernière tribu est devenue, en absolu, la plus fréquente à Ostie dans les inscriptions (Meiggs 1973, 190). Si on fait une enquête pour le IIe siècle on s’aperçoit qu’après la tribu Palatina, la Quirina est celle qui est le plus souvent citée, avec une particularité : QUIRINA est inscrit in extenso dans nombre de textes. Par ailleurs, on sait que la Quirina était la tribu de Cirta en Afrique où, note H. -G. Pflaum, les Cirtéens avaient l’habitude de montrer leur attachement à leur tribu par un libellé in extenso8. Plusieurs procurateurs de l’annone qui ont été inscrits dans cette tribu (M. Vettius Latro, T. Flavius Macer, C. Valerius Fuscus, Q. Calpurnius Modestus) étaient originaires de Cirta ou de sa région. Plusieurs autres étaient aussi inscrits dans des tribus présentes en Afrique : T. Petronius Priscus de l’Arnensis, la tribu de Carthage ; Q. Acilius Fuscus, né à Thubursicu Bure, de la Papiria. Ce sont ces mêmes tribus : la Quirina, la Papiria et l’Arnensis que l’on retrouve pour les “opérateurs” privés du blé. »

- Une inscription d’Ostie et la législation impériale sur les collèges, Nicolas Laubry et Fausto Zevi : « On remarquera d'abord que toutes les colonies romaines sont inscrites dans une tribu rurale. Ostie seule fait exception à la règle : elle est clans la Palatina. On a donné de ce fait diverses explications. Pour les uns, Ostie serait, en quelque sorte, le prolongement de la ville de Rome, c'est-à-dire du quartier urbain formant la tribu Palatina (1); pour les autres, les colons d'Ostie, tirés de la plèbe urbaine, auraient conservé leur tribu d'origine (2). Nous ne pouvons admettre ni l'une, ni l'autre de ces opinions : la première, parce qu'elle est purement hypothétique ; la seconde, parce que, si elle était fondée, le même résultat aurait dû se produire dans toutes les autres colonies romaines, puisque toutes – ou presque toutes — ont reçu des plébéiens de Rome. A mon sens, la véritable explication de la situation particulière de la colonie d'Ostie, au point de vue qui nous occupe, se trouve dans la date de sa fondation. Ostie est une colonie du temps des rois ; lors de sa fondation par Ancus Martius, il ne pouvait pas être question pour elle de tribu ; ce n'est que plus tard, après la réforme Servienne, soit sous le règne de Tarquin, soit dans les premiers temps de la République que cette colonie a été inscrite dans une tribu ; mais à cette époque il n'existait aucune distinction entre les tribus urbaines et rurales, et voilà pourquoi Ostie a pu être attribuée à la Palatina. Cette distinction une fois établie (3), aucune des colonies ultérieurement fondées n'a été inscrite dans une tribu urbaine. »

Enfin, une dernière hypothèse sur les tribus d’Ostie dans Les membres des associations romaines: Le rang social des collegiati en Italie et en Gaules, Nicolas Tran

Voir aussi :
- Le tribù di Ostia (M. Cébeillac-Gervasoni, F. Zevi) dans Le tribu romane, XVIe rencontre sur l'épigraphie
- Roman Ostia/MEIGGS (R.)
- Le Privilège de liberté : politique impériale et autonomie municipale dans les cités de l'Occident romain : 161-244/ François Jacques
- Les institutions civiles dans l’article Wikipédia sur Ostie

Bonne lecture !
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