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Format à la française

par LucileHa, le 10/03/2017 à 10:03 - 1818 visites

Bonjour Mes recherches étant vaines, je me tourne vers vous. je cherche à en savoir plus sur la cohabitation des formats à la française et à l'italienne (ou, auparavant, oblong), et savoir pourquoi le format à la française reste traditionnellement le format d'impression des livres alors qu'il semble que le format à l'italienne correspond mieux au confort de lecture et au confort oculaire?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 14/03/2017 à 10:25

Bonjour,

Contrairement à ce que vous pouvez penser, l'oeil humain préfère des colonnes étroites pour la lecture.
Le regard aurait en effet tendance à se perdre sur les lignes trop longues du format à l'italienne.

Voici quelques documents qui abordent ce sujet :
- 10 règles pour respecter les habitudes de navigation
- Ayez vos visiteurs à l'oeil !! Lecture en diagonale ? Non ! Lecture en "F"
- Construisez votre qualité - quelques principes de mise en page
- Les 6 règles de base en communication visuelle


Comment ce format "portrait" est né ?
Nous trouvons une réponse dans l'ouvrage intitulé L'aventure des écritures : la page qui retrace l'histoire de la page. En voici un extrait :

" Qui a inventé la page ?

Interroger son origine permet-il de rendre compte de cette indomptable énergie qui semble l'habiter ?
L'étymologie latine lui assigne une origine rurale liée à la vigne (pagina, la « treille ») et aux champs (pagus, le bourg situé en bordure des sillons), mais aussi au cadastre (pangere, « ficher en terre », « établir des bornes »).
Mais où commence-t-elle ? Peut-on déjà parler de page avant l'apparition du codex, alors même qu'elle peut paraître inséparable de ce système de pages attachées qui constitue le livre, où chaque page livre passage à la suivante dans une intime et permanente négociation du fragment et du Tout ?

Il nous semble que la question première, celle qui fonde la page, est celle du format.
Borges rêvait d'une carte de Chine aux dimensions de son empire. Aux antipodes de cette démesure, Anaximandre, le premier géographe du monde grec, inventa de faire tenir la représentation de l'ensemble du monde habité dans l'espace d'une petite tablette de terre aux dimensions de la main. C'est bien ainsi que naît la page, d'une assignation à format, d'un cadrage dont les bords coupants font saillir à l'état vif une énergie.
D'argile, de pierre ou de papyrus, la première page se construit dans la proximité du corps, en harmonie avec les possibilités de l'œil et de la main. La hauteur des feuillets de papyrus égyptiens, collés les uns aux autres pour former des rouleaux qui ne dépassaient pas dix mètres, était calquée sur la longueur de la cuisse du scribe qui écrivait assis par terre; leur largeur correspondait à l'ampleur du champ de regard et à l'ouverture commode des bras.

La page naît deux fois : sa première naissance est corporelle, sa deuxième est intellectuelle. Elle a lieu avec l'émergence du codex, autour du IVe siècle, qui substitue à l'espace homogène et continu du rouleau, projection graphique du flux de la parole, une série d'espaces coupés, discontinus, séparés, de rectangles autonomes, prêts à plier devant les exigences intellectuelles d'un texte qui peu à peu deviendra roi.
Avec l'humanisme et le développement de l'imprimerie, la page entre dans un âge d'or. Solidement et harmonieusement établie dans ses proportions et mise en page selon des modèles mathématiques, la page ne cesse de gagner de nouveaux publics et se multi¬plie au service d'une culture du texte. Le Grand Siècle lui donne la majesté des architectures royales, le romantisme la marie avec l'image. "

En complément, un autre extrait du livre L'aventure des écritures : matières et formes :

" Brève histoire des formats : entre contrainte matérielle et choix selon l'usage

Avant l'invention du parchemin, le format du livre reflète à la fois l'usage assigné au texte inscrit et la contrainte — parfois absolue — liée au matériau utilisé. Avec le parchemin, tout change, le format du livre est dicté par son usage. Déjà dans la civilisation mésopotamienne, les formats variaient, allant de la petite tablette de glaise, que l'on tenait bien dans sa main, à des monuments de pierre pouvant atteindre plus de six mètres carrés.
Si le matériau choisi imposait sa contrainte, les dimensions du support n'étaient pas toujours exemptes de signification hiérarchique : ainsi une tablette de petites dimensions fixait généralement une transaction privée tandis que l'importance du format assigné au code de lois visait à renforcer l'autorité des lois elles-mêmes. Variant entre 5 et 10 mètres, la longueur des rouleaux égyptiens était entièrement tributaire des possibilités (réduites) offertes par les feuilles de papyrus. Leur hauteur, 25 centimètres le plus souvent, était, pour des raisons de commodité, définie en fonction de la taille d'une cuisse humaine, puisqu'en l'absence de table à écrire, les scribes écrivaient sur leurs genoux. La souplesse du parchemin, puis celle du papier, révolutionnèrent les formats et permirent leur diversification selon les usages assignés au livre.
Ainsi, au Moyen Âge, le livre d'heures — qui était un livre de prières personnel — était-il généralement de petit format pour pouvoir être transporté et servir à tout moment.
Le livre d'heures d'Anne de Bretagne, commandé pour son mariage, en 1490, fut réalisé aux dimensions de sa main. À l'inverse, autour du Ve siècle, l'Église catholique inaugura des livres géants — missels, psautiers ou antiphonaires — qui devaient permettre aux lecteurs de suivre avec facilité les paroles ou les notes de musique : fait pour être lu en communauté et à distance, le livre est alors une sorte de monument qui n'autorise aucune relation d'intimité.
Au début du XVI siècle, Alde Manuce, un imprimeur-éditeur vénitien, lança la publication de livres au format de poche, in-octavo, imprimés en caractères italiques qui permettaient une utilisation plus économique de la page. Fabriqués à moindre coût et imprimés en de nombreux exemplaires, ces livres devinrent d'indispensables outils d'étude et, pour la première fois dans l'histoire du livre, des centaines de lecteurs furent en possession d'exemplaires identiques d'un même livre.
De petit format furent aussi les livres populaires, brochures de colportage vendues tout au long du XVIIe siècle; puis, à partir du XIXe siècle, se développèrent les livres conçus pour le voyage, à couverture de papier ou de carton, de format in-octavo ou in-seize.
Toutefois, si la capacité d'inventer des formes et des formats nouveaux pour le livre est quasiment illimitée, il est frappant de constater que peu de formes inhabituelles ont survécu. Ainsi, par exemple, le manuscrit cordiforme fabriqué au XVe siècle par Jean de Montchenu est-il resté sans descendance, tout comme le Clos fleuri, publié en Hollande, à la fin du XVIIe siècle, qui demeure sans doute le plus petit livre du monde (1 cm x 1,5 cm), ou, à l'inverse, le format géant des Oiseaux d'Amérique de James Audubon (publié entre 1827 et 1838,100 cm x 66 cm). "


Bonne journée.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 16/03/2017 à 10:28

Bonjour,

Le conservateur du fonds ancien de la Bibliothèque municipale de Lyon, que nous remercions, confirme nos premiers éléments de réponse :

" Le format dit à la française s’est rapidement imposé avec la généralisation du codex pour des questions de confort de lecture.
Les premiers codex avaient tendance à avoir une forme plus carrée, avec une disposition à trois colonnes par page, qui correspondait à l’espace que l’on pouvait dérouler sous ses yeux avec un volumen (6 colonnes avec la double page sous les yeux).
Passé le début du Moyen Age, c’est le format à la française qui domine. "

Bonne journée.
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