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Mao et les feux de circulation

par glocky, le 29/04/2005 à 13:33 - 5478 visites

On m'a raconté l'anecdote suivante. Mao, arrivé au pouvoir en Chine, aurait voulu inverser les couleurs des feux tricolores de circulation. Le rouge étant la couleur du communisme, donc, à ses yeux, du progrès, il aurait voulu en faire la couleur autorisant le passage, le vert imposant de s'arrêter.
Cette anecdote est-elle vraie?

Merci pour tout le temps que vous passez à répondre de façon aussi bien documentée à toutes les questions qui vous sont posées...

Réponse du Guichet du savoir

par bml_chin, le 29/04/2005 à 20:57

Réponse du Fonds chinois de la Bibliothèque municipale de Lyon


Le point que vous évoquez dans votre question peut paraître cocasse ou n’être que l’écho d’une lointaine rumeur colportée par des occidentaux anticommunistes, il renvoie pourtant à ce qui a relevé, un court moment, d’une absurde réalité.
Toutefois, cette tentative révolutionnaire d’inversion des feux tricolores de la circulation en Chine date non pas de la prise du pouvoir de Mao Zedong en 1949 en Chine mais de la période plus tardive de la révolution culturelle (1966-1976).

Quantité de textes ont déjà été écrits par les Chinois comme par les occidentaux sur cette période noire de l’histoire chinoise contemporaine qui n’est pas si lointaine.
Si la République populaire de Chine n’a qu’en partie effectué un « travail de mémoire », il reste qu’officiellement, la part [i]mauvaise [/i]de l’ensemble des actions et réalisations du Président Mao est évaluée à 30%, le reste, soit 70%, constituant du [i]bon[/i], du [i]positif[/i]. Un bilan que l’on pourrait donc qualifier de « globalement positif ».

Mais pour revenir à la Révolution culturelle proprement dite et aux relations qu’on peut en lire, nous nous permettons de vous renvoyer à l’un de ces nombreux textes chinois, non signé, écrit en 2002 consacré à cette période (c’est nous qui traduisons ce court extrait) :
[i]… Mais cette fois-ci à mon retour à Pékin, il me semblait que tout avait changé. Les bicyclettes allaient dans tous sens, les feux tricolores n’avaient aucun effet ; les autobus n’étaient pas arrivés à leur arrêt que tout le monde s’y ruait, les petits gamins y pénétrant en passant par les fenêtres. J’ai vu un groupe de « gardes rouges » sur l’avenue Chang’an, ils défilaient, tout en chantant « semons le désordre, voilà la règle » ; et enfin, ils criaient ce slogan « ceux qui ne veulent pas faire la révolution n’ont qu’à ficher le camp ! »… Voilà, c’est ça la Révolution culturelle ! »…[/i]

Comme vous venez de le lire, le désordre est complet à Pékin, et la ville est aux mains des gardes rouges qui bénéficient de la protection du Président Mao lui-même. L’un des slogans en vogue est « Mettez le feu au quartier général ! ».
Ce qui n’est qu’un témoignage parmi tant d’autres en dit pourtant long sur ce tournant qu’a constitué cette période, notamment pour ce qui est des comportements dans la ville les uns vis-à-vis des autres. Le peuple de Pékin étant jusqu’alors considéré comme extrêmement poli, urbain, correct, civilisé.

Des gardes rouges ont, dans cet état de déréliction générale, effectivement proposé que les valeurs des feux tricolores de la circulation soient inversées. Toutefois on peut aisément imaginer que cette idée, certes révolutionnaire, a dû être repoussée faute de pouvoir être appliquée sans les risques et les conséquences facilement imaginables.

Voyons ce qu’écrit précisément – pour connaître le point de départ de cette idée – Michael Schoenhals dans son texte intitulé Talk About a Revolution: Red Guards, Government Cadres, and the Language of Political Discourse (fichier en format PDF), son propos tendrait en outre à confirmer que cette mesure a bel et bien été appliquée, au moins durant un temps :

[…]
[i]Red was the color of revolution and special messages from Mao published in the Party papers were even printed in red ink. The idea that red traffic lights should stop traffic did not reflect the spirit of a forward moving revolution, so red lights now meant “go” and green lights meant “stop.” Intersections soon became strangled with accidents, a further indication that the most familiar aspects of life could suddenly change and little could be predicted[/i] […]

Dans son texte The Cultural Revolution in China, Annie Carroll nous précise jusqu’où cette folie « révolutionnaire » est allée se cacher :

[…]
[i]Furthermore, many aspects of life were forbidden or simply done away with during the Cultural Revolution. Shopkeepers were not allowed to sell clothes that resembled western style clothes and hairstylists could not give western style hairdos or haircuts. […] Civilians were not allowed to drink strong drinks, smoke or chew tobacco, use perfumes, colognes, or beauty appliances. The sale of stamps, collectibles, and even flowers was forbidden. Many objects were also condemned during the Cultural Revolution. Every piece of literature that did not follow and agree with Mao Zedong’s teachings was burnt. Traveling in cabs, in citizen’s private cars, and on trains was even condemned because it symbolized a life of upper class citizens. […] In bookstores, the writings and teachings of Mao Zedong replaced novels, poems, and great works of prose. In galleries, portraits and pictures of Mao Zedong replaced paintings and landscapes. Aside from aspects of life being forbidden, ridiculous requirements were made. An example of this was that on traffic lights, the "green" meant "stop" and the "red" meant "go." [/i][…]

Pour conclure, ce n’est donc pas Mao Zedong lui-même qui est à l’origine d’une telle absurdité, mais ceux qui obéissaient à ses ordres, croyant par là bien faire !

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