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démagogie

par Asguik, le 01/09/2017 à 16:53 - 1264 visites

Bonjour

Qui ,pourquoi et dans quelles circonstances
utilise-t-on la démagogie ?

Merci

Réponse du Guichet du savoir

par gds_alc, le 02/09/2017 à 11:33

Bonjour,

Pour répondre à votre question, nous commencerons par définir le terme « démagogie » :

OL., gén. péj.
A.− INSTITUTIONS
1. Exercice du pouvoir par des factions populaires ou par leurs meneurs, avec les abus qui en résultent; système de gouvernement correspondant. Démagogie effrénée. Les peuples roulaient dans les alternatives d'une démagogie furieuse et d'une tyrannie atroce (Michelet, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 167).
Rem. Démagogie/démocratie. La démagogie est une forme dégradée ou excessive de la démocratie. Celle-ci suppose une éducation des citoyens à la vie coll., pol., alors que la démagogie laisse libre cours aux passions populaires.
2. P. méton. Ensemble de démagogues exerçant le pouvoir ou de partisans d'un tel régime. Projets nourris par la démagogie européenne pour le printemps (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p. 136).
3. Rare. Opinion favorable à ce régime. Nous avions (...) disputé politique. Il me reprochait « ma démagogie ». Lui était légitimiste (Hugo, Choses vues,1885, p. 219).
B.− Usuel
1. Recherche de la faveur du peuple pour obtenir ses suffrages et le dominer. Faire de la démagogie. Par une démagogie facile, les impôts furent à peu près supprimés (Bainville, Hist. Fr.,t. 1, 1924, p. 184).
2. P. ext. Fait de flatter une collectivité, en particulier un auditoire :
... j'ai (...) assisté à la séance inaugurale du congrès [des jeunes gens des Auberges de la Jeunesse]. Par comble, j'ai fait un discours. Ah! jeunes gens, si j'avais été un peu démagogue, je sais bien ce que je vous aurais dit : j'aurais célébré vos lumières. C'est une démagogie assez répandue aujourd'hui. Mais je n'ai pu mentir... Guéhenno, Journal d'une« Révolution », 1938, p. 140.
Rem. Plusieurs dict. enregistrent le subst. masc. démagogisme, péj. Pratiques de démagogue dépassant en durée ou en intensité la moyenne de la démagogie. Synon. proche de démagogie. Fureurs du démagogisme (Crèvecœur, Voyage, t. 3, 1801, p. 150).
Prononc. et Orth. : [demagɔ ʒi]. Ds Ac. 1798-1932. Étymol. et Hist. 1791 (Brissot, Société des amis de la Constitution, séante aux Jacobins, pp. 15-16 ds Frey, p. 106). Empr. au gr. δ η μ α γ ω γ ι ́ α « art de mener le peuple, en partic. « art de le conduire en le flattant pour avoir ses faveurs », dér. de δ η μ α γ ω γ ο ́ ς (démagogue*). Fréq. abs. littér. : 113.
Source : cnrtl.fr

Si nous nous reportons donc à cette première définition, nous retenons deux choses, d’une part que la démagogie est liée à l’« exercice du pouvoir » et d’autre part qu’il en résulte des abus.
Partant de là, nous revenons sur « les origines » de la démagogie qui montre que la notion d’abus était alors absente du débat public :

Est démagogue, originellement « celui qui conduit » (agogos, de la racine archaïque ag-, pousser) « le peuple » (dèmos, de la racine archaïque dem -, maison). Conduire le peuple signifiait être à la tête du clan, puis de la cité-état, pour administrer les affaires communes et publiques. Dans les villes démocratiques (sans roi) de l’ancienne Grèce, les démagogues, citoyens distingués parmi les autres, exerçaient en tant que conseillers du peuple – lequel, bien évidemment, ne comprenait pas les esclaves – une influence importante et prenaient part aux luttes politiques en tant que chefs de groupes. Au début, il s’agissait d’orateurs doués, d’actifs défenseurs des intérêts de la classe sociale la moins privilégiée vis-à-vis des plus riches qui essayaient de changer le régime de la démocratie en oligarchie. Certains de ces démagogues, profitant de leur charge militaire ou de leur richesse, se sont emparé de tout le pouvoir ; imposant leur autorité en gagnant l’adhésion populaire et en luttant contre les aristocrates (…) le nom de démagogue parait jusque-là assez préservé de la péjoration attachée aujourd’hui aux flatteurs de peuple. C’est après la mort de P2riclès que le terme prend véritablement une valeur négative, pour désigner l’action exercée par un meneur ambitieux, qui cherche, indépendamment de toute classe sociale ou de toute pensée politique, à gagner la faveur de l’opinion publique non seulement en la flattant par l’art rhétorique, (…) mais en l’entrainant vers des entreprises imprudentes et dangereuses pour la cité …
Source : Tabaki Frédérique, La démagogie grecque, Mots, n°59, juin 1999. « Démocratie » Démocraties, sous la direction de Marie-Anne Paveau et Gabriel Périès. pp. 122-124. ; voir aussi l’article publié dans la revue des deux mondes
Du coup, de nombreux philosophes s’interrogent afin de savoir si la démocratie peut échapper à la démagogie ?

Plus largement, Simone Goyard-Fabre s’interroge sur Qu'est-ce que la démocratie? La généalogie philosophique d'une grande aventure humaine. Dans cet ouvrage, l’auteure définit ce qu’est la tentation démagogique :

« Forme de corruption connue depuis longtemps puisque Platon et Aristote et inscrivaient le schéma dans leurs typologies des Constitutions. Les philosophes d’antan, déjà, la condamnaient sans partage parce que, d’une part, le pouvoir démagogique flatte les masses populaires pour se concilier leur faveur et les exécute pour mieux les exploiter et que, d’autre part, la multitude dont les meneurs avivent savamment les passions et l’emportent, pèse sur les décisions et les comportements des gouvernements ; Il n’existe guère de différence de nature, à cet égard, entre la démagogie des « Anciens » et la démagogie des « Modernes » ; seuls les moyens de propagande et de pression ont changé, d’ailleurs de manière très relative. La démagogie, qui procède, comme le remarque d’Hannah Arendt, de « l’ordre égalitaire de la persuasion » est un piège. La démagogie, ancienne ou moderne, est non seulement le signe du dépérissement de la démocratie, mais, plus profondément, du dépérissement de l’autorité politique et de la dégradation du pouvoir et de la politique. En effet, du côté des gouvernants, elle favorise le pullulement de profiteurs corrompus et corrupteurs, dont la perversité est d’autant plus grave qu’elle est hypocrite et insidieuse. Les gouvernants démagogues trompent par le pouvoir des mots : on a dit à juste titre que la démagogie est un « faux parler ». Les démagogues pratiquent le mensonge par antiphrases et se font véritablement les champions d’une liberté que, sous couleur de promesses, ils auréolent de miracles qui sont des mirages. Du côté des gouvernés, les démagogues usent de la contestation pour faire céder ceux qui gouvernent à grand renfort de manifestations et de cris …. »


Dans une étude portant sur la Suisse, mais transposable à la France, Silvia Kobi indique :
« Dans un système démocratique (…) les concepteurs d’une politique s’efforcent de rechercher l’assentiment populaire le plus large possible. Le réflexe visant à rendre une politique ou un projet de loi acceptable aux institutions démocratiques : les politiciens ne font pas volontiers le choix de l’impopularité en raison des répercussions possibles sur leur légitimité en tant qu’autorité politique élue. A part le score électoral comme mesure de cette légitimité, il existe en Suisse un autre indicateur, à savoir le taux d’acceptation des projets officiels qui font l’objet d’une consultation populaire. Or ces projets ne sauront toujours coïncider avec le choix de la popularité. Ce qui est considéré par la classe politique comme allant dans le sens du « bien public » risque parfois d’aller à l’encontre des attentes populaires. Pour ne pas heurter celles-ci, les autorités peuvent utiliser différentes manœuvres en communication politique, autrement dit, des rhétoriques susceptibles d’assurer l’acceptabilité de leurs projets auprès du corps électoral.
Les autorités ne détiennent cependant pas le monopole en communication politique. Leurs campagnes d’information coexistent avec celles menées par des acteurs qui prennent parfois une position diamétralement opposée à celle des autorités. Les adversaires d’un changement législatif ou constitutionnel soumis à la consultation populaire bénéficient même d’un avantage stratégique : leur argumentation ne se doit pas d’être pédagogique, car ce n’est pas leur travail de sensibiliser l’électorat aux innovations proposées (…) Les opposant peuvent se contenter de dénoncer de façon virulente et souvent peu nuancée un projet officiel. Dans de nombreux cas, ils adoptent une rhétorique dont l’efficacité sociale est probablement plus grande que celle de la « pédagogie politique ».
Source : Kobi Silvia, Entre pédagogie politique et démagogie populiste, Mots, n°43, juin 1995. Acte d'autorité, discours autoritaires, sous la direction de Carmen Pineira et Gabriel Périès. pp. 33-50.


Pour compléter ces premières notions, nous vous laissons consulter

* Les maladies chroniques de la démocratie / Frédéric Worms, 2017 : L'auteur analyse les faiblesses qui minent la démocratie, entre autres la violence, la haine, la démagogie et le mensonge, faiblesses qui sont récurrentes et propres à l'essence de ce régime. Il faut les accepter pour les combattre et les dépasser.

* Manuel du démagogue / Raoul Frary, 2012 : Paru sous la IIIe République, cet essai didactique et pamphlet moqueur fournit une méthode pour séduire un électorat ou un public à l'aide des ressources de la démagogie.

* Démocratie et démagogie / Pascal Bouvier, 2011 : Réflexion sur la généalogie de la démagogie et sur sa place en politique. L'essai montre les rapports entre langage et pouvoir politique, mis en forme pour la première fois dans la pensée grecque, puis examine les thèses de R. Frary, auteur d'un Manuel du démagogue qui en définit la pratique, avant d'envisager ses liens avec le réel et ses implications morale.

* Les démagogues : de l'antiquité à nos jours / Yves Roucaute, 1999 : " Vox populi, vox Dei ", telle est, depuis l'épisode du Veau d'or et l'Antiquité grecque et romaine, la devise des démagogues : le peuple est roi, ses appétits, ses désirs (d'avantages immédiats, de revanche sociale, de gloire nationale) sont des ordres. Le séduire pour mieux le dominer, exalter ses intérêts inavoués ou ses passions mauvaises, exciter son goût du pain et des jeux, voire du sang, tel est l'art des démagogues. Seraient-ils des tyrans (Napoléon), des dictateurs fous (Hitler), des idéologues sanguinaires (Staline), tous jouent le peuple. Guides ou Pères du peuple à la poigne de fer, tous s'identifient aux masses, épurent, ensanglantent, développent leurs rêves suicidaires de conquêtes, de révolution et de création aux forceps d'un homme nouveau, emportant l'adhésion fascinée des foules. Yves Roucaute passe en revue l'histoire de la démagogie, depuis Aaron et le Veau d'or, Périclès et la démocratie athénienne, Judas et Ponce Pilate, César et les empereurs romains, jusqu'à Philippe Auguste, Louis XIV, Mirabeau, Danton, Robespierre et Napoléon, inventeur de la démagogie moderne, père spirituel de Mussolini, Hitler et Staline. François Mitterrand, Jean-Marie Le Pen, Bernard Tapie, Arlette Laguiller, Dominique Voynet, et tant d'autres démagogues au petit pied complètent le tableau. Les seuls hommes, Moïse, de Gaulle, Mendès France, Churchill, à ne pas céder à la démagogie sont ces princes éclairés qui reconnaissent, au-delà de la loi des majorités, de la démocratie d'opinion, une loi morale transcendante, où le Bien et le Juste ne désarment pas face aux périls de l'heure et aux peuples égarés. Cette lecture iconoclaste de l'histoire ne vaudra pas que des louanges à son auteur. Mieux vaut éclairer que plaire.
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