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violence dans le football

par PoussinPiou, le 08/09/2017 à 09:58 - 1432 visites

Bonjour,

J'aimerais savoir pourquoi le football en particulier rend les supporters agressifs et insultants envers les équipes adverses?

Je me pose cette question car je n'ai jamais vu les supporters de rugby ou de tennis se battre. Quel "phénomène magique" provoque ces bagarres dans les stades de foot?

Merci pour votre réponse.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 09/09/2017 à 10:28

Bonjour,

Le Guichet du savoir a déjà répondu à plusieurs questions sur la violence des supporters de football :
- Pourquoi les supporters les plus violents (les hooligans) du club de foot du Paris Saint-Germain sont-ils si violents et pourquoi se battent-ils, pour quelles raison et dans quel but ?
- Pouvez-vous dresser une espèce de comparatif chiffré autour du nombre d'incidents reportés par les médias entre football et rugby ?

Vous souhaitez comprendre les causes qui expliquent la violence des supporters de football envers les équipes adverses, en particulier dans l’enceinte des stades où se jouent les matches.

Tout d’abord, l’enthousiasme suscité par les matches repose sur un processus d’identification propice à la dramatisation des enjeux , comme l’explique Christian Pociello dans son article « Sport (Histoire et société) – Sociologie », dans l’Encyclopaedia Universalis en ligne, « plus encore que l'exercice effectif d'activités, le sport tend à devenir, dans nos sociétés, un spectacle privilégié. […] La fascination que le football, surtout, et le rugby exercent sur leurs supporters dépend également de curieux processus d'identification. Elle repose sur la capacité de ces sports collectifs d'affrontements à symboliser les traits les plus notables de la société (ou de la communauté) qui les produit et devant laquelle ils sont littéralement mis en « jeu » et en scène.

Déjà, l'équipe de sport collectif offre le spectacle d'une évidente division technique du travail et d'une claire répartition des rôles, qui la fait considérer comme un microcosme social. Redoublant cette inévitable métaphore par le processus de stylisation de leurs jeux collectifs (stricte homogénéité ou filouterie individuelle, déploiement de forces viriles ou « intelligence » des combinaisons tactiques), les équipes peuvent se constituer en figures emblématiques des identités locales ou nationales. […]

De même, les différences de recrutement social entre clubs opposés se traduisent immédiatement par des options tactiques tranchées et cristallisent des identités sociales par effets de contrastes. Toute une communauté demande, exige et reproduit, à travers le temps, cette emblématique de classe et cette « manière » spécifique – « populaire » ou « aristocratique » – de jouer. […] De plus, les morphologies et les styles de jeu contrastés des différents acteurs au sein d'une même équipe élargissent encore la gamme du potentiel d'identification d'un public hétérogène. Ainsi Éric Cantona, l'« indiscipliné », celui « qui se fait respecter », fut adulé dans les « populaires » de Manchester United. Michel Platini, figure pondérée et tactique du distributeur de jeu, sachant faire montre d'une précision de technicien, recueillait toutes les faveurs des patrons et des cadres supérieurs dans les tribunes d'honneur.

Les spectateurs cherchent à décrypter les postures, les attitudes physiques et morales permettant de reconnaître et d'héroïser des conditions de classes dans leurs transpositions sportives. Mais, symétriquement, la projection de rôles, de figures ou d'allégories – socialement ou sexuellement pertinentes – sur les différents types de joueurs, assure, lors de la compétition, une dramaturgie inattendue... Il existe, dans l'inévitable « projection-identification » des spectateurs les plus naïfs sur l'un des protagonistes, une inavouable assimilation, constituant, pour l'analyste, un magnifique test socioprojectif...
On a appelé « effet Carpentier » ce type de dramatisation sportive, qui s'impose dès lors qu'entrent en lice deux adversaires dont les traits physiques et stylistiques sont en tous points dissemblables. Les sports collectifs et les sports de duel se prêtent particulièrement bien à la projection d'une telle imagerie. En somme, un match est bien un « système sémiotique » (Paul Veyne) qui fonctionne d'autant mieux que le parti pris des spectateurs à l'égard de l'une des équipes (ou de l'un des combattants) est fort et précoce, et que les figures choisies s'avèrent pertinentes... ».

La violence des supporters de football repose sur des ressorts spécifiques à ce sport. D’après le Rapport d'information n° 467 (2006-2007) de MM. Bernard MURAT et Pierre MARTIN, « Faut-il avoir peur des supporters ? », fait au nom de la commission des affaires culturelles, déposé le 26 septembre 2007, dans la section « Les causes de la violence », « les effets de dépersonnalisation liés au comportement des supporters (déguisements, ports d'uniformes vestimentaires, densité de la foule) facilitent les prises de contrôle de l'individu par la foule. Les comportements des supporters dans les enceintes sportives seraient en fait un résidu d'archaïsme - les groupes se donnent souvent le nom de tribus - et le stade l'un des rares espaces où l'on tolère le débridement des émotions collectives. Dans ces conditions, des phénomènes de foule entraîneraient automatiquement des violences physiques.

Le spectacle sportif a en outre plusieurs spécificités qui augmentent les risques de violence : participation active du public, nombre des spectateurs qui peut donner un sentiment d'impunité, et spectacle dans lequel le bonheur des uns fait le malheur des autres.
Selon une analyse psychologique, il faut par ailleurs repousser l'idée que le spectacle de la violence a une conséquence libératoire sur l'agressivité. La vision de spectacles violents entraîne un effet instigateur de comportements violents chez le spectateur. Dès lors, le spectacle d'un match de football, sport de contact, entraîne davantage d'hostilité qu'une compétition de gymnastique.

Les raisons de l'exception footballistique
Plusieurs explications peuvent être apportées. Patrick Mignon l'explique notamment par l'insuffisance de contrôle social des spectateurs sur leurs voisins de stade, à la différence des spectateurs du rugby, qui exercent un contrôle sur leurs pairs. Au rugby, les spectateurs sont en effet souvent d'anciens pratiquants et adhérents, qui reconnaissent leur appartenance à une sorte de confrérie du rugby. Ils partagent une passion et des valeurs propres à ce sport. [...]
La culture du supportérisme footballistique s'est ainsi développée dans la plupart des clubs, à travers les jeunes spectateurs, dans un contexte d'autonomisation de cette classe d'âge, ce qui explique en partie les comportements « ultras ». Dans les clubs plus anciens, comme le Racing Club de Lens, où la tradition des supporters est plus ancienne et le public plus familial, les comportements « déviants » et/ou violents sont beaucoup plus rares.

D'autres explications sont également avancées :
- le football possèderait des propriétés particulières « d'instabilité » (le résultat y est davantage imprévisible que dans les autres sports) et « d'intranquillité » (le match est incertain tant qu'un écart de but suffisant ne sépare pas les équipes), autant de facteurs qui influent sur la passion des publics. Christian Bromberger estime ainsi que « le football a d'incontestables qualités scéniques et dramaturgiques » ;
- le football est le sport qui est le plus vécu, du fait de sa médiatisation, comme une « bataille identitaire », dans laquelle les masses adhérent à une logique du conflit. En cas de derby, les risques sont ainsi plus élevés et la Ligue considère traditionnellement ces matchs comme plus dangereux.
Par ailleurs, la médiatisation extrême des enjeux liés au football donne un caractère public aux actions menées par les supporters d'une part, et crée une tension permanente dans le monde du football, d'autre part, qui a une influence sur les supporters. »

Pour aller plus loin :
- Sociologie du sport / Jacques Defrance (2011)
- Violence, identité et reconnaissance dans le football en milieu populaire / Paul Cary, Jean-Louis Bergez (2010)
- Le supporter de football et la règle : entre la faire et la défaire / William Nuytens (2005)
- Violence et football : l'eurohooliganisme / Jean Nicolaï et Madjid Allali (1998)

Bonne journée.
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