Question d'origine :
Combien un canut pouvait gagner par jour en 1831?
Sachant qu'il n'y avait pas de notions de salaire minimum à cette époque quel pouvait être approximativement le salaire horaire du canut?
Réponse du Guichet
bml_reg
- Département : Documentation régionale
Le 21/01/2005 à 11h16
Les canuts (chefs d'ateliers ou maîtres ouvriers, artisans propriétaires des métiers à tisser, compagnons et apprentis) étaient rémunérés en fonction du prix des produits fixé par les négociants. Vous trouverez des explications très claires dans cet ouvrage de la BML ou dans cette revue également consultable au département Lyon et Rhône-Alpes et en ligne sur la Toile.
En cherchant dans la revue "L'Echo de la fabrique", également en ligne (pour les 1ers numéros actuellement; la suite est en cours de numérisation) sur le site de l'ENS de Lyon, nous avons probablement trouvé ce que vous cherchez précisément, dans cette lettre d'un maître ouvrier (publiée dans le numéro 3 de 1831 de la revue) :
A MM. Henry-Doiteau et Ce.
Messieurs,
En réponse à votre lettre du 6 courant, je prends la liberté de vous observer que vous faites bien peu de cas des peines de vos ouvriers, lorsque vous prétendez que le maître et l'ouvrier, pour prix de leur journée, doivent se partager la faible somme de 2 fr. 25 c. Quel est, je vous prie, le frotteur qui voudrait, pour 22 sous et demi, se cloîtrer dans vos appartemens depuis cinq heures du matin jusqu'à 11 heures ou minuit pour y opérer l'ouvrage nécessaire ? Quoi ! vous croyez avec cette somme dédommager suffisamment le maître des frais que lui nécessitent l'entretien de son métier et le logement de l'ouvrier ? et le compagnon qui se consume en sueurs pour vous acquérir une fortune de jour en jour plus brillante ? Mais je vois quel est votre raisonnement : à quoi bon, sans doute dites-vous, accorder à l'ouvrier un superflu ; 22 sous et demi lui procurent le strict nécessaire. Eprouve-t-il quelque maladie ? il peut réclamer les secours de l'hôpital. Parvient-il à un âge où ses forces se refusent au travail ? la Charité est encore là. Comment, vous voudriez réserver le triste partage de la mendicité à celui qui aura, pendant toute sa jeunesse, travaillé pour vous faire jouir de tout les délices de la vie ! Quel frappant contraste ! la belle reconnaissance ! c'est-là raisonner dans le sens de l'égoïsme, et non dans celui de l'humanité. D'un autre côté, que prouverait, s'il existait chez vous, le grand aunage que vous faites valoir en faveur de votre cause ? autre chose qu'une plus longue prolongation de travail sans interruption ? mais cela ne compenserait pas l'excédant du prix de vos mouchoirs en question, fixé d'après le tarif. Lorsque vous avez saisi cette arme pour votre défense, vous n'avez sans doute pas pensé que les lecteurs de l'Echo seraient autant de sentinelles inexorables qui, à chaque fois que vous vous écarterez du sentier de la vérité, vous crieront ? Alte-là. En effet, ouvrez vos livres, vous y verrez qu'il est sorti, la semaine dernière, de votre magasin des pièces de cinquante, de quarante et même de vingt-cinq aunes. Après cela, pour raisonner juste, vous serez forcés de m'accorder de deux choses l'une : ou vous appelez les pièces mentionnées des pièces de grand aunage ou non ; je ne vois pas de milieu. Il n'est pas vraisemblable de supposer le premier cas, car vous savez fort bien qu'on qualifie de grandes pièces celles de cent, cent vingt et cent trente aunes qui sortent presque toujours de la maison de la plupart de vos confrères ; nous sommes donc forcés d'admettre le second cas, et alors, pour terminer comme j'ai commencé, je prends encore la liberté de vous dire que c'est avoir bien peu de délicatesse que d'employer un mensonge pour se soustraire à une augmentation trop justement méritée.
marin, maître ouvrier.
Par ailleurs, ces ouvrages, consultables à la BML, peuvent vous intéresser :
- C'est nous les canuts...
- L'Echo de la fabrique édité par F. Rude
- les ouvrages de G. Sheridan
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