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Accueil > le chat moqueur ?

le chat moqueur ?

par jef26, le 15/10/2017 à 21:42 - 1879 visites

Bonjour,

Il me semble que mon chat se vexe quand je moque de lui (suite à une situation qu'il pourrait juger comme humiliante - eg, lorsqu'il se ratatine lamentablement lors d'un saut atletique).
Si c'est bien le cas et j'en suis persuadé, cela veut il dire qu'il est capable de la même ironie ?

Bonne journée,
Jean-Francois.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 17/10/2017 à 15:47

Bonjour,

Quand on interprète un comportement animal, on court toujours le risque de tomber dans l’anthropomorphisme. Si un chat rate son saut, ressent-il de l’humiliation sous le regard d’un spectateur, et a fortiori de son maître ? Tous les propriétaires de chat « savent » que nos compagnons félins sont facilement offensés, et même si on peut observer dans la nature des réactions animales qu’on serait tenté d’assimiler à de la gêne dans des situations similaires, on n’en a pas, pour l’instant, de preuve concrète :

« Un singe peut-il rougir ?

Est-ce qu’il arrive aux animaux de se sentir gênés ? Cette question peut paraître stupide, mais la capacité à éprouver de la gêne pourrait bien être la marque d’un être sensible et conscient de lui-même. Pour celui qui n’a pas le sentiment de sa propre identité, le regard d’autrui n’a aucune importance.
L’embarras est difficile à observer car c’est un sentiment que l’on cherche à cacher, par définition. Toutefois, Jane Goodall croit avoir vu chez les chimpanzés quelque chose qui ressemble à de l’embarras. Fifi était le nom d’une femelle chimpanzé que Jane connaissait depuis plus de quarante ans […]. Lorsque Freud, l’aîné de Fifi, avait cinq ans et demi, son oncle, Figan, était le mâle dominant de leur communauté. Freud le suivait partout et en avait fait son idole. Un jour où Fifi toilettait Figan, Freud a grimpé sur le tronc d’un balisier des Caraïbes. Arrivé tout en haut, il se mit à se balancer frénétiquement dans les feuilles. Il faisait son numéro, comme on pourrait dire d’un petit d’homme. Mais soudain le tronc se brisa et Freud tomba dans les hautes herbes. Il n’avait rien de cassé. Il avait atterri tout près de Jane et quand sa tête émergea de l’herbe, elle le vit jeter un coup d’œil en direction de Figan – avait-il remarqué quelque chose ? En tout cas, il n’y prêtait aucune attention et continuait sa toilette. Freud grimpa discrètement à un autre arbre et entama son repas.
Marc Hauser, psychologue à Harvard, observa un jour chez un macaque rhésus un sentiment qui ressemblait à de l’embarras. Alors qu’il se pavanait après avoir copulé avec une femelle, un mâle tomba dans un fossé. Il se releva et regarda rapidement autour de lui. Après s’être assuré qu’aucun autre singe n’avait remarqué sa chute, il partit d’un pas énergique, bien droit, la tête et la queue haute, comme si de rien n’était.
Deux anecdotes – aussi étonnantes soient-elles – ne prouvent rien, naturellement. Une fois de plus, pour approfondir nos connaissances sur la nature subjective de l’embarras, nous avons besoin de recherches comparatives en neurobiologie, en endocrinologie et en éthologie. Si l’étude des corrélations neurales et hormonales de l’embarras permet de constater l’existence de schémas similaires chez les humains et les animaux (comme cela a été fait pour la joie), nous serons en mesure d’affirmer à bon droit que les animaux peuvent éprouver de la gêne. C’est une éventualité que soulèvent ces anecdotes et nous n’avons aucune preuve du contraire. »
Source : Les émotions des animaux, Marc Bekoff


Il est encore plus difficile de déterminer si votre chat est sensible à vos moqueries… Est-ce la chute en elle-même qui le blesse dans son amour propre (si blessure il y a), ou votre rire ? On peut du moins supposer que certains animaux ont le sens de l’humour :

« Découvrir les substances neurochimiques responsables des sentiments de joie et de contentement est une chose ; mais distinguer et identifier clairement des pensées et des émotions plus subtiles, plus réfléchies, en est une autre. Si les animaux savent rire, sont-ils capables de faire des farces ? C’est un fait avéré par beaucoup de propriétaires d’animaux domestiques. Ils savent d’expérience que les animaux ont le sens de l’humour. Les fermiers ont appris à se méfier de leurs ânes. Mon dernier compagnon canin, Jethro, aimait à courir partout en tenant dans la gueule un lapin en peluche, son jouet préféré. Il le saisissait au vol, bondissait çà et là et se retournait pour voir si on le regardait. Dans ce cas là, il continuait à jouer avec frénésie. Nous ne manquions jamais de rire, mes amis et moi, et c’était manifestement l’effet que Jethro recherchait. […]

Jill Robinson – la fondatrice d’Animal Asia […] m’a relaté d’autres histoires sur les ours qu’elle a sauvés :

« Les ours noirs se liguent souvent contre l’un des leurs. Nous avons un groupe de femelles que nous appelons affectueusement les « tricoteuses », parce qu’elles nous font penser aux vieilles dames qui n’ont rien de mieux à faire que cancaner toute la journée. Elles se réunissent pour mettre en garde un congénère qui s’approcherait trop de leur petit cercle. Pour une espèce qui passe pour être naturellement solitaire, ce genre de relations amicales est extraordinaire. Il arrive souvent qu’un ours attende qu’un autre soit distrait pour lui subtiliser des jouets ou de la nourriture ; exactement comme un enfant attend le bon moment pour voler son frère ou sa sœur. Leur sens de la plaisanterie et de l’espièglerie triomphe de tout sauf de la souffrance et du stress. »

[…] Le célèbre réalisateur et écrivain Michael Tobias m’a parlé du grand ara rouge dont il s’occupe avec sa femme Jane depuis des dizaines d’années. […]Il semble […] être doué d’un sens de l’humour et de la plaisanterie communicatif.
L’ara ricane, glousse et rit à gorge déployée ; il taquine quiconque l’approche, crie de joie en courant partout dans la maison, grimpe aux arbres et en descend d’un bond […]. Michael a étudié le rire chez plusieurs espèces de perroquets […] les perroquets, selon lui, pourraient bien être au nombre des plus beaux esprits de cette planète. Ils ne se contentent pas de rire ; ils le font à bon escient. Si l’ara lance un petit frisbee à Michael avec son énorme bec et que celui-ci le manque ou le reçoit en pleine figure, l’ara jubile et se roule presque par terre. »
Source : Les émotions des animaux, Marc Bekoff


Il est en tout cas indéniable que les animaux éprouvent des émotions. Et toujours d’après Marc Bekoff, nul n’est mieux placé que vous, qui le connaissez bien et l'observez attentivement, pour interpréter les émotions de votre chat… Vous avez donc probablement raison :) :

« Les animaux ressentent un large éventail d’émotions, dont les six émotions universelles de Darwin : la colère, le contentement, la tristesse, le dégoût, la peur et la surprise. Si certaines sont plus visibles que d’autres, c’est probablement dû à la subtilité de certains sentiments plutôt qu’à l’expressivité des animaux. Car lorsqu’ils sont contents, ils éprouvent vraiment du Contentement (avec un grand « C ») et lorsqu’ils sont tristes, ils ressentent de la Peine (avec un grand « P »). En effet, quand on y prend garde, les animaux font preuve d’une présence attentive, ils manifestent des émotions à l’état brut et un réel appétit de vivre. […]
Ceci dit, il ne faut pas perdre de vue que toutes les espèces n’expriment pas leurs émotions de la même façon ; leurs émotions elles-mêmes sont peut-être différentes. Cette expression varie aussi chez les individus d’une même espèce : tous les chiens, ou tous les chimpanzés, ne ressentent pas et n’expriment pas de manière identique la joie, la peine ou la jalousie. Les recherches de Sam Gosling et de ses collègues ont montré que chaque individu possède une « personnalité » propre, comme les humains. Les animaux peuvent être courageux, timides, joueurs, agressifs, sociables, curieux, équilibrés ou sympathiques ; ils peuvent être extravertis, introvertis, dominants ou soumis. […]
On reconnaît avec une facilité surprenante les émotions basiques ou primaires. Il suffit de regarder les animaux, d’écouter et de sentir. Leur visage, leurs yeux et leur maintien nous permettent de tirer des conclusions solides sur ce qu’ils ressentent. Les modifications conjointes ou isolées survenant dans l’attitude musculaire,, la posture, le pas, l’expression du visage, la taille des yeux, le regard, les vocalisations et les odeurs (phéromones) sont des signes de réponses émotionnelles à certaines situations. Il n’est pas nécessaire d’être pleinement conscient de ces aspects ; la simple observation suffit souvent à saisir intuitivement la bonne émotion. »


Pour aller plus loin :

- Que pense un chat ?
- Les animaux croient-ils en Dieu ?

- L'animal est-il un philosophe ? poussins kantiens et bonobos aristotéliciens, Yves Christen
- L'âge de l'empathie : leçons de la nature pour une société solidaire, Frans de Waal


Bonne journée.
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