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hôpital de la charité

par zab, le 22/01/2005 à 17:43 - 10624 visites

Pouvez-vous me dire les dates précises pendant lesquelles le tour à l'hôpital de la Charité de Lyon,permettant d'abandonner ses enfants, a été en service.Merci.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_reg, le 25/01/2005 à 11:29

Réponse de la Documentation Lyon et Rhône-Alpes


Construit à partir de 1617 et achevé en 1624 selon les plans du frère jésuite Etienne Martellange, l' "Aumône générale de Lyon", plus tard appelé Hospice de la Charité, est fondé à la Renaissance par des notables lyonnais, afin de distribuer chaque matin une soupe aux indigents. Dès l'origine, l’hôpital accueille les mendiants, vieillards, incurables, pestiférés ou enfants abandonnés avant de se doubler d’une maternité. L'établissement forme un immense quadrilatère regroupant 14 corps de bâtiment et 11 cours intérieures, augmentés d’une chapelle elle-même complétée, en 1665, par un clocher probablement construit à partir des croquis de l’architecte italien Gianlorenzo Bernini, dit Le Bernin.
Au début du XXe siècle, avec ses 900 lits - auxquels il faut ajouter les 1200 de l’Hôtel-Dieu - l’établissement est jugé vétuste et antihygiénique. Si l’on n’ose toucher à l’Hôtel-Dieu, dont la façade et le dôme sont l'œuvre de Soufflot, Edouard Herriot appelle des ses vœux la destruction et le déplacement de "La Charité" sur la rive gauche du Rhône, dans le quartier de Grange Blanche, alors en pleine expansion, où la ville vient d’acquérir un terrain (1909). L’idée va suivre son cours jusqu’au début des années 1930, époque à laquelle le Conseil municipal décide sa destruction définitive, sacrifiant ainsi l’hôpital, sa chapelle et ses archives, pour y installer un Hôtel des Postes moderne dont la construction est confiée, en 1934, à Michel Roux-Spitz, récent Prix de Rome. Les pétitions et la polémique développée dans la presse permettent cependant de conserver le clocher de l’église, dernier témoin de cette architecture.

L’une des idées directrices qui a déterminé la création initiale de l’Aumône générale consiste à recueillir les enfants sans foyer pour les soustraire à la misère et à la mendicité. Quant aux enfants illégitimes, c’est seulement en 1626, après de longues discussions avec l’Hôtel-Dieu, qu’ils sont officiellement reçus à la Charité, à la suite d’un accord intervenu entre les deux établissements.
La question des enfants-trouvés a longuement été débattue jusqu'en 1934 (voir ci-dessous la sélection de documents conservés dans les collections de la Bibliothèque municipale de Lyon), date à laquelle est publiée une importante [i]Histoire de l’Hôpital de la Charité de Lyon[/i] où l’on peut lire un excellent compte-rendu de ce problème qui trouve son origine dans le système du [i]Tour[/i] (p. 337-346) :

"[i]Jusqu'à la Révolution, les réceptions d'enfants abandonnés avaient fait, à la Charité, l'objet de déclarations et d'enquêtes. Rendues libres par la loi du 21 juin 1793, elles furent à nouveau soumises, à compter du 6 septembre 1796, au contrôle de l'administration hospitalière. Cette dernière mesure provoqua une recrudescence de la mortalité infantile.
Les troubles révolutionnaires, les guerres, les disettes contraignaient de nombreux habitants à l'abandon de leurs enfants.
Que devinrent dès lors ces malheureux?
«Les pères et mères que la misère ou d'autres motifs déterminent à abandonner leurs enfants, choisissent les ténèbres de la nuit pour accomplir cet acte dénaturé. Ils les transportent et les délaissent dans les carrefours, dans les allées, parmi les décombres des démolitions, le plus souvent sur le banc de pierre placé à la porte même de l'hospice (la Charité).
« Ces enfants sont exposés à tous les accidents, aux intempéries et aux dangers de l'obscurité des nuits. Ils peuvent mourir de froid, être heurtés, foulés aux pieds par les passants, dévorés même par les chiens... ».
Ce sombre tableau, tracé par un des administrateurs, produisit une forte impression sur les membres du conseil qui, par une délibération du 17 brumaire an XII (8 novembre 1804), décidaient de faire installer un tour dans l'épaisseur du mur de clôture qui longe la rue de la Charité.
Quelle est l'origine des tours ? Il semble bien qu’ils furent inventés en Italie. Des pêcheurs ayant, en 1204, retiré du Tibre dans leurs filets, de nombreux cadavres de nouveau-nés, le pape Innocent III, vivement affecté, destina aux enfants abandonnés l'hôpital de Sainte-Marie in Sassia. «Au dehors de cet hôpital, il y avait un tour avec un petit matelas dedans pour recevoir les enfants exposés », rapporte le père Hélyot. A Marseille, vers 1306, l'Hôtel-Dieu « ouvrait sa fenestre accoutumée pour la réception des enfants trouvés ». Paris ne devait installer un tour, rue de l'Enfer, qu'en 1827.
Cet appareil se compose d'un cylindre en bois, convexe d'un côté, concave de l'autre, qui tourne sur lui-même avec une grande facilité. Celui des deux côtés qui est convexe fait face à la rue, l'autre s'ouvre dans l'intérieur d'un appartement. Au plus léger effort, le cylindre vient présenter au dehors son côté vide, reçoit l'enfant qu'on y place et l'apporte doucement dans l'intérieur de l'hospice en achevant son évolution.
Le tour installé rue de la Charité, sur la façade de l'hospice était isolé de toute ouverture qui aurait pu faire craindre d'être épié ou surpris. La personne qui venait d'exposer un enfant avertissait l'employé de garde par une petite sonnette et se retirait en toute sécurité. Ainsi, en principe - car des abus ne tardèrent pas à se produire -, l'abandonné passait des mains de sa mère dans celles de la sœur qui veillait à la crèche.
Il n'en résultait pour le petit être aucun dommage, et la mère pouvait s'en aller sans crainte, sinon sans remords.
Il est certain que l'établissement du tour comportait un immense progrès : plus ou presque plus d'infanticides, de nouveau-nés jetés dans les fosses d'aisance, les égouts et les fleuves ou abandonnés n'importe où...
Par contre, doit-on penser, comme certains l'avancent, que les facilités offertes par le tour eurent pour conséquence de multiplier les abandons ? Les premières années de son installation, il se peut : le nombre des enfants exposés, qui était de 1083 en 1805, passa à 1505 en 1806. Mais il serait imprudent de généraliser.
Les statistiques font ressortir que le chiffre des expositions resta toujours à peu près en rapport avec celui de la population lyonnaise. De 1784 à 1789, on comptait, en moyenne, pour 140.000 habitants, 1.700 enfants admis annuellement. Durant les années qui suivirent, la ville ne groupant plus que 80.000 têtes environ, le chiffre des admissions descendit à un millier. Par la suite, le total des abandons atteignit : en 1812, 1.428 ; en 1813, 1.373 ; en 1814, 1.447 ; en 1815, 1.462 ; en 1816, 1.557 ; en 1817, 1.631; en 1818, 1.490; en 1819, 1.709, etc. Mais la population s'accroissait en proportion. Et si l'on compte 1.905 enfants abandonnés en 1833 et 1.917 en 1836, c'est que la ville abritait alors près de 200.000 individus.
Quoi qu'il en soit, cette affluence d'enfants constituait une grosse charge pour les hospices. En 1838, l'oeuvre subvenait aux besoins de 12.000 enfants dont 1.100 placés en ville et les autres à la campagne. Elle engloutissait les quatre cinquièmes du budget de la Charité.
Aussi l'administration ne manquait pas de manifester son mécontentement. Dans un rapport adressé en 1818 au préfet, la commission exécutive signale comme cause principale de l'augmentation continue des enfants abandonnés « l'habitude contractée par le peuple de se débarrasser de ses enfants, les perfides conseils des accoucheuses qui attirent chez elles les filles enceintes et se chargent d'exposer les enfants et surtout le concubinage qui règne dans les classes ouvrières. On se prend, ajoute le rapport, on se quitte, et l'on forme de nouvelles liaisons sans scrupule, sans pudeur et avec plus de facilités que dans les pays non chrétiens où le concubinage est autorisé par les lois. Rarement conserve-t-on plus d'un enfant, les autres sont exposés[/i] ».

Terme et Monfalcon constatent de leur côté [in [i]Histoire statistique et morale des enfants trouvés[/i]] :
« [i]Sur cent enfants exposés, près de dix sont issus de parents mariés qui se décident avec une coupable facilité à les priver de leur nom et de leur condition civile. L'aisance, chez un grand nombre d'ouvriers imprévoyants, amène la débauche. De la débauche viennent en grande partie les enfants trouvés. Voulez-vous diminuer leur nombre ? Donnez de la moralité aux classes ouvrières [/i]».

Nous nous bornerons à ces deux citations, sans prendre parti dans un débat qui dépasse les limites de cet ouvrage.
La ville de Lyon n'était pas la seule pourvoyeuse du tour. Des bourgs et des campagnes environnantes, de l'Ain, du Dauphiné, de l'Ardèche, de la Savoie affluaient les enfants que leurs parents ou des émissaires venaient déposer dans le tour de la Charité. La situation topographique de la grande ville, le renom de l'hôpital, favorisaient cet afflux.
Malheureusement, cette coutume donnait lieu à un triste et répugnant trafic : par esprit de lucre, de nombreux commissionnaires se chargeaient du transport des nouveau-nés. Ils les apportaient dans des paniers fermés, car ils auraient craint, en montrant un enfant, de déceler leur intention. Aussi, beaucoup de ces fragiles bébés périssaient-ils, étouffés ou faute de soins. En 1833, sur 1.905 enfants exposés, 270 furent trouvés morts dans le tour. Et beaucoup d'autres étaient, à leur arrivée, dans un tel état de faiblesse, qu'il laissait peu d'espoir de leur conserver la vie.
Ces abus, joints au déficit constant de l'oeuvre, faisaient souhaiter par beaucoup d'esprits éclairés que l'on établît près du tour une surveillance vigilante. Le principal but de cette réforme était de déceler la provenance des enfants et de faire supporter par leur ville ou département d'origine les charges de leur éducation.
Déjà, en 1830, la municipalité lyonnaise, obligée de combler en partie le déficit de l'œuvre des enfants, avait proposé de transférer le tour à l'intérieur de l'hôpital. Mais l'administration des Hospices, dans la crainte d'une recrudescence d'infanticides, s'y opposa.
Treize ans après, à la suite d'enquêtes établissant que le quart environ des enfants abandonnés pendant les années 1842-43 n'appartenait pas au département du Rhône, le conseil se résignait à faire surveiller le tour par des employés spéciaux.
Les résultats de cette mesure ne se firent pas attendre : les réceptions d'enfants qui s'étaient élevées à 1.944 en 1843 tombèrent à 1.378 en 1845.
Les troubles de 1848 amenèrent la réouverture du tour libre. En effet, le nombre des abandons sur la voie publique ne cessait de s'accroître. Cette réforme en faveur des « enfants de la Patrie » - nom qu'on avait déjà donné pendant la Révolution aux petits abandonnés et qui fut repris pour la circonstance - eut pour conséquence quatre cents admissions supplémentaires.
Aussi, en 1849, la surveillance du tour était-elle rétablie et le nombre des surveillants porté de quatre à six. Le tour n'avait de raison d'exister que s'il demeurait secret. Un tel contrôle devait nécessairement préparer sa disparition.
Dès 1843, l'administration avait fait aménager au rez-de-chaussée de l'hospice un local destiné à recevoir « à bureau ouvert» les enfants apportés. Ce bureau, qui fonctionne encore à la fin de 1934, quoique dans une autre partie de l'édifice, amena peu à peu la désaffectation du tour, rendue définitive en 1858."


Bibliographie sommaire :

- [i]Enfants trouvés : discours de réception à l'Académie de Lyon[/i], par Jean-François Terme, Lyon, Boitel, 1836, 20 p. (BM Lyon, 394210)
- [i]Nouvelles considérations sur les enfants trouvés : rapports sur l'histoire des enfants trouvés[/i], par J.F. Terme et J.B. Monfalcon, Paris, Vaillière, 1838 (BM Lyon, 357212)
- [i]Rapport sur l'ouvrage de Terme et Monfalcon intitulé : Histoire statistique et morale des enfants trouvés[/i], par Théodore Perrin, Paris : Giberton et Brun, Lyon, 1838, 43 p. (BM Lyon, 436743)
- [i]Des enfants trouvés et des moyens de remédier à l'exposition principalement à Lyon[/i], Lyon, Ayné, 1839, 7 p. (BM Lyon, 395484)
- [i]Des enfants trouvés et de la législation qui les régit[/i], par A. de Tourdonnet, extr. de la [i]Revue contemporaine[/i], T. 27, [1856 ?] , 25 p. (BM Lyon, SJ ID 134/2)
- [i]Les Enfants trouvés à Lyon et à Moscou[/i], par André-Théodore Brochard, Lyon, Chez l'auteur, 1873 (BM Lyon, 320969)
- [i]Note sur les enfants trouvés à propos d'une brochure du Dr Delore[/i], par Nicolas Ducarre, Lyon, Riotor, 1880, 8 p. (BM Lyon, 446337)


Sources :

- [i]Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'hospice de la Charité de Lyon[/i], par Dr Baron de Polinière, Lyon, Perrin, 1853, 232 p. (BM Lyon, 313384)
- [i]Histoire de l'Hôpital de la Charité de Lyon[/i], par Croze, Colly et Carle, Lyon, Impr. Audin, 1934, 442 p. (BM Lyon, 6900 K HIS)
- "L'Hôpital de la Charité" (1ère et 2eme partie), [i]Rive gauche[/i], n°125 et 126 (BM Lyon, 951579)
- Base d'articles Rhône-Alpes

Iconographie :
Le Fonds Sylvestre conservé à la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu renferme quelques photographies montrant l'Hôpital de la Charité avant (ou lors) de sa destruction définitive d'août 1934 à avril 1936 (cf. pièce jointe ci-dessous)

Image jointe :
[i]L'Eglise de la Charité et l'Hôpital en perspective[/i], photographie par Jules Sylvestre, ca. 1920 (BM Lyon, Fonds Sylvestre, S 282)

Pièces jointes:

BML_FondsSylvestre_S282.jpg
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