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philo

par THOT, le 30/11/2017 à 16:30 - 908 visites

Bonjour,
comment l'humilité peut-elle aider à l'évolution du moi?
Merci

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 02/12/2017 à 12:55

Bonjour,

Faut-il vous rappeler que nous n’effectuons pas de travaux de type « scolaire », ainsi qu’il est indiqué dans notre charte ?
Voici néanmoins quelques pistes de réflexion pour vous aider à étoffer votre réflexion.

La notion « d’humilité » se trouve au cœur des travaux de nombreux philosophes, anciens comme modernes.

Dans son Petit traité des grandes vertus, André Comte-Sponville aborde cette notion de façon très didactique en s’appuyant sur des philosophes tels que Montaigne, Pascal, Spinoza, Kant, Nietzsche, Jankélévitch… p187 à 198

Vous pouvez le lire en ligne sur textes_philo.

En voici un extrait, nous vous conseillons d’en poursuivre la lecture dans son intégralité :
L’humilité est une vertu humble : elle doute même d’être une vertu ! Qui se vanterait de la sienne montrerait simplement qu’il en manque.
Cela toutefois ne prouve rien : d’aucune vertu l’on ne doit se vanter, ni même être fier, et c’est ce qu’enseigne l’humilité. Elle rend les vertus discrètes, comme inaperçues d’elles-mêmes, presque déniées. Inconscience ? C’est plutôt une conscience extrême des limites de toute vertu, et de soi. Cette discrétion est la marque — elle-même discrète — d’une lucidité sans faille et d’une exigence sans faiblesses. L’humilité n’est pas le mépris de soi, ou c’est un mépris sans méprise.
Elle n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance, ou reconnaissance, de tout ce qu’on n’est pas. C’est sa limite, puisqu’elle porte sur un néant. Mais c’est en quoi aussi elle est humaine : « Tant sage qu’il voudra, mais enfin c’est un homme : qu’est-il plus caduc, plus misérable et plus de néant ? »
Sagesse de Montaigne : sagesse de l’humilité. Il est absurde de vouloir dépasser l’homme, ce qu’on ne peut, ce qu’on ne doit. L’humilité est vertu lucide, toujours insatisfaite d’elle-même, mais qui le serait plus encore de ne pas l’être. C’est la vertu de l’homme qui sait n’être pas Dieu.
Ainsi est-elle la vertu des saints, quand les sages, hors Montaigne, semblent parfois en être dépourvus. Pascal n’a pas tout à fait tort, qui critique la superbe des philosophes. C’est que certains ont pris au sérieux leur divinité, de quoi les saints ne sont pas dupes.
« Divin, moi ? »
Il faudrait ignorer Dieu, ou s’ignorer soi.
L’humilité refuse au moins la seconde de ces deux ignorances, et c’est en quoi d’abord elle est une vertu : elle relève de l’amour de la vérité, et s’y soumet. Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi.
C’est en quoi aussi toute pensée digne de ce nom suppose l’humilité : la pensée humble, c’est-à-dire la pensée, s’oppose en cela à la vanité, qui ne pense pas mais qui se croit. On dira que cette humilité ne dure guère... Mais la pensée non plus. De là les orgueilleux systèmes.
L’humilité, elle, penserait plutôt sans se croire : elle doute de tout et, spécialement, d’elle-même. Humaine, trop humaine... Qui sait si elle n’est pas le masque d’un très subtil orgueil ?
Mais essayons d’abord de la définir.
« L’humilité, écrit Spinoza, est une tristesse née de ce que l’homme considère son impuissance ou sa faiblesse. »
Cette humilité-là est moins une vertu qu’un état : c’est un affect, dit Spinoza, autrement dit un état d’âme. Quiconque imagine sa propre impuissance, son âme « est attristée par cela même ». C’est notre expérience à tous, et il serait abusif d’en faire une force. Or la vertu, pour Spinoza, n’est rien d’autre : vertu c’est force d’âme, et joyeuse toujours ! L’humilité n’est donc pas une vertu , et le sage n’en a que faire…


Voir aussi ce cours de philosophie :
Enfin, l’ensemble de la philosophie de Montaigne est une invitation à l’humilité. Son relativisme même exprime cette humilité : nous ne connaissons rien. Il reprend le message de Socrate : commençons par prendre conscience de notre ignorance. Il adopte une morale du juste milieu qui rappelle celle d’Aristote.
Et l’opinion qui desdaigne notre vie, elle est ridicule : Car en fin c’est nostre estre, c’est nostre tout. Les choses qui ont un estre plus noble et plus riche, peuvent accuser le nostre : mais c’est contre nature, que nous nous mesprisons et mettons nous mesmes à nonchaloir ; c’est une maladie particuliere, et qui ne se voit en aucune autre creature, de se hayr et desdaigner. C’est de pareille vanité, que nous desirons estre autre chose, que ce que nous sommes. Le fruict d’un tel desir ne nous touche pas, d’autant qu’il se contredit et s’empesche en soy : celuy qui desire d’estre faict d’un homme ange, il ne faict rien pour luy : Il n’en vaudroit de rien mieux, car n’estant plus, qui se resjouyra et ressentira de cet amendement pour luy ? (II, 3)
Le peuple se trompe : on va bien plus facilement par les bouts, où l’extremité sert de borne, d’arrest et de guide, que par la voye du milieu large et ouverte, et selon l’art, que selon nature ; mais bien moins noblement aussi, et moins recommendablement. La grandeur de l’ame n’est pas tant, tirer à mont, et tirer avant, comme sçavoir se ranger et circonscrire. Elle tient pour grand, tout ce qui est assez. Et montre sa hauteur, à aimer mieux les choses moyennes, que les eminentes. Il n’est rien si beau et legitime, que de faire bien l’homme et deuëment. Ny science si arduë que de bien sçavoir vivre cette vie. Et de nos maladies la plus sauvage, c’est mespriser nostre estre. (III, 13)
Montaigne termine ses Essais par ces mots :
C’est une absoluë perfection, et comme divine, de sçavoir jouyr loyallement de son estre : Nous cherchons d’autres conditions, pour n’entendre l’usage des nostres : et sortons hors de nous, pour ne sçavoir quel il y faict. Si avons nous beau monter sur des eschasses, car sur des eschasses encores faut-il marcher de nos jambes. Et au plus eslevé throne du monde, si ne sommes nous assis, que sus nostre cul.
Les plus belles vies, sont à mon gré celles, qui se rangent au modelle commun et humain avec ordre : mais sans miracle, sans extravagance. Or la vieillesse a un peu besoin d’estre traictee plus tendrement, Recommandons lá à ce Dieu, protecteur de santé et de sagesse : mais gaye et sociale. (III, 13)


Cette injonction de Socrate, « connais toi toi-même »
La conscience de son ignorance.
"Connais toi toi même" signifie aussi s'interroger sur son savoir. Se connaître est prendre conscience de soi et par là de son ignorance. Socrate déclarait "Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien". Il ne niait pas l'existence de la vérité. La vérité existe même s'il ne la connaît pas ; il vaut mieux une ignorance qui se connaît qu'une ignorance qui s'ignore. La Pythie aurait déclaré : "est le plus savant celui qui, comme Socrate, sait que son savoir est en fin de compte nul". Socrate découvrit qu'il avait au moins une science, celle de son ignorance. Il vénérait les dieux tout en avouant son ignorance à leur égard. Cet aphorisme, loin de prouver son scepticisme, témoigne de son désir de vérité. Platon appellera "double ignorance" le fait de ne pas savoir et de vivre dans I'illusion de son savoir, c'est –à-dire ne pas avoir conscience de son ignorance, La "double
ignorance" est grave, malfaisante, si elle est le fait de personnes importantes. "Non seulement tu ignores le les choses les plus importantes, mais tu crois les savoir" disait, d'après Platon, Socrate à Alcibiade.

L’humilité selon Nietzsche
cet article, d’un professeur de philosophie en retraite.

Bonnes lectures
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