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poudrerie de saint fons

par denaud jc, le 07/02/2018 à 09:57 - 1646 visites

bonjour
je suis à la recherche de renseignements sur la poudrerie de saint fons (picard je crois) en effet mon grand père a été effectué là en tant qu'intrerprête français chinois car il y avait de très nombreux travail chinois dans cette usine. je cerche l'historique de cette usine à cette époque, les effectifs civils et militaires si possible, des photos etc
mon aïeul s'appelait Joseph Marie Emmanuel Denaud

merci de votre aide
jean-claude denaud

Réponse du Guichet du savoir

par bml_reg, le 09/02/2018 à 16:41

Réponse de la Documentation régionale

Dans Lyon 1914-1918 (Mémoire en images), p. 147 , Roland Racine fournit quelques informations sur l’usine Picard, devenue Poudrerie nationale pendant la Première Guerre mondiale. Il reproduit deux photographies qui sont également conservées dans les collections de la bibliothèque municipale de Lyon (voir plus bas).
« Dans son usine de colorants de Saint-Fons, la Maison Guignon, Picard et Jay produit de l’acide picrique depuis 1886. Reprise par Lucien Picard en 1892, elle devient filiale de la société allemande Anilin Fabrik en 1902. En 1914, elle est réquisitionnée par le Service des poudres pour la fabrication de la crésylite et de la mélinite, dérivés de l’acide picrique, matières explosives entrant dans la composition des charges d’obus. La production d’acide picrique est augmentée, passant de 0,5 tonnes à 23 tonnes par jour. »

Pour comprendre le contexte général de la transformation de l’usine Picard en poudrerie, vous pourriez lire l’article sur La fabrication des poudres et explosifs paru dans la revue Chimie et industrie vol 3, no 4, en 1920. En voici quelques extraits :
« Depuis la loi du 13 fructidor an V, la fabrication des poudres et matières explosives fait en France l’objet d’un monopole d’Etat et est confiée à un service spécial : le Service des Poudres. Ce service avait comme moyen d’action : ses connaissances des propriétés des poudres et des explosifs et de leur mode de fabrication, ses installations matérielles : poudreries et laboratoires ; ses ressources en personnel spécialisé : cadres et ouvriers. (…) »
En 1914, le Service des Poudres disposait de 10 poudreries, insuffisantes pour répondre aux besoins de la guerre. On opère donc des agrandissements, des créations et des réquisitions.
« Pour l’acide picrique ou mélinique, on développa d’abord Vonges, Saint-Chamas et Le Bouchet. On réquisitionna l’usine Picard de l’Aktien Gesellschaft à Saint-Fons et l’usine de Neuville-sur-Saône de la Badische Anilin. L’appoint important fourni par ces deux petites usines allemandes de colorants a montré tout l’intérêt que présenterait pour la défense nationale la création en France d’importantes usines de matières colorantes. ».
L’article, qui s’intéresse surtout aux procédés de fabrication et à la production globale, mentionne à peine la main d’œuvre de ces usines : « une autre sorte de difficulté fut l’obligation d’assurer le logement de milliers d’ouvriers. On en eut jusqu’à 120.000 au lieu des 6.000 du début. On construisit d’immenses baraquements et on eut côte à côte des camps de mobilisés, d’Annamites, de Chinois, de Malgaches et d’ouvrières. »
L'article comporte deux photographies des installations de production de mélinite de la poudrerie de Saint-Fons, p. 530-531, et la vue d’un atelier de fabrication du dinitrophénol), de qualité médiocre.

Le volume 132 (nov-déc 1920) du Bulletin de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, consacré à l’industrie chimique française pendant la guerre, nous renseigne plus précisément sur la production de l’usine Picard à cette période : ,
« L’usine L. Picard, consacrée à la fabrication de matières colorantes, et où s’était créée et maintenue la production d‘acide picrique, avait été mise sous séquestre. Elle fut réquisitionnée, mise en exploitation directe sous l’autorité d’un ingénieur du Service des poudres et transformée ainsi en une poudrerie temporaire. Ce nouvel établissement étendit son action sur quelques installations voisines, qui ont fonctionné comme annexes (Usines Roche, Neuville sur Saône, appartenant à la Badishe, et détruite par une explosion en 1917, Le Pouzin déjà cité, usine Coutagne et usine Brante à Saint-Fons, usine Planche et usine Frantz à Vénissieux). La Poudrerie de Saint-Fons a constitué ainsi, avec ses annexes, un centre important qui s’est développé peu à peu : elle a fabriqué plus spécialement, : l’acide picrique, le trinitrocrésol, la tolite, les dérivés nitrés de la naphtaline, l’aniline, la diphényl-amine, stabilisant de la poudre B. On y a également effectué la préparation du dinitrophénol par saponification du chlorodinitrobenzène élaboré par l’industrie privée ou provenant des importations américaines. Enfin, on y a préparé les mélanges fondus et la mélinite paraffinée. Cette poudrerie et ses annexes ont été déclassées au début de 1918, les fabrications qui y étaient effectuées ayant été transportées dans la nouvelle poudrerie de Saint-Fons installée à cet effet. »

On trouve en effet référence à une nouvelle poudrerie construite à Saint-Fons dans les années 1916-1917, comme dans cette session du Sénat de 1926, à propos des « usines destinées à augmenter la production des produits élémentaires entrant dans la fabrication des explosifs » :
« Ce furent : La poudrerie de Saint-Fons (Rhône) composée initialement de l'usine Picard appartenant à « l'Aktiengesellschaft fur Anilin-Fabrikation » (Mélinite) et de l'usine de Neuville-sur-Saône appartenant à la « Badische Anilin und Soda Fabrik» (Tolite), auxquelles furent substituées en 1916 un nouvel établissement édifié de toutes pièces (explosifs) ».

Dans un fichier pdf intitulé Le Rhône et la Grande Guerre dans les collections photographiques et cinématographiques de l’ECPAD (1915-1919) réalisé par l’ établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), on trouve ainsi une photographie intitulée « nouvelle poudrerie de Belle-Étoile. Le dortoir du cantonnement chinois », datée 21 décembre 1916 (Photographe Jacques Ridel, SPA W 388)

Edouard Herriot, dans Lyon pendant la guerre, s’intéresse au volume de production de matières explosives dans la région lyonnaise. Il écrit ainsi : « Quant à la fabrication des explosifs eux-mêmes, elle a été particulièrement intense (...) L’ancienne usine Picard à Saint-Fons faisait déjà en temps de paix de l’acide picrique ou mélinite, mais en faible quantité (500 kilogrammes par jour). Dès la déclaration de guerre, cette production a été étendue par des moyens de fortune et, en quelques mois, cette usine élevait sa production de 0,5 tonne à 23 tonnes par jour. Trois autres usines, d’importance modeste, contribuèrent à la production de la mélinite, sous l’impulsion du Service des poudres dont la direction générale s’était installée dans les usines Picard. L’ancienne poudrerie de Saint-Fons fut insensiblement transformée et les nouvelles poudreries de Saint-Fons et de Feyzin étaient arrivées à élever leur production de 1 à 200, et auraient pu atteindre 400 fois la production initiale si le besoin s’en était fait sentir. »

Dans Si Saint-Fons m’était conté, on en apprend un peu plus sur le rachat de l’ usine Picard par une société allemande en 1902 et sur le devenir des anciens bâtiments après 1918 (voir p. 93) :
« L’usine Picard, fabrique de colorants, avec sa façade ordonnée, très « manufacture », faisait suite à la « Colle ». Dans cette branche de la chimie, la concurrence étrangère, gênée par la loi douanière de 1881, s’efforçait de garder le marché français, en s’installant sur notre sol ou en absorbant nos usines. C’est ainsi que, le 15 juillet 1902, à la suite d’accords intervenus avec la maison Lucien Picard et Cie, la succursale française de l’Actien Gesellshaft für Anilin Fabrikation, de Berlin, devint acquéreur de l’usine de Saint-Fons. Au moment de la déclaration de guerre des austro-allemands, en 1914, cela vaudra bien des avatars à l’industriel Lucien Picard. Son usine sera placée sous séquestre, puis convertie en poudrerie nationale. Une partie des anciens bâtiments de l’usine Picard est occupée par les services de sécurité de Rhône-Poulenc et les labos et ateliers de conditionnement de SPECIA ont été implantés sur l’autre partie. »

Un article de Michel Laferrère paru dans la Revue de géographie de Lyon (1984-4), Histoire d’un site industriel : l’usine Rhône-Poulenc de Roussillon, apporte quelques précisions sur la vente de cette ancienne poudrerie :
« A l'extérieur, une occasion se présenta : la mise en vente de l'usine Picard, placée sous séquestre pendant la guerre. Cet établissement fut acheté en 1922 par les Usines du Rhône et l'on décida d'y installer les différents services de conditionnement, ce qui était logique puisque Saint-Fons fabriquait de plus en plus de produits finis. »

La nouvelle poudrerie de Saint-fons fait partie des poudreries qui seront réaffectées à d’autres usages après-guerre puis vendues à partir des années 1920, comme en témoigne la session du Sénat de 1926 déjà citée plus haut. On y lit (no 230, p. 17-18) que la poudrerie de Saint-Fons fait partie des établissements dont l’activité, au sortir de la guerre, fut « temporairement maintenue par une fabrication intensive de sulfate d’amoniaque pour les besoins de l’agriculture. » En 1926, c’est un des « établissements dont la désaffection a été décidée ou peut l’être et dont l’aliénation ou, à défaut, l’amodiation, est faite ou en cours » : « poudrerie de Saint-Fons : un projet de loi proposant son aliénation totale a été déposé sur le bureau de la Chambre une première fois le 31 mai 1921, une seconde fois le 26 juin 1924. »
Sur l’historique de son site d’implantation Saint-Fons Belle Etoile, Solvay fait figurer le rachat du site de la poudrerie « Belle-Etoile » par la Rhodiaceta en 1950 pour construire une usine de fabrication de Nylon.

La bibliothèque municipale de Lyon conserve dans ses collections photographiques neuf clichés de la poudrerie de Saint-Fons, qui sont numérisés et consultables sur Numelyo, dans l’album Photographies de la Grande Guerre :
Poudrerie de Saint-Fons. Lavage de la mélinite
Poudrerie de Saint-Fons. Atelier de fabrication de la mélinite
Poudrerie de Saint-Fons. Lavage de la mélinite
Poudrerie Picard à Saint-Fons, près de Lyon. Laboratoire d'essais d'explosifs.
Poudrerie Picard à Saint-Fons. Séchoir d'explosifs
Poudrerie Picard à Saint-Fons. Le lavage de la mélinite
Poudrerie Picard à Saint-Fons. Atelier de fabrication de la mélinite (bâtiment roumain)
Poudrerie Picard à Saint-Fons. L'essorage de la mélinite
Poudrerie Picard à Saint-Fons. Le lavage de la mélinite


Vous vous conseillons de contacter également l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) cité plus haut, et qui possède très certainement d’autres photographies des poudreries (ancienne et nouvelle) qui pourraient vous intéresser.

Pour obtenir des données plus précises sur le personnel employé, les effectifs et les conditions de travail, il faudra vous orienter vers des fonds d’archive.
Vous trouverez aux Archives départementales du Rhône, dans l’ensemble consacré aux syndicats créés entre 1913 et 1918 (10M282), des documents sur le Personnel ouvrier et employé de la poudrerie nationale de Saint-Fons et des usines Picard, Roche et la Gravière réunies (1918-1920) (rechercher poudrerie dans «Toutes les archives »)

La poudrerie nationale était sous la responsabilité du Service des poudres, dépendant directement du Ministère de la guerre. Vous devriez donc trouver des informations sur les effectifs de la poudrerie dans les archives du ministère. Vous pourriez le Service historique de la Défense, et plus particulièrement le Centre des archives de l’Armement et du personnel civil (CAAPC) à Châtellerault : dmpa-shd-caapc.recherches.fct@intradef.gouv.fr

En vous souhaitant une bonne continuation dans vos recherches !
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