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Edgar Poe et Baudelaire étourdis ?

par Fromon, le 30/04/2017 à 17:20 - 977 visites

N’ayant trouvé nulle part cette erreur relevée, à l’issue d’une recherche certes rapide, je me tourne vers vous (qui avez été si souvent mes sauveurs !). Dans «Le mystère de Marie Roget» d’Edgar Allan Poe, recueilli dans Histoires grotesques et sérieuses, et traduit par Charles Baudelaire (Michel Lévy frères, 1865, puis innombrables rééditions), après que l’auteur et le traducteur ont cité dimanche 22 juin, lundi 23 juin, mardi 24 juin, mercredi 25 juin et jeudi 26 juin (donc tout va bien), on lit : «mardi 31 juin» ! (page 70 de l’édition Michel Lévy frères, 1865, soit à un peu plus de la moitié de la nouvelle). Considérant que le mois de juin ne compte que 30 jours, certaines éditions ultérieures ont corrigé en «mardi 30 juin» alors qu’en toute logique le 30 juin devrait être un lundi (si je ne me trompe). M’éclairerez vous sur cette histoire grotesque et sérieuse (étourderie de l’auteur, du traducteur, de l’éditeur, de l’imprimeur, blague délibérée par volonté de fantastique) ?

Réponse du Guichet du savoir

par bml_litt, le 04/05/2017 à 11:45

Réponse du département Langues et Littératures :

Le mystère de Marie Roget est une nouvelle de l'écrivain américain Edgar Allan Poe, parue en trois parties en novembre 1842, décembre 1842 et février 1843 dans le Ladies' Companion et traduite en français par Charles Baudelaire pour le recueil Histoires grotesques et sérieuses.
L'enquête du Mystère de Marie Roget se base sur l'affaire réelle du meurtre de Mary Cecilia Rogers survenu à New York en 1841. Dans la nouvelle, l'action est transposée à Paris et la Seine remplace l'Hudson River où le corps de Mary Rogers a été retrouvé. Edgar Allan Poe joue entre fiction et réalité à plusieurs niveaux : son personnage fictif Auguste Dupin essaie d'entrevoir la vérité sur l'affaire en se basant uniquement sur des coupures de presse réelles, mais les noms réels des journaux sont maquillés. Comme pour Double assassinat dans la rue Morgue, le récit est narré par un ami de Dupin dont l'identité reste inconnue.
La concordance des dates semblent effectivement être aléatoire car si les faits réels ont bien eu lieu en 1841, le 23 juin était un mercredi et non un lundi, le 24 un jeudi et non un mardi etc..
En ce qui concerne le 31 juin effectivement ce jour n’a jamais existé et n’existera jamais.

Peut-être faut-il se pencher du côté sombre de la force, en explorant la piste métaphysique qu’a manifestement empruntée Edgar Poe. En effet le célèbre écrivain américain s’est interrogé passionnément sur les mystères de l’univers et de l’au-delà. On peut déceler en effet chez E. Poe des influences de concepts et d’images ésotériques.
Ainsi à plusieurs reprises E. Poe montre sa prédilection pour le choix de la période du solstice d’été comme c’est le cas pour la situation temporelle du Mystère de Marie Roget. Rien de moins ésotérique à priori que cette nouvelle policière inspirée de faits réels et qui semble s’appuyer sur des sources rationnelles telles que la presse. Et pourtant. Si l’auteur a comme on l’a indiqué modifié la localisation spatiale, il a aussi pris des libertés avec la détermination temporelle puisqu’il situe le drame entre le 22 juin, jour de la disparition de Marie et le 25 juin, jour où le cadavre de la jeune fille est retrouvé. Or le meurtre de Mary Cecilia Rogers, source de la nouvelle, eût lieu en réalité au mois d’Août 1841. Poe a donc choisi de ne pas garder la date réelle et c’est intentionnellement qu’il lui préfère celle du solstice d’été. Le meurtre de Marie Roget est de ce fait en étroite relation avec le symbolisme solsticial. La disparition de Marie est associée à un bateau sans gouvernail, ce type d’embarcations qui se dirigent d’elles-mêmes, réapparaissent à plusieurs reprises dans l’œuvre de Poe : canot du Domaine d’Arnheim, gondole sans rame du Rendez-vous , épave de Manuscrit trouvé dans une bouteille. C’est l’embarcation type du voyage initiatique qui mène vers un monde supérieur. Un détail pourrait nous prouver que Poe désire appeler notre attention sur la situation temporelle du meurtre de la jeune fille, c’est qu’il souligne l’importance de la date de la découverte du cadavre, le 25 juin, jour fatidique associé à la Saint-Jean, jour que Poe nous demande de rapprocher d’une autre date .. le 31 juin que vous avez-vous-même bien relevé ! Veut-il, par cette date sans référent, nous faire réagir sur ce qui ne peut être une bévue chez un écrivain si conscient et qui a retouché plusieurs fois son texte ? Veut-il nous entraîner dans un autre monde que celui de la vision réaliste ?
Pour vous faire votre idée je vous conseille l’ouvrage d'Odile Joguin, Itinéraire initiatique d’Edgar Poe, E-dite, 2002.

Pour aller encore plus loin :

Edgar Allan Poe , Eurêka : l'Univers selon Edgar Poe, Malakoff, Malakoff, 2017
Sarah Helen Whitman, Edgar Poe et ses critiques, Allia, 2016
Eveline Pinto, Edgar Poe et l'art d'inventer, Klincksieck, 1983
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