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influences et opinions de prosper mérimée

par Tyru, le 08/10/2017 à 18:23 - 1137 visites

J'aimerais savoir quelles sont les personnes que Mérimée a fréquenté et quelles ont été leurs influences sur ses opinions politiques. Je me demandais aussi quelle était sa position par rapport à l’esclavage que je n'ai pas bien compris dans la nouvelle "Tamango" notamment.
Merci beaucoup pour vos connaissances.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_litt, le 12/10/2017 à 11:14

Réponse du département Langues et Littératures :

Bonjour,

Prosper Mérimée (1803-1870) semble faire preuve, tout au long de sa vie, d’une certaine neutralité politique qui lui permet de passer à travers les différents régimes qui vont gouverner la France tout au long du XIXe siècle. Et ce en y trouvant son avantage :

« Après son incorporation dans la garde nationale, et grâce aux bouleversements politiques de 1830, Mérimée obtient une situation stable dans laquelle il se distingue rapidement. Il n’aimait ni Louis XVIII ni Charles X, et la fin de la Restauration lui a fait plaisir, mais il n’a pas de dilection particulière non plus pour Louis-Philippe. Il s’amuse à le surnommer « le King », pour ne pas avoir à employer le qualificatif de roi. Pourtant il a tort de faire le difficile : ses relations arrivent au pouvoir. Le duc de Broglie et le duc Decazes comptent parmi les éminences grises, et ils vont entrouvrir pour lui les portes de la haute Administration. Présenté en décembre 1830, au ministre de la Marine, le comte d’Argout […], il devient chef de bureau du Secrétariat général par un arrêté du 5 février 1831. La révolution de Juillet a chassé un pouvoir qu’il aurait refusé de servir, mais rien ne l’empêche de s’engager dans une carrière officielle sous cette monarchie libérale. » (Xavier Darcos, Mérimée, Flammarion, 1998, pp. 110-111).

En 1834 il sera nommé inspecteur général des monuments historiques. Mais c’est véritablement sous le Second Empire que sa carrière connaîtra son apogée.
Sous le règne de Napoléon III Mérimée est une figure appréciée de la cour impériale et un proche notamment de l’impératrice Eugénie. Il entretiendra d’ailleurs une correspondance régulière avec la mère de cette dernière, Mme de Montijo (voir Paul Léon, Mérimée et son temps). Il sera nommé sénateur en 1853, puis commandeur et grand officier de la légion d’honneur.

Les ouvrages que nous avons consultés ne s’étendent guère sur Tamango. Toutefois, dans la revue Europe de septembre 1975, le numéro 557 est consacré à Prosper Mérimée et comporte un article de Lucette Czyba, Traite et esclavage dans Tamango, qui revient sur l’œuvre qui nous occupe :

« Lorsqu’il publie Tamango dans la Revue de Paris le 4 octobre 1829, Mérimée reprend un thème d’actualité, la traite des noirs, question discutée avec passion dans les journaux et dans les salons. […] La littérature s’était emparée du thème de l’esclavage et du type du « nègre romantique ». Par ailleurs, dans le salon d’Etienne Delécluze, Mérimée rencontre les membres de la Société de la Morale chrétienne, […]. Dans ce milieu on se préoccupe de l’amélioration du sort des noirs ; en 1826, le baron de Staël rend compte à la Société d’une enquête qu’il a faite en 1825 à Nantes sur le trafic et les coutumes des négriers. En outre Mérimée a lu la brochure de Thomas Clarkson, le Cri des Africains contre les Européens, leurs oppresseurs, ou Coup d’œil sur le commerce homicide appelé traite des noirs. » (pp. 30-31)

Si Tamango se veut une condamnation de l’esclavage, plusieurs aspects développés dans le texte montrent la position ambigüe de Mérimée par rapport à la traite des noirs. Dans un premier temps il dénonce les négriers.
Ainsi : « Par un effet d’ironie facile, il appelle le capitaine négrier Ledoux et le brick destiné à la traite l’Espérance. L’ironie est plus subtile quand il s’agit de montrer le génie inventif du capitaine ; en même temps qu’il l’exalte, Mérimée le déconsidère, rappelant sur quoi il s’exerce et le but poursuivi par l’inventeur : « A son bord les menottes et les chaînes, dont les bâtiments négriers ont provision, étaient fabriquées d’après un système nouveau et soigneusement vernies pour les préserver de la rouille ». Il met en question « l’honneur » que Ledoux acquiert grâce à la construction de l’Espérance car il précise qu’il l’obtint « parmi les marchands d’esclaves ». Quand il paraît désireux d’adoucir le sort des esclaves transportés, seul le souci de maintenir intacte sa marchandise guide le capitaine. Mérimée le précise ironiquement : « Tour à tour un tiers de ces malheureux avait une heure pour faire sa provision d’air de toute la journée… ». […] L’ironie de Mérimée s’exerce également contre les conditions et la nature du marché conclu entre Ledoux et Tamango sur la côte africaine. Il dénonce tout d’abord les réflexes du négrier : mis en présence du noir, le capitaine Ledoux […] adopte immédiatement le point de vue du « connaisseur » qui évalue le prix de la marchandise : « Voilà un gaillard que je vendrais au moins mille écus, rendu sain et sans avaries à la Martinique. » Puis il montre comment Tamango, après de longues tractations aussi bruyantes qu’arrosées d’eau-de-vie, devient la dupe de Ledoux : « De mauvaises cotonnades, de la poudre, des pierres à feu, trois barriques d’eau-de-vie, cinquante fusils mal raccommodés furent donnés en échange de cent soixante esclaves. ». (pp.31-33)

La figure de Tamango n’est pas non plus exempte d’ambivalence :
« Mérimée exalte le rôle de Tamango dont le chant guerrier sert de prélude à la bataille […] » (page 33) mais son attitude dans la révolte sur le bateau tend à le déprécier : « […] quand le noir oppose une « résistance héroïque » aux deux matelots chargés de le garrotter, il pousse des « cris de rage » et s’agite « comme un sanglier pris dans les toiles » ; lors du combat singulier, Tamango échappe à Ledoux car il est « aussi agile que les panthères de son pays ». Enfin le moyen qu’il emploie pour venir à bout de son adversaire est celui des bêtes de proie sanguinaires : « … Tamango, étreignant son adversaire de toute sa force, le mordit à la gorge avec tant de violence que le sang jaillit comme sous la dent d’un lion ». Le racisme est latent dans tout ce bestiaire. La cruauté « naturelle » est en effet un aspect fondamental de la figure de Tamango. Il n’hésite pas à tirer sur une esclave, mère de trois enfants, que Ledoux refuse d’acheter ; au moment de la révolte, il laisse ses compagnons massacrer « impitoyablement » l’interprète qui « ne leur avait jamais fait de mal », qui avait bandé la blessure de Tamango et lui avait adressé « des paroles de consolation. ». Quand il l’emporte sur Ledoux « se relevant, la bouche sanglante… il perça de coups redoublés son ennemi déjà demi-mort ». (page 34).

Quant aux autres noirs présents sur le bateau, Mérimée en dresse un portrait très négatif : « Ils ont en effet les faiblesses de Tamango sans partager aucune de ses vertus. Comme lui ils sont d’une cruauté féroce : ils massacrent « impitoyablement » les matelots qui implorent leur pitié, les cadavres des blancs sont « déchiquetés », « coupés par morceaux » ; les sentiments d’humanité leur sont inconnus : ils laissent sans secours leurs propres blessés ; lorsque la chaloupe coule, les rameurs de l’autre canot « redoublent d’efforts, de peur d’avoir à recueillir d’autres naufragés ». (page 36)

Au final « La condamnation de la traite, explicite dans la description du transport des esclaves et dans celle du marché conclu sur la côte africaine, implicite dans l’évocation épique de la révolte de esclaves sur l’Espérance, n’est cependant pas sans ambiguïté : Tamango, vendeur d’hommes, se trouve compromis dans la traite et le capitaine blanc offre l’image séduisante de l’aventurier qui ose se mesurer à la marine anglaise, chargée de faire respecter l’interdiction du trafic négrier. La représentation du noir est plus ambigüe encore : courageux, mais d’une cruauté animale, rusé mais vindicatif, ignorant, ivrogne, souvent grotesque ; après avoir été le héros d’une épopée dantesque, Tamango meurt platement à l’hôpital d’une inflammation de poitrine. […] Les autres noirs forment un troupeau abruti, bornant ses possibilités d’action au massacre des blancs, dans un accès de violence aveugle […]. Malgré une apparente neutralité, le récit n’est pas innocent […] et révèle, pour le lecteur moderne, une attitude raciste : éternel sous-développé, le noir ne saurait assumer seul son destin, il paraît même invraisemblable qu’il puisse le faire un jour ; bien que justifiée par les conditions inhumaines de la traite, une révolte noire aboutit à une impasse ; il n’est donc pas question de mettre en cause le système esclavagiste, on peut au maximum essayer d’adoucir le sort des « malheureux » noirs. L’auteur de Tamango […] est loin de partager les opinions abolitionnistes de Victor Schoelcher. » (page 37)

En pièce jointe vous trouverez cet article issu de la revue Présence africaine, 2003 : L'exotisme (philosophique) de l'Afrique et des Africains dans Tamango de Mérimée

Pour en savoir plus sur Prosper Mérimée et son entourage nous vous invitons à consulter ce site.

Bonne lecture et bonne journée.

Pièces jointes:

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