Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > guerre civile russe 1917-1922

guerre civile russe 1917-1922

par highland90, le 29/06/2017 à 14:30 - 4123 visites

pourquoi les blancs ont -ils été vaincus lors de la guerre civile russe?

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 01/07/2017 à 15:29

Bonjour,

La réponse à votre question se trouve sûrement dans ce récent ouvrage La guerre des Russes blancs : l'échec d'une restauration inavouée : 1917-1920 de Jean-Jacques Marie, mais nous n’avons pas pu le consulter car il n’était pas disponible. Nous vous en conseillons la lecture.

Cependant nous avons trouvé de nombreux éléments dans d’autres ouvrages, exposant les raisons militaires, géographiques, politiques, économiques, sociales, nationalistes… de la défaite des Blancs lors de la guerre civile russe.

Dans Les Blancs et les Rouges, histoire de la guerre civile russe, 1917-1921 :

- Supériorité initiale des Rouges sur les Blancs (p. 426-428)
La guerre civile est naturellement dominée par la lutte des Rouges contre les armées blanches. En moins de trois ans, celles-ci ont été vaincues, détruites et leurs survivants contraints à l’exil. Plusieurs fois cependant elles ont semblé sur le point de l’emporter, pendant l’été 1918 ou au printemps 1919. En réalité même dans sa très grande faiblesse initiale, l’armée rouge n’a jamais cessé de disposer d’atouts supérieurs à ceux de ses adversaires.
La position centrale de son territoire, d’une superficie voisine de celle de la France, bien pourvu en moyens de transport, permettait d’acheminer des troupes d’un front à un autre, et assurait la rapidité des communications, la transmission des renseignements et des ordres. Inversement, des milliers de kilomètres isolaient les armées blanches. Elles étaient contraintes à des offensives épuisantes par leur position périphérique. Elles étaient dépourvues de moyens de communication entre elles, et se trouvaient dans l’impossibilité de coordonner les efforts. L’offensive de Denikine sur Moscou, dans l’été 1919, commença lorsque Koltchak était déjà en pleine retraite et Ioudenitch n’entama sa deuxième marche sur Petrograd qu’après l’échec de Denikine. D’éventuelles transmissions radiotélégraphiques entre le QG de Koltchak en Sibérie et celui de Denikine dans le Kouban ou dans une ville du Sud, étaient contrôlées par les Anglais et les Français, elles transitaient par Londres et Paris. Pour assurer le secret des transmissions, nous l’avons dit, les Blancs avaient donc recours à des messagers, procédé extrêmement lent et hasardeux. L’envoyé de Koltchak à Denikine, Tolstoï-Miloslovski, mit quatre mois pour parvenir dans le sud. Quant à l’émissaire de Denikine, Grichine-Almazov, il n’atteignit jamais la Sibérie. Capturé par les Rouges sur la Caspienne, il se suicida.
L’immensité même de la Russie, son impénétrabilité et le peu de moyens de communication furent la meilleure protection des bolcheviks. Cette immensité détermina l’échec des offensives blanches, par l’allongement excessif de leurs communications tant à l’est qu’au sud. Si Lénine avait pris le pouvoir non pas en Russie, mais en Hongrie ou en Autriche par exemple, il eût été balayé. Comme l’avait appris Napoléon et comme le découvrira Hitler, ce qui importe pour conquérir la Russie, ce n’est pas la pointe de la lance, c’est la longueur de la hampe.
La partie centrale de la Russie tenue par les Rouges était la plus peuplée, celle qui comportait la plus forte densité de villes industrielles et en même temps une terre fertile. Sans doute, les blancs occupèrent-ils le Donets et l’Oural, mais ces régions industrielles étaient dévastées et, faute de pouvoir les réorganiser, ils ne purent en tirer parti.
La région centrale était celle de la population proprement russe. Elle était ethniquement homogène. Il ne s’y posait aucun problème de nationalité. Pas de ces velléités d’indépendance ou d’autonomie qui furent la plaie permanente des armées blanches dans les régions périphériques où se trouvaient leurs bases.
La politique bolchevique, en principe favorable aux revendications centrifuges des nationalités, favorisa les Rouges contre les Blancs qui s’obstinèrent à s’affirmer défenseurs de l’unité de l’ancien Empire (« une seule Russie »)…
Le ballet équivoque des Japonais, des Français et des Anglais autour de la légion Tchèque et de l’amiral Koltchak ne fut pas étranger au conflit mortel qui surgit entre ces derniers. Jamais l’intervention ne menaça sérieusement le pouvoir des soviets, en revanche, elle compromit les Blancs et alimenta contre eux une campagne xénophobe. La propagande bolchevique présenta les Allliés comme responsables de la famine et de la misère qui sévissaient en Russie, et les Blancs comme leurs complices serviles.

- Différences du commandement (p. 428-429)
Contrairement aux armées blanches, l’armée rouge était pourvue d’un commandement politique et militaire unique et relativement cohérent, fonctionnant comme une dictature de guerre dominée par la personnalité de Lénine… Dès le début de la guerre civile, les effectifs de l’armée rouge furent supérieurs. Elle héritait de l’administration militaire impériale, de cadres d’état-major partiellement restés en fonction, de casernes, de dépôts d’armes et de munitions considérables, d’arsenaux pour les fabriquer… Les armées blanches ne manquaient pourtant pas d’officiers, notamment dans le Sud. Elles en avaient même trop. La présence pléthorique d’officiers anciens et de haut grade se révéla plus un inconvénient qu’un avantage. Leur formalisme anachronique interdit l’adoption de méthodes nouvelles exigées par les conditions particulières de la guerre civile. Inversement l’armée rouge sut généralement utiliser dans ses états-majors de jeunes officiers qualifiés qui apportèrent ce qu’il y avait de meilleur dans l’ancienne armée, sans s’encombrer d’esprit routinier et d’habitudes désuètes.

- Les Blancs et la question de l’Etat (p. 446-447)
Les blancs n’avaient aucune unité politique. Ils regroupaient tous les opposants au bolchevisme, de l’extrême droite monarchiste aux socialistes-révolutionnaires, mais aussi des nationalistes grand-russiens aux autonomistes cosaques. Contrairement aux bolcheviks, ils n’avaient pas abordé la révolution avec un système d’idées d’où ils tiraient leurs buts. Seules les circonstances les avaient contraints à prendre les armes dans une intention purement défensive. Sur l’avenir, ils se divisaient. Ils n’avaient aucun projet puissant, aucun mythe mobilisateur à opposer à ceux des rouges. Leur structure était purement militaire. Ils n’avaient rien qui ressemblât au parti bolchevique pour encadrer les masses et irriguer l’armée. Les circonstances et l’absence d’hommes exceptionnels n’avaient pas permis, comme plus tard en Italie ou en Allemagne, la naissance d’un parti-Etat capable de répondre à l’effondrement de l’Etat… Faute d’avoir tiré leur justification d’un Etat, même virtuel (un parti peut constituer un Etat virtuel), les armées blanches étaient vouées à l’échec. L’armée est une part essentielle de l’Etat, mais elle n’est pas tout l’Etat… Cette défaillance avait été clairement perçue par le maréchal Foch qui déclarait en 1919 : « Les armées n’existent pas par elle-même. Il faut qu’il y ait derrière elles un gouvernement, une législation, un pays organisé. Mieux vaut avoir un gouvernement sans armée, qu’une armée sans gouvernement ».

Dans Histoire de la Russie des origines à 1996, Nicholas V. Riasaovsky :

Les causes de la victoire des Rouges (p. 525-527)
« Peu d’observateurs croyaient les bolcheviks capables de survivre à l’épreuve de la guerre civile, des mouvements d’indépendance nationale, de la guerre contre la Pologne, et de l’intervention des Alliés… Pourtant, à regarder les événements de plus près, on en obtient une image plus nette, et l’on comprend mieux la victoire bolchevik, sans avoir besoin d’invoquer la magie du marxisme ou les qualités surhumaines des soldats rouges. Pour commencer, l’intervention alliée... Kennan, Ullman, et d’autres historiens ont montré les malentendus et la confusion qui régnaient chez les Alliés au sujet de la politique envers la Russie ; ils n’allèrent jamais au-delà d’un soutien sans enthousiasme accordé aux mouvements blancs… Mal conçue, et très médiocrement exécutée, l’intervention alliée n’aboutit finalement à aucun résultat, ou peu s’en faut…
Les armées blanches étaient nombreuses, comptaient une très forte proportion d’officiers, et se battirent souvent avec courage. Mais les Rouges disposaient d’avantages qui, à la fin, se révélèrent décisifs. Le gouvernement soviétique contrôlait le cœur de la Russie, y compris Moscou et Petrograd, la majeure partie de la population, une grande partie de l’industrie, et l’essentiel du matériel de guerre préparé pour la Première Guerre Mondiale. Les armées blanches étaient constamment inférieures en nombre, et, malgré l’aide des Alliés, moins bien équipés que leur adversaire. De même, l’Armée rouge disposait des lignes intérieures de communication, tandis que ses ennemis étaient obligés de se déplacer sur la périphérie. Facteur plus important encore, les Rouges bénéficiaient de l’unité de commandement sans partage, tandis que les Blancs participaient, en fait, à une série de guerres différentes, et non coordonnées entre elles. La politique, tout autant que la géographie, contribuait à entretenir les divisions des Blancs. L’anti-bolchevisme constituait le seul point d’accord dans une coalition qui rassemblait tout le monde, des monarchistes aux socialistes-révolutionnaires. Peu de programmes positifs virent le jour, très peu furent élaborés dans le détail. Autre faiblesse particulièrement grave, les Blancs furent incapables de s’entendre avec les non-Russes. Les généraux blancs pensaient spontanément en termes de « Russie une et indivisible », et s’opposaient à tout séparatisme ; même quand ce n’était pas le cas, ils ne se sentaient pas le droit de trancher eux-mêmes des questions aussi fondamentales que celle de l’indépendance nationale et des frontières du pays. C’est ainsi que Denikine suscita l’hostilité des Ukrainiens, en voulant supprimer l’usage de la langue nationale et les écoles ukrainiennes. Ioudénitch affaiblit sa position en Estonie, parce qu’il refusa de promettre leur indépendance aux Estoniens.
En dernière analyse, ce fut probablement l’attitude de la population qui détermina l’issue de la guerre civile en Russie. Tandis que les membres des classes moyennes et supérieures soutenaient les Blancs, et que les ouvriers, non sans quelques exceptions de taille, appuyaient les Rouges, les paysans, c’est à dire la grande majorité de la population, adoptaient une position plus prudente et plus réservée. Bon nombre d’entre eux finirent par haïr les deux camps, car le pouvoir des blancs, tout comme celui des Rouges, signifiait la mobilisation des hommes, la réquisition des biens, et la Terreur… Dans l’ensemble, cependant, les préférences des paysans allaient apparemment aux Rouges. Après tout, la révolution d’Octobre leur avait donné les terres de la noblesse, tandis que les Blancs, et non sans raison, étaient associés, à leurs yeux, à une restauration plus ou moins complète de l’ancien régime… »

Dans Histoire de l’URSS, Andrea Graziosi

« D’autre part, même si les blancs pâtirent probablement de leur association avec les puissances autrefois alliées du tsarisme et tenues pour responsables de la guerre, ils furent eux-mêmes responsables de leurs plus graves échecs : pour construire un nouvel état, il fallait surtout un programme politique et la capacité de l’appliquer de manière flexible, ce qui manqua toujours aux officiers qui avaient toujours méprisé la politique. Leurs administrations se distinguèrent par leur corruption, leurs arbitraires et leurs choix impopulaires, ainsi que par l’incapacité d’exercer un contrôle sur leurs représentants. Les Blancs considéraient les ouvriers comme des ennemis, même quand l’hostilité de ceux-ci à l’égard du bolchevisme les poussait à prendre les armes. Et les paysans, qui avaient pourtant d’excellentes raisons de combattre les communistes, préférèrent dans la plupart des cas commencer par tirer sur les Blancs, qui menaçaient de leur prendre leur blé, mais aussi leurs terres. Au nom de la « Russie une et indivisible », les Blancs furent en outre porteurs d’un nationalisme nourri de théories du complot et d’antisémitisme qui leur valut l’hostilité générale des non russes. » (p. 31)

On retrouve dans cet extrait la même explication concernant les paysans et les non Russes :
« Cependant, malgré les excès de la terreur rouge et la haine accumulée contre les commissaires communistes, accusés d’être responsables de cette guerre qui n’en finissait pas, des réquisitions de blé, des rations de famine dans les villes, la victoire des armées blanches signifiait, comme l’avait montré Koltchak lorsqu’il prit le pouvoir en Sibérie en novembre 1918, l’abolition du décret sur la terre, l’interdiction des syndicats, le retour des barines. C’est ainsi en grande partie grâce à des soulèvements paysans en Sibérie que Koltchak fut mis en déroute par les bolcheviks. A cause de leur nationalisme grand-russe, les Blancs s’aliénèrent aussi le soutien des peuples allogènes qui ne voulaient pas voir remise en cause leur indépendance. » Histoire de l’URSS, Sabine Dullin (p.15)3D9D

Bonne lecture!
  • 1 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact