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Préface de traduction

par Kowha, le 08/02/2018 à 14:07 - 1456 visites

Bonjour,
Parfois on trouve dans certains livres de fiction une préface écrite par le traducteur. Que doit contenir une préface du traducteur et y-a-t-il des règles et des usages à suivre pour en écrire une ?
Merci d'avance.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 09/02/2018 à 17:36

Bonjour,

" Toute traduction n’est pas accompagnée d’une préface de son traducteur. Motivée par la difficulté particulière de l’œuvre, construite contre une précédente traduction, ou traité qui dépasse la contingence de l’œuvre traduite, elle apparaît comme un acte symbolique qui témoigne des diverses fonctions du traducteur. […]
Textes précieux, ces préfaces inscrivent la traduction dans une perspective historique, notamment lorsqu’elles sont liées à un projet global de retraductions […]
Les préfaces de traductions sont traversées de thématiques invariantes – modulées sur des projets par ailleurs différents – qui peuvent être ramenées à quelques dominantes : le vieillissement des traductions, la critique des traductions précédentes, le changement de titre, les intraduisibles, les négociations avec le texte, les choix fondamentaux qui engagent une relecture de l’œuvre. Les préfaces des traducteurs sont des « chambres » (B. Cournut), des « laboratoires » (A. Berman) où l’on fait advenir, par l’alchimie de mystérieuses formules, des formes nouvelles et provisoires. "
source : Introduction à l'analyse des oeuvres traduites / Danielle Risterucci-Roudnicky empruntable à la Bibliothèque municipale de Lyon.

Voici un aperçu de la préface de traducteur au XVIIIe siècle :

" Présenter l’œuvre d’un autre, étranger de surcroît, n’est pas anodin au XVIIIe siècle. Les traducteurs sont généralement anglophiles, bien que certains se contentent de profiter de l’engouement des lecteurs français, mais également conservateurs en matière de littérature et fiers de leur propre culture. Ils sont donc confrontés à un dilemme sans doute supérieur à celui des auteurs de préfaces allographes car ils doivent faire l’éloge du roman qu’ils présentent, même s’ils ne sont pas totalement convaincus de ses qualités, en courant le risque, comme les traducteurs d’auteurs anciens, d’être trop enthousiastes. Ils doivent donc être critiques tout en se sachant objets de critique pour leur choix et la qualité de leur traduction. En d’autres termes, étant juges et parties les traducteurs peuvent-ils être objectifs ? Quels sont leurs critères d’appréciation ? Se satisfont-ils de ce rôle subalterne ? La plupart utilisent, ou du moins connaissent, la topique préfacielle habituelle, à laquelle s’ajoutent des références à la vogue des romans anglais qui leur servent d’introduction et d’excuse, surtout lorsqu’il s’agit d’œuvres mineures, ainsi que la présentation de la traduction elle-même : méthode et différences éventuelles entre original et traduction.
[...]
Se présentant comme lecteurs éclairés de romans étrangers dont ils détiennent les clefs, les traducteurs annoncent, préviennent, invitent à la lecture et font partager leur expérience. Mais curieusement la plupart éprouvent également le besoin de défendre le genre romanesque et de prendre position dans le conflit qui oppose le « bon goût français » et la « manière anglaise ». [...]
D’autres stratégies protectrices consistent à mentionner le succès obtenu par l’original. [...]
Dans la majorité des cas cependant, la préface est avant tout un récit de lecture : le traducteur évoque ses réactions [...]
Mais dans la plupart des préfaces les remarques stylistiques n’interviennent que pour justifier la traduction pour laquelle les traducteurs sont beaucoup moins critiques. [...]
Les partisans de la traduction libre annoncent fièrement leurs modifications, à juste titre, du moins de leur point de vue, puisque cette prise de pouvoir sur le texte les élève au rang d’écrivains. [...]
Une traduction plus littérale est justifiée par le désir de faire connaître non seulement la littérature mais la langue étrangère elle-même. Il ne s’agit pas de guerre ouverte par le biais des préfaces, mais les partisans et adversaires des différentes méthodes de traduction semblent se répondre. [...]
La préface est aussi le lieu où le traducteur, après s’être présenté comme critique littéraire et moral, c’est-à-dire après avoir justifié sa place dans la société dans un rôle convenu, peut enfin parler en son nom propre et développer une écriture personnelle, même si Prévost affirme que celle de Grandisson lui a permis un « caprice d’artiste », c’est-à-dire de changer de registre. Curieusement, les traducteurs qui se plaignent le plus du rôle ingrat qu’ils viennent de jouer ont généralement traduit librement et même réécrit certains passages. [...]
La topique préfacielle, notamment le sujet même du roman traduit ou les motivations du traducteur, offre également une tribune où développer ses propres idées politiques, morales, philosophiques ou littéraires. Quelques préfaces se transforment ainsi en traités sur le cœur humain, sur le bonheur individuel ou social, en cours de philosophie sur la perfectibilité et en pamphlet féministe dénonçant l’éducation donnée aux filles. [...]
Sur le plan littéraire, Desfontaines et La Montagne illustrent l’utilisation des préfaces pour donner leur avis sur les auteurs et romans français contemporains. [...]
Père adoptif d’un roman anglais, si l’on conserve la métaphore de la paternité d’un ouvrage, le traducteur endosse plusieurs costumes. Il est à la fois découvreur d’œuvres nouvelles, avocat d’une autre littérature et d’une autre civilisation dans la mesure où un roman reflète les mœurs de son pays d’origine, acclimateur parfois. Si le titre de « passeur » n’est pas totalement approprié du fait qu’il reste sur sa propre « rive », c’est-à-dire qu’il ne fait jamais table rase de sa culture d’origine, on peut lui reconnaître celui d’ambassadeur d’une littérature qu’il connaît mieux que ses lecteurs, du moins ses généralisations sur les romanciers anglais le laissent entendre. Mais l’objectivité n’est qu’une impression, voire une illusion, qu’il donne par un mouvement de balancier entre éloges et critiques, entre dénigrement de l’original et auto-satisfaction ou l’inverse. L’évolution à laquelle on aurait pu s’attendre au fil de l’« invasion » des romans anglais en France, qu’il s’agisse de la sensibilité des traducteurs et de leurs lecteurs, de la topique ou des théories de la traduction, n’est pas continue. Même si on note parfois une plus grande tolérance, elle dépend davantage de la personnalité des traducteurs. Le chauvinisme est latent. Même s’il s’affirme moins ouvertement sur le plan esthétique, il continue d’être attisé par les rivalités politiques et littéraires. "
source : L'art de la préface au siècle des Lumières / GALLERON, Ioana. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2007

Pour aller plus loin :
- Recueil de préfaces de traducteurs de romans anglais : 1721-1828 que vous pourrez consulter partiellement sur Google livres. En voici également une présentation : Préfaces de traducteurs
- Théories en marge de la pratique : l'art de la préface chez les traducteurs français de poésie au XIXe siècle / Christine Lombez in L'art de la préface / publié sous la direction de Philippe Forest
- Portraits de traducteurs / Jean Delisle
- Profession : Traducteur / Daniel Gouadec

Vous pouvez aussi contacter les organisateurs de ce colloque : Quand les traducteurs prennent la parole

Bonne journée.
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