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Raids arabes dans la région lyonnaise au Moyen-âge

par Papidoulyon, le 06/08/2017 à 09:56 - 2211 visites

Bonjour,

Qu'en est-il exactement des raids arabes à Lyon et dans sa région à l'époque de Charlemagne ? Sont-ils réels ? Est-ce exact qu'Ainay, l'île Barbe, Sainte Eulalie auraient été touchés par ces raids ? Quelles sont les sources qui les attestent ?

Merci de votre réponse.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_reg, le 07/08/2017 à 18:43

Réponse de la Documentation régionale

La lecture de la Note sur l'invasion des Sarrazins dans le lyonnais (1862) d'Aimé Vingtrinier, consultable sur Numelyo, pose en effet la question des sources de l’information. A propos du passage à Lyon des troupes sarrasines, il écrit « On sait encore vaguement que Lyon, Macon, Autun furent pris et ravagés ». Il s'appuie sur les écrits d'historiens comme l’Histoire de France d’Henri Martin et Invasions des Sarrasins en France de M. Reinaud, et fait également référence à des chroniqueurs bourguignons. On peut lire plus loin : « l’histoire de Lyon nous apprend que les recluseries de la Platière et de Saint-Clair, les églises de Saint-Georges et de Saint-Paul, les abbayes déjà célèbres de Saint-Pierre et de l’Ile-Barbe étaient tombées sous les coups de sécateur du Coran », et enfin « A Loudun, comme ils appelaient Lyon, les musulmans s’emparèrent des biens de l’église, renversèrent les couvents mais respectèrent la population ». S’agit-il de citations in extenso des auteurs mentionnés ci-dessus ? Sur quels textes s’appuyaient les auteurs en question ?

Il parait en effet essentiel de s’interroger sur les sources comme vous le faites. Les historiens lyonnais contemporains comme Jean Etèvenaux, et les auteurs de l’ouvrage collectif L’Histoire de Lyon (sous la direction d’André Pelletier et Jacques Rossiaud) montrent que ce saccage attribué aux Sarrasins ne fait pas consensus, et pointent l’absence de sources documentaires fiables et neutres.

Voici ce qu'écrit Jean Etèvenaux dans Les grandes heures de Lyon :

« Les Sarrasins sont-ils là ?
Le VIIIIe siècle est celui d’une expansion allant jusqu’au-delà de la région lyonnaise. (…) Tandis qu’ils entreprennent une marche le long de l’Atlantique vers Bordeaux, prise en 732, les Arabes remontent la vallée du Rhône en 724-725. Autun passe sous leur domination, mais ils échouent devant Sens (…). Cela signifie que Lyon, Mâcon et Chalon sont également tombées. Malheureusement, on n’en sait pas plus sur le sort de ces villes. On ne dispose même pas de la certitude que Lyon soit effectivement enlevée par eux (…) ni l’histoire ni la mémoire collective n’ont conservé de marques particulières de ce raid. Par la suite on a attribué aux Sarrasins beaucoup plus qu’ils n’ont réellement fait. (…) En fait, le danger s’appelle plutôt Charles Martel (…) »


Dans leur Histoire de Lyon (vol I, Antiquité et Moyen-âge), les auteurs développent la même hypothèse. Ils invitent également à rester critique vis-à-vis des rares sources qui relatent cet épisode. Voir le chapitre II, Lyon à l’époque carolingienne :

« Lyon au VIIIe siècle : une ville marginale et rebelle ?
Bien peu de textes parlent de Lyon au VIIIe siècle. Ce n’est pas étonnant, compte tenu de la pénurie documentaire générale de l’époque. Encore faut-il utiliser les maigres renseignements dont nous disposons avec précaution. Certains, en effet, proviennent de régions plus ou moins éloignées, et ne s’intéressent que très accessoirement à Lyon (…). D’autres témoignages émanent par ailleurs de milieux hostiles. C’est le cas de la continuation de la Chronique du Pseudo-Frédégaire, qui est le seul document signalant les premiers contacts entre Charles Martel et Lyon. Or on sait que les chapitres concernant cette période ont été écrits dans l’entourage du Carolingien pour exalter son action.
Enfin, n’oublions pas que certaines sources ont été rédigées plus d’un siècle après les faits rapportés, alors que l’édifice élevé entre temps par Charlemagne était en train de s’effondrer. Comment cela n’aurait-il pu influencer par exemple Adon de Vienne (+875) dans la manière dont il traite, dans sa Chronique, des incursions sarrasines des années 730 dans la région lyonnaise ?
»

Les auteurs ne relatent pas directement ce que ce texte dit du passage des sarrasins à Lyon, mais l’évoquent à propos de la mainmise de Charles Martel sur la ville :

« Des envahisseurs venus du Nord »
« Deuxième temps de l’histoire lyonnaise au VIIIe siècle, l’intégration forcée et difficile dans le monde carolingien. On sait que Charles Martel voulut profiter de sa victoire sur les arabes à Poitiers en 732 pour étendre son pouvoir sur les régions méridionales de Gaule. (…) En 733, Charles Martel fit une première descente en Bourgogne. Il occupa Lyon « qu’il confia à ses fidèles », dit le Pseudo-Frédégaire. Le résultat fut sans doute de nombreuses spoliations dont les premières victimes furent les églises lyonnaises. (…)
Aussi est-ce bien dans les modalités de [l’] installation [des Carolingiens] et dans la résistance qu’elle engendra sur place qu’il faut chercher la cause essentielle des ruines attestées tant à Lyon que dans la région à la fin du VIIIe siècle, bien plus que dans les destructions causées par les raids sarrasins remontant la vallée du Rhône. C’est pourtant à eux qu’on les a longtemps attribués sur la foi du seul témoignage fort vague et postérieur de près de cent cinquante ans d’Adon de Vienne ; sans doute pour ne pas porter atteinte à l’image forgée ultérieurement de Carolingiens défenseurs de la chrétienté et protecteurs des églises. Certes, il est vraisemblable que les Sarrasins aient semé la désolation lors de la grande expédition qui les conduisit notamment à Autun, qu’il s brûlèrent en 725 ou 731. Mais aucun texte contemporain ne mentionne à cette occasion un sort semblable pour Lyon, et il est certain d’autre part qu’ils ne s’installèrent pas à demeure dans la région. En admettant même qu’ils aient détruit les églises de Lyon, et qu’ils aient mené à nouveau un raid jusqu’à Lyon en 737, ils ne peuvent donc être tenus pour responsables de la ruine persistante de ces églises à la fin du VIIIe siècle, telle que la décrivit l’évêque Leidrade (…)»


Voir aussi :
Les Sarrasins à Lyon 725-737 sur le site du musée du Diocèse de Lyon
Invasions arabes à Lyon, question du guichet du 03/02/2009
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