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la vérité des proverbes sur la météo

par semin, le 09/04/2018 à 19:55 - 1147 visites

Bonjour,

Y a t-il eu des recherches prouvant la véracité des proverbes populaires qui permettent de prédire le temps qu'il va faire ?
En d'autres termes a-t-on une recherche fiable qui prouve que "s'il pleut à la saint Médard, il pleut quarante jours plus tard", "Quand il pleut à la Saint-Aubin, l'eau est plus chère que le vin" ou autre "Noël au balcon, Pâques aux tisons"?

Merci !

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 11/04/2018 à 10:15

Bonjour,

Vous nous pardonnerez si nous commençons par citer Wikipedia, qui fournit une réponse assez complète à votre interrogation :

« Les dictons météorologiques sont une série de formules métaphoriques ou figurées tirées d'observations empiriques du climat et d'événements météorologiques. Ils servaient de méthode mnémotechnique pour prévoir à court ou moyen terme le temps avant le développement de la prévision météorologique par une méthode scientifique depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Les paysans ont ainsi bâti au cours des siècles un corpus de savoir basé sur leur expérience et sur la transmission de bouche à oreille.

Les dictons météorologiques sont souvent incertains et, lorsqu'ils se vérifient, valables que dans la région où ils sont nés. On citera par exemple l'existence d'un temps très clair. En Provence, un temps de Mistral engendre une luminosité importante qui est gage de beau temps. Cela est aussi vrai en montagne en hiver. Au-dessus de la couche d'inversion, l'ensoleillement est impressionnant et est lié à un temps anticyclonique. Par contre, on dit dans le Forez que si l'on voit le Mont Blanc c'est signe de pluie car la région est soumise au vent du Midi qui crée un effet de fœhn dans la région. Lorsque le vent tombe, la pluie arrive. Comme on le verra plus bas, certains dictons se contredisent tout en étant valables dans leur contexte.

Certains proverbes énoncent des vérités scientifiques qui sont parfaitement explicables avec nos connaissances actuelles. Le cas le plus célèbre concerne le ciel rouge le matin (pluie) ou le soir (beau temps) qui s'explique par la diffusion de Rayleigh. La plupart des proverbes liés aux nuages sont corrects et s'expliquent aisément. Certains proverbes concernant des dates données peuvent s'expliquer par les conditions macro-climatiques en la période donnée. Toutefois, il conviendra d'être prudent concernant la validité de ces proverbes de nos jours à cause du réchauffement climatique récent. »


Dans l’introduction de son Dictionnaire de météorologie populaire, Jean-Philippe Chassany revient sur l’utilité des dictons à une époque où l’on ne pouvait pas se baser sur des prévisions scientifiques, et reconnaît leur caractère peu fiable :

« Autrefois, alors que « labourage et pâturage étaient les deux mamelles de la France », la météorologie avait […] une importance relative plus grande qu’aujourd’hui. En l’absence de science de l’atmosphère et de moyens d’information, les paysans se fiaient, depuis des siècles, à leurs observations personnelles pour entreprendre à bon escient leurs travaux. Le Vocabulaire Météorologique International, édité en 1966 par le Secrétariat de l’Organisation Météorologique Mondiale à Genève, définit ainsi les proverbes et dictons météorologiques : règles empiriques de prévision du temps, souvent énoncées en vers, de nature très locale ; elles ont généralement un caractère de tradition et leur utilité est très variable.

Transportés hors de leur lieu d’origine, avec ou sans adaptation, il arrive qu’ils n’aient plus de raison d’être ou soient contradictoires. Relatifs aux fêtes mobiles, antérieurs à la Réforme du calendrier, ils peuvent ne plus correspondre à la date à laquelle ils étaient sensés se rapporter. Ils n’en gardent pas moins leur popularité tel celui de sainte Luce. Fantaisistes, ils se vérifient parfois par le simple jeu du hasard mais ne résistent pas à une étude statistique de leur validité. Difficilement contrôlables par le public qui est, par conséquent, incapable de les critiquer, ils subsistent parce que, au départ, leur présentation a été bonne. Beaucoup d’erreurs se mêlent ainsi à des constatations confirmées par une longue pratique. Le merveilleux, les croyances, les superstitions ou les légendes accompagnent des vérités. Leur ensemble constitue la richesse des traditions populaires nombreuses et variées, relatives au temps.
Cet héritage, transmis depuis des générations, représente une source de renseignements d’un grand intérêt ethnologique, scientifique et poétique. »


En outre, comme mentionné ci-dessus, la plupart des dictons liés au calendrier et aux saints ne correspondent plus aux dates actuelles :

« Le dicton est facile à placer, en toutes saisons. Attentif aux variations climatiques, il s’adresse, en première instance, au paysan. Grâce à ce genre de formulette, on évite de parler de soi ou de poser des questions.

Lié au calendrier, il fonctionne en dehors de lui. Voici pourquoi : la plupart des dictions sont nés avant la réforme du calendrier en 1582. Le calendrier julien, celui de Jules César, entré en vigueur au commencement de l’an 45 avant Jésus-Christ, établi sur les conseils de l’astronome grec Sosigène d’Alexandrie, a été réformé par le 226e pape, Grégoire XIII. C’est pourquoi le calendrier s’appelle désormais le « calendrier grégorien ». Ce remaniement, confié au père jésuite Christophorus Clavius, avait pour but de faire disparaître un décalage accumulé depuis des siècles. Pour être précis : l’année solaire se compose de 365 jours et six heures moins onze minutes. Sous Jules César, pour établir le calendrier, on négligea de tenir compte de ces onze minutes qui, s’accumulant d’année en année, formèrent dix jours à la fin du XVIe siècle. Au mois d’octobre 1582, l’on passa du 5 au 15 de ce mois, de sorte que l’année 1582 n’eut que 355 jours et fut surnommée « la petite année ».
C’est ainsi que la majeure partie des dictons est, sinon tout à fait fausse, du moins décalée. On ne s’étonne pas d’un rafraîchissement sensible de la température du 11 au 13 mai : « C’est les saints de glace ! », ni d’un étonnant redoux aux environs du 11 novembre : « C’est l’été de la Saint-Martin ! ». Pourtant, ces fêtes sont décalées de dix jours. Mais telle est la force du langage : il est capable de l’emporter sur le réel.
Les dictons attachés à un saint ont également survécu à une autre réforme : en 1666, c’est le retranchement des fêtes, à l’instigation du ministre Colbert, bien décidé à remettre la France au travail… Déjà ! […]

Bien plus qu’un pouvoir prévisionnel, le dicton a […] une vertu hypnotique. Il est vain de se crisper sur la vérification de l’information donnée par lui comme le fait Jean-Philippe Chassany, ingénieur des Travaux météorologiques, dans son Dictionnaire de météorologie populaire. Ce qui compte, pour le dicton, c’est structurer, pour chaque individu, les données les plus élémentaires de la sensibilité : le temps et l’espace. En dernière instance, il a vertu d’ancrage. […]
Il prévoit le temps, conseille sur les semailles et les moissons, la vigne et la vendange, l’hygiène alimentaire et la santé.
Né aux environs de l’an mille […] avec ses « pronostications » et les indications du « temps présumable », diffusé par la tradition orale, puis par les almanachs, battu en brèche au XVIIIe (le siècle des Lumières a tendance à ne pas s’en laisser conter), il est recueilli par les folkloristes au XIXe siècle. Parce qu’ils le sentent en perte de vitesse, Pierre Saintyves, Paul Sébillot, Arnold Van Gennep se sont employés à préserver ce patrimoine linguistique avec une patience à la fois de compilateurs et d’enquêteurs. Ils ont sauvé de l’oubli ce qui pouvait l’être encore, la société rurale étant alors majoritaire. Jusqu’en 1880, la France est en effet paysanne à quatre-vingts pour cent.
Les premiers almanachs datent du XVe siècle. Ils donnent, avec la division du temps, des avertissements météorologiques, des récits de la vie des saints, des recettes médicales. »
Source : Le Bouquin des dictons, Agnès Pierron


La valeur du dicton ne serait donc pas à chercher dans sa véracité scientifique éventuelle mais dans le rapport à la nature qu’elle traduit, à des époques où la vie est rythmée et organisée par le travail de la terre :

« La nature est un pullulement d’arborescences en tous sens, la vie une exubérance d’images, de sons, de parfums et de goûts, la société un foisonnement de démarches désordonnées. Cette richesse pénètre dans la terre, dans les corps, dans les esprits. Elle se fixe par bribes dans des formules toutes faites burinées par le temps, les dictons.

L’histoire des hommes les reprend pour les expliquer, les discuter, les contester ou les approuver. Mais elle ne leur donne pas une véritable importance. Ce sont des monuments certes, mais sans date, sans auteur, souvent même sans implantation bien définie. Pourtant ils restent, en tout état de cause comme une sédimentation de ce qu’a été et de ce qu’est encore la vie de tous les jours.

On y trouvera aussi bien une vérité immuable qu’une superstition dépassée, parce qu’ils s’inscrivent dans une longue histoire, celle des efforts de l’homme pour s’accorder à la nature, celle aussi de la vie jaillissante, turbulente et… organisée. Car la vie est organisée : il n’y a pas d’effet sans cause. Le vent précède la tempête, le soleil fait mûrir les fruits, l’eau favorise la fertilité. C’est toute une connaissance du monde, tout un apprentissage de la terre qui y sont concentrés.

Parfois les formules demeurent, quand leurs supports ont changé : la plupart s’appuient sur les saints du calendrier. Il y a souvent, d’ailleurs, plusieurs saints du même nom et l’on ne sait pas toujours auquel d’entre eux on fait référence : la date des fêtes a pu varier au cours de l’Histoire et elle peut être différente d’une région à l’autre. […]

Aussi ne faut-il pas toujours prendre le dicton au pied de la lettre. On doit découvrir sa vérité au-delà de la formule, aussi expressive soit-elle. Il annonce le temps, trahit l’attitude des plantes et des animaux et oriente les pratiques quotidiennes. Il est dans la vie, même si ce n’est pas toujours celle d’aujourd’hui. Il est vrai au-delà du présent.

Son origine est le plus souvent rurale : il en a la simplicité, la naïveté, la solidité, l’efficacité et l’assurance. Il en évoque l’expérience et en enlumine les aspects les plus naturels et les plus spontanés. […]

Leurs prédictions sur le temps et les travaux des champs incarnent l’attente anxieuse, anticipe l’heureuse surprise, exhale une certaine qualité de vie naturelle. On est devant eux comme devant l’arbuste récemment planté : chaque jour, on va le voir, cet arbuste – on se le répète, le dicton ; chaque jour, on attend un signe de vie, de l’arbuste – un signe de vérité, du dicton ; puis viennent les premiers bourgeons de l’arbuste – les premières évidences du dicton, et on se trouve d’un seul coup rattaché à toute l’aventure universelle de la vie (et du dire) avec ses aléas et ses assurances, ses échecs et ses succès. »
Source : Dictionnaire des dictons des terroirs de France (préface de Fernand Comte)


Bonne journée.
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